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Yves Demay (directeur de l'Ecole polytechnique) : "Nous voulons que nos diplômés contribuent davantage à la recherche et l'emploi en France"

Propos recueillis par Sophie Blitman
Publié le
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Yves Demay - Directeur de l'Ecole polytechnique - © École Polytechnique, J. Barande
Yves Demay - Directeur de l'Ecole polytechnique - © École Polytechnique, J. Barande

Six mois après sa nomination à la tête de l'Ecole polytechnique, Yves Demay trace pour Educpros les grandes lignes de sa politique, de la gouvernance de l'école à la réforme de la formation en passant par la construction de l'université Paris Saclay. Affichant sa volonté de moderniser la prestigieuse institution.

La réforme de la gouvernance de l'école avait suscité au printemps 2012 des remous en interne et apparaissait, juste avant votre nomination officielle, comme l'un des chantiers prioritaires du futur directeur général. Où en est-on aujourd'hui ?

La situation est débloquée et une vision partagée a émergé autour de l'intérêt d'avoir un président à plein temps. Les candidatures sont attendues pour le printemps et le nouveau président devrait être désigné par le gouvernement avant l'été : il portera la stratégie de l'école qu'il représentera à l'extérieur, tandis que le directeur général, plutôt tourné vers l'intérieur, aura la responsabilité opérationnelle de l'école.

Rénover la formation fait partie des points clefs du contrat d'objectifs et de performance 2012-2016. Quels sont vos axes de travail ?

La place de l'international dans la formation est l'une des dimensions importantes de cette réforme qui devrait être progressivement mise en place à partir de la rentrée 2013.

Aujourd'hui, beaucoup d'étudiants partent à l'étranger en dernière année, au moment où ils sont en transition vers l'emploi. Résultat : près d'un tiers de nos diplômés débutent leur carrière à l'étranger et cette proportion a tendance à croître, alors qu'il faudrait qu'ils contribuent davantage à la recherche et l'emploi en France. D'où l'importance de mieux anticiper les séjours à l'étranger et de prévoir qu'ils s'inscrivent dans le cursus, en deuxième ou troisième année.

D'autre part, la réforme vise à améliorer la cohérence pédagogique entre la troisième et la quatrième année, autour de trois grandes orientations qui correspondront à trois parcours possibles pour les étudiants en fin de cursus : l'un plutôt disciplinaire qui conduirait au doctorat, un deuxième tourné vers l'ingénierie, et un dernier centré sur le management des technologies et de l'innovation.

Qu'en est-il de la réforme de la pantoufle ? Annoncée pour la rentrée 2013, elle devrait instituer l'obligation pour les diplômés qui iraient travailler dans le secteur privé de rembourser la solde perçue pendant leur formation.

Je suis favorable à une équité de traitement entre les élèves de l'Ecole polytechnique et ceux formés dans d'autres écoles d'ingénieurs publiques. Ce principe implique un le remboursement de la solde, avec, toutefois, quelques réserves : d'une part, il me semble que le montant doit être calculé à partir de trois années et non quatre, c'est-à-dire en excluant l'année où les élèves effectuent leur service civil ou militaire.

D'autre part, certaines situations permettraient un dégrèvement partiel. Je pense notamment aux emplois qui pourraient donner lieu à un détachement de fonctionnaire, à commencer par les thèses Cifre. Ce serait une façon d'encourager nos diplômés à poursuivre en doctorat, ce que font déjà un quart d'entre eux. Il faudrait aussi réfléchir à une remise pour les fonctions peu rémunérées mais à forte valeur ajoutée sociale comme les postes en ONG et dans des associations à but non lucratif ou encore les métiers du culte. Il s'agit certes là de cas particuliers mais ceux-ci doivent être anticipés dans le texte du décret. Nous espérons qu'il pourra entrer en vigueur à la rentrée 2013.

En ce qui vous concerne, qu'attendez-vous de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche ?

Qu'elle ne détricote pas le travail que nous menons sur Saclay ! Or, le concept de communauté d'universités tel qu'il était défini dans la première version du texte, datée du 15 janvier 2013,  signifiait l'arrêt du projet de Paris Saclay. En effet, l'Idex est construit sur l'idée d'une coopération volontaire des établissements qui décident eux-mêmes des responsabilités transférées à l'université Paris Saclay. Nous sommes loin de l'obligation d'adhérer à une communauté d'universités dont le périmètre est défini par la loi…

D'autre part, si nous prévoyons une politique commune pour la recherche ainsi que la formation au niveau master, nous ne transférons pas toutes les responsabilités à l'université Paris Saclay, notamment en matière de ressources humaines ou de relations internationales.

Enfin, sur le plan de la gouvernance, il est prévu que des représentants des établissements siègent au conseil d'administration, avec un système de vote pondéré, ce qui est très différent d'une légitimité démocratique de premier rang comme le suppose la communauté d'universités.

Cependant, la version du 8 février 2013 introduit davantage de souplesse. Le texte me semble ainsi avoir évolué favorablement et rend le projet Paris Saclay de nouveau compatible avec la loi.

La création de l'université Paris Saclay est prévue pour le 1er janvier 2014. Quelles sont les prochaines échéances d'ici là et vos principaux objectifs ?

Les demandes d'écoles doctorales et de master doivent être déposées avant le 15 octobre 2013. Pour notre part, nous sommes prêts à ne pas déposer de demande pour l'école doctorale de l'X, où nous représentons 80 % des équipes de recherche. Le symbole est fort : cela signifie que nous abandonnons une école doctorale que nous maîtrisons. Telle est la contrepartie de notre ambition internationale.

Sur ce plan, Saclay vise moins à accroître la notoriété de l'Ecole polytechnique à l'étranger qu'à nous donner davantage de marges de manœuvre, par exemple, pour constituer rapidement une équipe de recherche sur un sujet qui est en train de décoller.

D'autre part, il me semble raisonnable, pour la société, de procéder à une rationalisation des formations. L'objectif n'est pas de se limiter à quelques passerelles entre établissements, mais de rendre le système lisible et le plus cohérent possible en fonction des spécialités de dernière année. Au sein de notre école, nous allons travailler pour insister sur la dimension scientifique de la formation et voir comment nous positionner par rapport à d'autres établissements plus proches du management. Dans tous les cas, gagner en lisibilité, c'est être plus attirant, et se différencier, être moins concurrents.


Propos recueillis par Sophie Blitman | Publié le

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