Xavier Py (université de Perpignan) : "La valorisation sociétale fait partie de notre mission de chercheur"

Sarah Masson
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Le grand four solaire d'Odeillo en hiver, sur lequel travaillent les chercheurs de l'université de Perpignan © CNRS
Le grand four solaire d'Odeillo en hiver, sur lequel travaillent les chercheurs de l'université de Perpignan © CNRS
Professeur en génie des procédés et vice-président recherche à l’UPVD (Université Perpignan Via Domitia), Xavier Py effectue ses recherches au sein du laboratoire PROMES UPR (Unité propre de recherche) CNRS-UPVD depuis 1995. Ses travaux concernent le stockage de l’énergie, en particulier dans le domaine du solaire à concentration et des centrales solaires thermodynamiques.

Xavier Py, chercheur à l'université de Perpignan // DRComment est structurée la politique de recherche à l’UPVD ?

L’université de Perpignan regroupe toutes les disciplines sauf celle de la santé : biologie, sociologie, histoire, langues... L’un de nos gros chantiers est de réconcilier toutes les disciplines, pour instaurer plus de pluridisciplinarité, voire de transdisciplinarité. Il est donc important que l’équipe soit constituée de chercheurs du terrain avec une vision panoramique.

Nous sommes sensibles au fait que la recherche n’a pas de frontières, ni intellectuelles ni géographiques. D'autre part, notre politique de développement est ancrée sur le territoire. Ainsi, nous travaillons sur le solaire à concentration parce que nous disposons des outils nécessaires, comme le grand four solaire d’Odeillo ou la centrale solaire pilote de Thémis, tandis que le site de Tautavel est un excellent terrain pour les fouilles préhistoriques. 

Nous disposons par ailleurs d’un littoral avec des réserves marines qui justifient toute une recherche en biologie. Plus largement, la région comprend des frontières naturelles et politiques, un terrain idéal pour les recherches sociologiques. Enfin, tout un pan de notre recherche concerne la physiologie de l’effort, grâce à nos installations olympiques : les recherches peuvent s’effectuer sur un terrain qui s’étend de 0 à 2.000 mètres.

Tout en étant parfaitement ancrée sur le territoire, notre recherche s’exporte. Pour le solaire notamment, nous travaillons beaucoup avec l’Espagne, l’Allemagne, le Chili et l’Afrique de l’Ouest (au Burkina Faso notamment).

Faut-il mener un travail de pédagogie pour rendre le monde de la recherche plus accessible ?

Bien sûr, la vulgarisation scientifique est incontournable pour mettre en valeur sa recherche et offrir ses compétences à la société civile : dialogue direct entre chercheurs et anciens chercheurs, mais aussi discussions avec des jeunes, des retraités, des professionnels de tous types, des journalistes...

La valorisation passe également par le rayonnement à l’étranger. Lorsqu’il se déplace dans des conférences internationales, le chercheur représente aussi son pays. De plus en plus, nous ouvrons la recherche au jeune public. Le gouvernement affiche une volonté de rapprochement entre universités et établissements scolaires, et souhaite que les jeunes soient sensibilisés à la science. Nous participons à ce travail d’ouverture, pour que les futures générations se lancent dans la recherche et qu’elles ne nous considèrent pas comme des Martiens ! Il y a tout un travail de traduction pour que la société civile ait une idée un peu plus précise de notre travail. 

Enfin, les chercheurs jouent un rôle de conseil. Les collectivités territoriales, ou l’Etat lui-même nous sollicitent régulièrement. Aujourd’hui, les chercheurs intègrent la dimension juridique dans leur recherche sur l'environnement et la sécurité. Par exemple, quelle est la responsabilité des scientifiques dans l'étude d'une catastrophe comme celle de Fukushima ?

La recherche n’a pas de frontières, ni intellectuelles ni géographiques

La valorisation de la recherche ne passe donc pas uniquement par les transferts de technologie ?

On parle beaucoup de la valorisation académique et économique mais on oublie souvent la valorisation sociétale. Or cette dernière fait partie de nos missions. Par exemple, on ne peut pas traiter la thématique de l’eau uniquement sous ses aspects techniques (dépollution et traitement des eaux usées, par exemple). Le problème de l’eau est beaucoup plus vaste ! Il faut aussi prendre en considération la question géopolitique du partage des ressources. Dans nos recherches, nous devons tenir compte à la fois des aspects juridiques, sociologiques, historiques et mêmes religieux puisqu'il s'agit d'étudier les impacts sur l’environnement, mais aussi sur le bien-être ou la sécurité.

Dans certains pays, nous sommes face à des questionnements d’ordre religieux auxquels nous, technologues, ne savons pas répondre. Il y a une dizaine d’années, nous avons travaillé sur la construction d’une centrale à énergie solaire dans un pays musulman. Les décideurs de ce pays avaient choisi le modèle d’une centrale à tour, non pas pour des raisons scientifiques, mais parce que cela leur rappelait la forme d’un minaret. L’acceptabilité sociétale était alors plus importante pour eux que les avantages techniques d’une telle centrale. Un chercheur doit être conscient de ces problématiques et ouvert à une réflexion sur ces sujets.

La valorisation de la recherche au programme de la prochaine conférence EducPros
“Comment mettre en valeur votre recherche et vos chercheurs ?” : c'est le titre de la prochaine conférence EducPros, organisée le 4 juin 2014.
Découvrez le programme.

Sarah Masson | Publié le