Yann Fabès (Ecole d’art et design Saint-Etienne) : "L’intégration dans l’enseignement supérieur permettrait de développer la recherche"

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
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A la veille de la Biennale internationale du design de Saint-Etienne qui aura lieu du 14 au 31 mars, trois questions à Yann Fabès, directeur de l’Ecole supérieure d’art et design de Saint-Etienne. Membre de l’ANDÉA, il réagit notamment au projet de loi ESR qui évoque une possible co-tutelle Enseignement supérieur / Culture sur les écoles d'art.

nullQuel est le rapport entre la Cité du design et l'Ecole d'art et de design de Saint-Etienne ?

La Cité du design a été créée en 2005, d'abord comme syndicat mixte, puis à partir de 2010 comme Etablissement public de coopération culturelle qui intègre notamment l'Ecole supérieure d'art et design de Saint-Etienne. Cet établissement public s'étend sur une surface totale de 33.300 m². L’école d’ingénieurs Telecom Saint-Etienne est aussi ici, et bientôt nous accueillerons le pôle sciences de l’université de Saint-Etienne.

A l’époque, le précédent directeur de l’école, Jacques Bonnaval, a eu l’intuition de créer la Biennale du design qui a ensuite engendrée le projet de la Cité. C’est lui qui a réussi à convaincre le maire de développer ce projet global. Il a senti que le design pouvait être le vecteur d’une reconversion, en mettant en avant les inventions et l’innovation portées par cette région, comme en son temps Manufrance qui avait inventé la vente par correspondance. La Biennale du design est un événement important pour nos étudiants qui participent entièrement à son organisation.

Comment se positionnent les écoles d’art du ministère de la Culture par rapport aux  écoles privées d’art ? Vous chassez de plus en plus sur les mêmes terres, le graphisme, le design, l’architecture intérieure, le multimédia…

Les écoles d’art sont aujourd’hui très concurrentielles, et les écoles privées très présentes. La spécificité des écoles publiques tient sans doute dans leur dimension culturelle plus forte. Mais je reconnais que nous avons pris beaucoup de retard dans notre développement et notre rayonnement. Ainsi, l’Ecole d’art et design de Saint-Etienne est la seule école d’art du ministère de la Culture avec l’ENSAD (Ecole nationale supérieure des arts décoratifs) à faire partie de France design Education, la branche française de Cumulus, association internationale des universités et écoles d’art de design et média, qui regroupe 189 établissements publics et privés dans 42 pays. Il serait bien que nous soyons plus nombreuses. Or, beaucoup d'écoles publiques sont dans le déni de ces écoles privées, ce que je déplore. De mon côté, j’aimerais travailler plus en partenariat avec elles.

Le projet de loi su l'enseignement supérieur prévoyait une co-tutelle des ministères de la Culture et de l'Enseignement supérieur sur les écoles d'art. Qu'en pensez-vous ?

L’ANDÉA (Association nationale des écoles d’art) dont je fais partie s’est positionnée contre cette co-tutelle. A titre personnel, je pense que c’est malheureusement inexorable. L’intégration dans l’enseignement supérieur permettrait de développer la recherche et les doctorats. Aujourd’hui, il est plus facile de monter un PhD avec une université étrangère qu’un doctorat avec une université française. Si les écoles d’art ne veulent pas quitter le ministère de la Culture, les écoles d’architecture semblent plutôt pour. Car cela leur permettrait probablement de bénéficier plus facilement des leviers de financement pour une recherche déjà fortement développée en leur sein.

Toutefois, je souhaite défendre la spécificité de nos écoles en étant prudent, afin d’éviter les pièges inévitables liés à une absorption.  Le débat est difficile, franco-français et n’intéresse personne à l’étranger. Mon avis est qu’il faut avancer, car la concurrence des écoles étrangères est devenue extrêmement forte.


L’Ecole supérieure d’art et design de Saint-Etienne en bref
Fondée en 1803, l’Ecole supérieure d’art et design de Saint-Etienne propose deux options : art et design. L’école est située dans les locaux hérités d’une ancienne manufacture d’armes, soit 33 300  m2 en comptant la Cité du design. Dirigé par Yann Fabès depuis octobre 2011,  l’établissement sous tutelle du Ministère de la culture compte 350 étudiants et 47 enseignants.

 

 

 

 

 

 

 


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Driscolle Antoine.

C'est étrange ce que dit ce directeur parce que les école d'art sont subventionnées par l'Etat et les collectivités territoriales. En bref elle relèvent d'un service public. Comment peut-il penser à des partenariats avec des institutions privées. Comment juridiquement cela pourrait-il tenir? Quant à la concurrence entre école d'art française et étrangère, de quoi parle-t-il? Le système de l'enseignement supérieur français auquel tendent ces écoles les placent dans un relatif confort, à part des étudiants riches qui partent à l'étranger ces écoles ne risquent rien. Sinon la médiocrité et l'inorganisaton.