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Yves Jean, président de la Conférence des directeurs d’UFR Lettres, Langues, Arts, Sciences humaines et sociales: «Nous voulons défendre la place des UFR dans la gouvernance des universités»

Propos recueillis par Mathieu Oui
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Comment concilier la mise en œuvre des nouveaux dispositifs de l’arrêté licence avec les contraintes budgétaires des universités ? C’est la question soulevée par Yves Jean, professeur de géographie à l’université de Poitiers et président de la Conférence des doyens d’UFR lettres, langues, arts et sciences humaines et sociales (CDUL) .

Le nouvel arrêté licence, sorti en juillet 2011 en remplacement de celui de 2002, impose désormais un socle minimum de 1.500 heures au plan national. Pour les filières lettres, arts et humanités, dont la moyenne s’établit aujourd’hui à 1.432 heures, cette augmentation du volume horaire doit appliquée pour la rentrée 2012.

Outre l’arrêté licence, le président de la CDUL revient également sur d’autres questions d’actualité et sur la place des UFR dans la nouvelle gouvernance des universités.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les UFR de lettres et sciences humaines dans la mise en place des 1.500 heures – contre 1.400 heures actuellement en moyenne – prévue dans l’arrêté licence ?

La Conférence a toujours été favorable à l’augmentation du volume horaire en licence. Un faible volume horaire, de 1.200 à 1.350 heures sur trois ans, est un facteur d’échec car les étudiants disposent d’un temps libre trop important. Mais cet arrêté intervient dans un contexte budgétaire très pesant pour les universités, avec des contraintes financières fortes et des difficultés de gestion de la masse salariale. Le passage aux RCE s’est traduit par des gels de postes, de 10 à 15 par établissement, car les universités redoutent de ne pas pouvoir payer l’ensemble des salaires en 2012-2013. Il n’est pas envisageable de mettre en œuvre les 1.500 heures à effectifs constants. C’est une réalité incontestable que certains établissements sont en sous-effectifs, par exemple en psychologie et sociologie. Des mutualisations peuvent avoir du sens, notamment en associant des disciplines proches comme géographie et sociologie ou géographie et histoire. Mais la CDUL s’oppose aux mutualisations forcées autour de projets de propédeutique comprenant de cinq à sept disciplines différentes. Des propositions en ce sens ont été formulées à Montpellier ou Rennes 2.

En quoi ce projet de propédeutique est-il problématique ?

La CDUL a pris position pour rappeler l’importance, dès la L1, d’acquérir la méthodologie autour d’une discipline. C’est la clef de l’apprentissage de l’autonomie de l’étudiant. Sinon, on risque le zapping et l’acquisition de connaissances superficielles.

Dans votre université de Poitiers par exemple, comment cela se passe-t-il ?

Nous travaillons à la mise en œuvre des 1.500 heures et, en même temps, l’université nous demande de supprimer cette année 1.800 heures d’enseignements pour réduire les heures supplémentaires. L’objectif fixé par l’université est de diminuer, d’ici à cinq ans, de 15% l’offre de formations et de supprimer 10.000 heures. C’est le paradoxe de l’autonomie. Le ministère nous accorde une autonomie paradoxale et fausse et, parallèlement, il impose 1.500 heures dans toutes les universités. Cette position est juste si elle s’accompagne de recrutement de maîtres de conférences et de professeurs d’université. À Poitiers par exemple, l’université aurait besoin d’une dizaine de créations de poste sur les deux UFR.

Quelle est la position de la Conférence sur la masterisation ?

Revoir la réforme de la formation des enseignants est essentiel. Le calendrier des concours est perturbant et incohérent. Actuellement, les candidats au professorat des écoles passent l’admissibilité en septembre et ceux du CAPES début novembre. Nous proposons que les dates d’admissibilité soient avancées au début du mois de juin afin que les étudiants en fin de M1 puissent, en cas d’échec, retenter le concours l’année suivante ou s’inscrire dans un autre M2. Il faut également revoir le contenu de la formation car le programme est trop lourd pour nos futurs collègues. En M2, ils doivent avoir de très bonnes connaissances disciplinaires, pédagogiques et didactiques, mais aussi être en stage et rédiger un mémoire. C’est trop !

La CDUL est aussi intervenue cette année autour des questions de gouvernance. Quelle est votre position ?

Nous sommes vigilants pour défendre la place des UFR dans la gouvernance des universités. Avec l’autonomie des établissements, les services centraux jouent un rôle croissant. Ici et là, on observe des relations directes entre l’équipe présidentielle et les enseignants-chercheurs ou les laboratoires, au détriment des espaces de médiation que sont les UFR. Les écoles doctorales sont de plus en plus plurisites et éloignées des UFR. Et de gros labos de recherche, richement dotés en enseignants-chercheurs et en budgets, pèsent autant, voire plus, que certaines composantes. Mais les universités n’ont pas intérêt à cette dissociation entre la formation et la recherche. Avec l’instauration des RCE, la stratégie des universités doit être définie de manière collaborative entre les équipes de direction et les UFR. Dans certains établissements, la césure entre les équipes présidentielles et la communauté universitaire entraîne une crise de confiance des enseignants et un malaise profond. Les UFR doivent jouer un rôle de premier plan de gestion de proximité et dans une démarche collaborative de la stratégie de l’établissement.


Propos recueillis par Mathieu Oui | Publié le

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