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Y. Poilane, ancien directeur de Télécom Paris : "J'ai accompagné la transformation numérique des entreprises durant mon mandat"

Marine Richard
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Y. Poilane, ancien directeur de Télécom Paris : "J'ai accompagné la transformation numérique des entreprises durant mon mandat"
// ©  Télécom ParisTech
Yves Poilane a quitté la direction de Télécom Paris le 1er décembre. Il dresse aujourd'hui le bilan de ses douze années passées à la tête de l'école d'ingénieurs spécialisée dans le numérique.
 // © Alexandre Enard

"La profession de directeur est un métier exaltant. On a un profond sentiment d'utilité", s'enthousiasme Yves Poilane, qui a lui-même été étudiant à Télécom Paris avant d'en prendre la tête, des années plus tard.

Il a pris ses fonctions de directeur de Télécom Paris le 1er août 2007, année où ParisTech, réseau de dix écoles d'ingénieurs, obtient le statut d'établissement public de coopération scientifique (EPCS), et devient un pôle de recherche et d'enseignement supérieur. Il termine son mandat en décembre 2019, moment où l'Institut Polytechnique (IP Paris), qui rassemble sur un même site cinq écoles : Télécom Paris, Télécom SudParis, l’Ecole polytechnique, l’ENSAE Paris et l’ENSTA Paris, se crée.

Durant douze ans, sa feuille de route s'est structurée autour de trois grands axes : le déménagement de Télécom Paris à Palaiseau, décidé en 2009, la consolidation de l'enseignement supérieur et l'introduction du numérique dans l'enseignement.

Le numérique : axe majeur de développement d'Yves Poilane

La combinaison du numérique et des disciplines proposées a été l'axe majeur de développement de l’ancien directeur. "J'ai dû accompagner la transformation numérique des entreprises. On ne parlait pas d'intelligence artificielle il y a douze ans. On a su saisir des opportunités en se positionnant sur les data sciences et sur l'intelligence artificielle (IA). Nous sommes la première grande école d'ingénieurs numérique française", se réjouit-il.

Lire aussi : Telecom Paris déménage à Palaiseau

Il a ainsi développé des offres de formations hybrides, où le numérique est décliné dans chaque domaine, comme en bio ingénierie où l'imagerie médicale est une valeur ajoutée. "Nous proposons aussi une offre spécifique : une troisième année commune avec l'école du management et de l'innovation de Sciences po, depuis deux ans. Chaque élève repart avec le diplôme de son école, il n'a pas de double diplôme mais il a suivi les cours des deux établissements", ajoute-t-il. Charles, étudiant en troisième année à Télécom Paris, assure que son directeur a été "visionnaire avec les spécialités qu'il a développées, il y a cinq ans, autour du numérique : IA, e-learning, cybersécurité et qui sont à la mode aujourd'hui".

Le plan de déménagement à Palaiseau

Yves Poilane a également conduit le déménagement de Télécom Paris à Palaiseau : "Je suis arrivé avec la conviction qu'on était trop petit. On est passé de la meilleure grande école de la rue Barrault à la troisième grande école du plateau de Saclay après l'X et CentraleSupélec, c'est plus challengeant", lance Yves Poilane sur un ton amusé. Grâce à ce déménagement, l'école a pu créer des communautés disciplinaires d’enseignement et de recherche. "On permet aux enseignants-chercheurs relevant de la même discipline de discuter ensemble par-delà les frontières des établissements. Des séminaires scientifiques sont organisés sans que les enseignants aient à marcher plus de 5 à 10 minutes", s'extasie-t-il.

Une relation de proximité avec les entreprises

"Je me souviens de mon premier rendez-vous en 2008, dans le cadre de ParisTech, dans le bureau de Carlos Ghosn, directeur de Renault. On lui a demandé s'il faisait face à un verrou technologique (ndlr : un problème que l'entreprise ne peut pas résoudre seule). Il avait en effet un problème ergonomique de chargement des batteries des véhicules électriques", se remémore Yves Poilane. Carlos Ghosn a alors fourni 800.000 euros par an à l'école pour travailler sur des véhicules électriques. Yves Poilane a développé une philosophie : aller systématiquement voir les entreprises pour qu'elles expriment leurs besoins.

Lire aussi : L'ouverture sociale des grandes écoles, pas encore une réalité ?

Un travail sur la diversité sociale

"L'X a remis aux ministres des Armées et de l'Enseignement supérieur son rapport sur la diversité sociale en octobre dernier. Elle a mis en avant un recrutement plus massif d'universitaires, une idée que j'avais proposée il y a 10 ans", assure-t-il. La moitié des étudiants vient de classes prépa à Télécom Paris. Le reste vient de DUT, de l'étranger ou de licence universitaire. " Nous sommes la grande école d'ingénieurs qui a le plus d'étudiants étrangers en France". En ce qui concerne le taux de boursiers, Télécom Paris en a recruté 25%. "On n'est pas pour la discrimination positive. Je suggère que nous allions chercher les esprits brillants en REP (réseaux d'éducation prioritaires) en amont dès le collège. Il faut que des diplômés de grandes écoles aillent faire du mentorat au sein des collèges de REP. Les élèves ne pourront pas rattraper leur retard chez nous."

Seulement 400 donateurs par an sur les 20.000 diplômés

Malgré ses réussites, Yves Poilane exprime quelques regrets. Il déplore notamment qu'il n'y ait pas eu de fusion avec Télécom SudParis, autre grande école d'ingénieurs dans le domaine du numérique. "A l'étranger, on ne comprend pas qu'il y ait deux écoles de Télécom", assure-t-il. Autre point noir dans son mandat : le plafonnement des dons des diplômés depuis deux ans. L'Etat fournit 59% du budget de l'école et Yves Poilane tente de trouver d'autres financements auprès, notamment, des alumni. "Certes, il y a 10 ans, nous n'avions encore aucun don de diplômés et aujourd'hui notre collecte nous rapporte 1 million d'euros par an mais on a seulement 400 donateurs chaque année alors que l'on a 20.000 diplômés", explique-t-il, l'air déçu.

Les chantiers laissés à son successeur

Il reste encore de nombreux chantiers à venir pour son successeur, Nicolas Glady, ingénieur civil informaticien de formation et directeur général adjoint de l'ESSEC Business School, qui a pris ses fonctions le lundi 2 décembre. "Plusieurs enjeux se dessinent comme le doublement du nombre de doctorants d'ici une dizaine d'années. De plus, la nouvelle offre de masters pour la rentrée 2020 est conçue mais il faut la mettre en œuvre. Nicolas Glady devra donc traduire les stratégies en plan d'action et le plus gros enjeu d'IP Paris c'est le financement", projette Yves Poilane. La venue d'un manager est reçue avec enthousiasme par les étudiants : "On aura peut-être une plus grande dynamique entrepreneuriale avec Nicolas Glady et plus de soft skills également", espère Charles, élève à Télécom Paris.Yves Poilane rejoint dès aujourd'hui la direction générale du pôle technologique du Groupe Ionis, acteur de l'enseignement supérieur privé et développera la recherche et le e-learning, une matière qu'il connaît bien, dans l'enseignement.

Yves Poilane
1984 : Ancien élève de l'Ecole polytechnique, diplômé de Télécom Paris
1990 : Il occupe plusieurs postes opérationnels à France Télécom et est nommé directeur adjoint de Télécom Bretagne
2003 : Il devient directeur de la TV d'Orange puis directeur territorial Ile-de-France de France Télécom
2007 : Il prend la direction de Télécom ParisTech
2019 : Il quitte la direction de Télécom Paris et prend celle du pôle technologique du Groupe Ionis


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