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Xavier Cornu : "Les fonds privés ont bien compris l’intérêt d’investir dans l’éducation"

Cécile Peltier, Sylvie Lecherbonnier
Publié le
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Xavier Cornu, ancien directeur général adjoint enseignement, recherche et formation à la CCI Paris-Ile-de-France.
Pour Xavier Cornu, les grandes écoles de management "souffrent globalement et depuis longtemps d’un relatif désintérêt de l’État". // ©  CCI Idf

Pour Xavier Cornu, qui vient de quitter ses fonctions de directeur général adjoint enseignement, recherche et formation, à la CCI de Paris-Île-de-France, les grandes écoles de commerce sont affaiblies par les réformes en cours. Mais elles ont les moyens de rebondir, estime le vice-président de la CGE, grâce à leur nouveau statut.

Vous vous êtes occupé d’enseignement supérieur au sein de la CCI de Paris-Île-de-France pendant trente ans. Qu’est-ce qui a changé en trois décennies ?

D’abord, je suis frappé par la massification de l’enseignement. Sous couvert de générosité, l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au bac s’est accompagné d’une dévalorisation de ce diplôme et d’une dégradation des conditions d’accueil à l’université.

L’essentiel de la croissance est lié au développement des bacs professionnels, mais ils ont perdu leur vocation première : l'insertion. Ils mènent chaque année beaucoup d’étudiants sur les bancs de l’université, sans être armés pour y réussir. C’est un fantastique gâchis pour ces jeunes et un gaspillage des deniers de l’État, auquel le Plan "Réussite en licence" n’a rien changé.

Ensuite, il faut souligner la montée en puissance de l’enseignement supérieur privé et consulaire. Le secteur privé absorbe actuellement 80% de la croissance du nombre d’étudiants et représente un étudiant du supérieur sur six. Avec plus récemment l’apparition d’investisseurs privés : l’Inseec a été rachetée par Apax Partners en 2014, ou encore Studialis par Galileo à cette rentrée.

Il faut noter enfin l’émergence de nouveaux modèles, comme l'École 42, avec une sélection différente à l’entrée, pas de diplôme à la sortie, et la priorité donnée aux compétences. FBS (France Business School) a aussi tenté, à sa manière, de changer le modèle des grandes écoles. Ce fut un échec. Dans un pays atteint de "diplômite" aiguë, ce sont tout de même des signaux qui montrent que le diplôme perd un peu de terrain.

Les grandes écoles de commerce françaises traversent actuellement une crise de modèle. Dans ce contexte, comment se portent les établissements de la CCIP-IDF (HEC, Essec, ESCP Europe, Novancia…) ?

Les grandes écoles de management, qui représentent pourtant des fleurons extraordinaires de l’enseignement supérieur, souffrent globalement et depuis longtemps d’un relatif désintérêt de l’État. Heureusement, Thierry Mandon semble avoir envie de leur redonner leur place, notamment au sein des Comue (Communauté d'universités et établissements).

Le secteur privé absorbe actuellement 80% de la croissance du nombre d’étudiants et représente un étudiant du supérieur sur six.

La réforme de la taxe d’apprentissage leur a été très néfaste. Nous étions nombreux à avoir tiré la sonnette d’alarme... En vain ! Je regrette également les coupes sombres opérées dans les budgets des CCI. Le fonds de roulement de la CCI Paris-Île-de-France a ainsi fait l’objet d’un prélèvement de 150 millions d’euros et la taxe pour frais de chambre est en cours de réduction.

Nos écoles sont inutilement affaiblies mais elles ont réussi à développer des ressources propres depuis des années, à hauteur de 80% à 95% de leur budget.

Selon vous, de quels leviers disposent les business schools françaises pour rebondir ?

Les plus grandes business schools peuvent encore tabler sur une augmentation de leurs droits de scolarité, mais de manière planifiée, raisonnable et moyennant un développement massif des bourses. Je suggère que ces bourses soient remboursées par leurs bénéficiaires au terme d’une période d’activité significative.

Je crois aussi au développement progressif du fundraising. Même si nos écoles demeurent loin de Stanford et de Harvard, elles sont en train d’évoluer, d’autant plus que les dispositifs fiscaux français sont très avantageux pour le mécénat. D’ici deux ans, HEC devrait lancer une nouvelle campagne. À l'ESCP Europe, Frank Bournois consacre un tiers de son temps à rencontrer des anciens et des entreprises, le nombre de chaires a fortement augmenté et la fondation se développe. Il en va de même à l’Essec.

La formation continue, qui représente une spécificité française, peut aussi apporter des ressources, mais à trois conditions : le retour de la croissance, l’utilisation intelligente du digital, et le renouvellement de son modèle économique. Il faut aussi s’interroger sur la facturation des droits de scolarité concernant les étudiants hors Union européenne.

Le nouveau statut d’EESC (établissement d'enseignement supérieur consulaire) va-t-il leur apporter un nouveau souffle ?

C’est l’objectif ! Sinon, notre président, Pierre-Antoine Gailly, ne l’aurait pas proposé et ne se serait pas battu pendant des années pour le mettre en place. HEC sera la première à l’adopter, le 1er janvier 2016, ESCP Europe suivra, le 1er janvier 2017.

Ce nouveau statut va conférer une réelle autonomie aux écoles, leur donner plus de flexibilité et de réactivité. Leur management sera ainsi plus libre et efficace. Le système s’en trouvera dynamisé. Ce nouveau statut va aussi permettre à des actionnaires privés de souscrire au capital. Celui d'HEC est ainsi en cours de valorisation – la marque, les terrains, les immeubles, l’expertise, les formations... Je ne me fais pas de souci : les fonds privés ont bien compris l’intérêt d’investir dans l’éducation !

Les écoles de la CCI Paris Île-de-France
Le Groupe CCI Paris Île-de-France compte 24 écoles (HEC, Ferrandi, Gobelins, ESCP Europe, ESSEC, ISIPCA...) réparties dans les huit départements franciliens.

Ces établissements rassemblent chaque année 31.700 jeunes, dont 16.700 apprentis, 1.231 enseignants permanents, et proposent quelque 500 formations initiales et continues (dont 400 en apprentissage).

- La biographie EducPros de Xavier Cornu
- La biographie EducPros d'Yves Portelli, nouveau directeur général adjoint en charge de l’enseignement, de la recherche et de la formation de la CCI de Paris-Île-de-France.

Cécile Peltier, Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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Dinnah HORON.

Des propos intelligents, tenus par un Directeur dont la mission a toujours été de communiquer et d'être à l'écoute du personnel, des étudiants, des anciens élèves, des entreprises, des professionnels...Bref, une personne très proche de LA REALITE, dont l'empathie, obligatoirement conjuguée aux "obligations étatiques" = décisions réfléchies et jamais catastrophiques. Dommage que nos politiques n'aient ni ces qualités, ni ce courage !!!

Coquet.

Quel est l'intérêt de capitaliser dans des écoles privées (altruisme? Ou recherche de profits pour les actionnaires ?) Quel sera le nouveau statut des écoles en question qui de but non lucratif deviendront de fait à but lucratif ,à moins que les fonds ne réinvestissent leurs dividendes dans le capital des écoles ? Ne seront t'elles pas guettées par le fisc'?( IS,TVA,etc...) Pour nous éclairer vous devriez Madame Peltier nous écrire un article sur cette prochaine mise en place des EESC .Merci, car, Intérêt et Principal ,un jour viendra où il faudra rendre des comptes sur la rentabilité de l'affaire et là adieu l'indépendance de fait de nos écoles et de leurs dirigeants .