Vincent Berger (rapporteur des Assises) : "C'est à l'enseignement supérieur de s'organiser au mieux pour construire la confiance des députés et obtenir des moyens"

Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier et Camille Stromboni
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Vincent Berger (rapporteur des Assises)
Vincent Berger (rapporteur des Assises)
Après le premier point d'étape des Assises de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et à quelques jours du lancement des Assises territoriales, Vincent Berger, rapporteur général du comité de pilotage, fait le point sur les attentes de la communauté universitaire. Avec en toile de fond l'annonce du budget 2013. 


Quel est l'état d'esprit de la communauté universitaire et scientifique rencontrée lors de ces Assises ?


L'appétit est grand : nous sentons que tout le monde a envie de parler. Malgré le calendrier universitaire serré, tous sont venus, ce qui n'était pas forcément gagné dès le départ - nous avons envoyé les invitations début août pour des rencontres début septembre.

Il y a de fortes envies de réformes, par exemple un rééquilibrage du financement sur projet vers le soutien de base. Mais il faut bien avoir en tête en même temps que le monde universitaire est très fatigué des réformes des cinq dernières années, vécues sous une grande pression, avec une mise en concurrence des acteurs. Tout cela a laissé beaucoup de traces.

"Si nous manquons d'argent, la transformation ira bien sûr moins vite, mais les Assises ne vont pas dépendre des moyens"

Mais les Assises ne se limitent pas à la communauté universitaire, nous rencontrons l'ensemble des acteurs : les entreprises, les régions, les directions des ministères, etc. [voir la liste des organisations auditionnées ].

Avec ces Assises, vous tentez justement de restaurer la confiance…

Il y a un vrai problème de confiance entre l'Etat et l'université, résultat d'un manque de concertation. Il s'agit de l'Etat en général : le gouvernement, mais aussi les députés, ou les grandes directions administratives. Beaucoup ne comprennent pas bien comment fonctionne l'université, d'où une volonté de la contrôler.

Et cela va dans les deux sens : quand un sous-directeur au Budget entend que les 730 millions d'euros du plan Licence n'ont pas apporté de résultats, ou lorsque un universitaire voit les documents que lui demande de remplir l'AERES dans le cadre du contrat quinquennal...

Evidemment, la confiance ne se décrète pas en trois mois d'Assises, c'est à long terme que la concertation doit être rétablie.

N'avez-vous pas peur que le débat budgétaire se télescope sur les Assises ?

Le budget 2013 concerne une année, les Assises visent elles à préparer une loi d'orientation à long terme. Si nous manquons d'argent, la transformation ira bien sûr moins vite, mais les Assises ne vont pas dépendre des moyens, c'est l'inverse.

C'est à l'enseignement supérieur et à la recherche de s'organiser au mieux pour construire la confiance des députés et obtenir des moyens. Plus on sera efficace, plus l'opinion publique et les députés seront convaincus qu'il faut miser sur l'université.

La question de la sincérité budgétaire est ici cruciale : nous devons être capables de regarder combien on dépense dans chaque région par exemple sur l'enseignement supérieur et la recherche. Sur chaque site, nous devrions savoir quelle somme va à recherche, à la licence, au niveau master, etc.

Aujourd'hui ce n'est pas possible. On utilise des critères qui sont faux, comme le budget d'une université par rapport au nombre d'étudiants, que l'on se permet de comparer au coût d'un étudiant en prépa, par exemple. On oublie la dimension recherche, et le signal donné au grand public ne correspond pas à la réalité.


A l'issue des Assises, vous devrez trancher, même sur des sujets où la communauté est divisée…

Si les Assises n'arrivent pas à avoir des propositions très claires, nous décevrons la communauté. Dans le rapport final, nous déclinerons trois types de résultats : des orientations, à caractère tendanciel, des propositions, plus concrètes, et des recommandations, mesures applicables à court terme. Si nous cherchons à contenter tout le monde, nous n'y arriverons pas. D'autant plus au sein de la communauté universitaire, critique par nature. Mais heureusement, elle est aussi démocratique et possède le sens du consensus.

Aller plus loin

- La biographie EducPros de Vincent Berger
- Le site des Assises de l'Enseignement supérieur et de la recherche
- La note de synthèse du comité de pilotage (pdf)

Lire aussi sur les blogs EducPros

Le billet de Pierre Dubois : Assises et réussite des étudiants
Le billet d'Henri Audier : Les problèmes suscités par l’organisation actuelle des Assises de l’ES-R 3- Que faire aujourd’hui ?

Suivez toute l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche sur le compte Twitter d'Educpros et la page Facebook d'Educpros .


Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier et Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires