Au crash test du confinement : l’université est-elle prête pour le tout-numérique ?

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Au crash test du confinement : l’université est-elle prête pour le tout-numérique ?
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PARTENARIAT. C’était un fantasme de gourou de l’e-learning : confinée à deux reprises, l’université française est passée en tout distanciel… ou plutôt en démerdentiel. Quel bilan tirer de cette "continuité pédagogique" ? Les facs et les grandes écoles ont-elles enfin effectué leur transformation numérique ? La "Zoom fatigue" est-elle le nouveau mal étudiant ?

Si la grande migration vers la vidéoconférence avait été largement improvisée au printemps, les établissements ont cette fois eu le temps nécessaire pour se préparer au tout-distanciel. Les grandes écoles ont mis la main au porte-monnaie. L’Essec a dépensé 2 millions d’euros pour acquérir des casques de réalité virtuelle et construire son "campus numérique augmenté". Grenoble École de Management a déboursé 1,2 millions d’euros pour créer 32 salles de cours hybrides, qui permettent d’accueillir en même temps des étudiants en présentiel et en distanciel, grâce notamment à un système de sonorisation avancé.

A Neoma Business School, le confinement a permis d’accélérer le projet de "4e campus de l’école", un univers numérique dans lequel étudiants et professeurs circulent grâce à leur avatar. L’idée est de recréer, façon jeux vidéo, ce lien social qui semble s’être évaporé sur Zoom. "L’avatar revisite la téléprésence en évitant la fatigue ressentie en visioconférence et en facilitant les échanges qui redeviennent plus spontanés", s’enthousiasme Alain Goudey, directeur de la transformation Digitale de l’école de commerce.

Ingénieur pédagogique, ce métier plein d’avenir

Dans les universités, un métier jusque-là discret a soudain connu un vif regain d’intérêt : ingénieur pédagogique. Ces soldats de l’e-learning, chargés de digitaliser les cours et de repenser les enseignements à cette aune, prêchaient souvent dans le vide : "Avant, on devait lutter pour intéresser les enseignants, qui nous connaissaient à peine et nous confondaient avec des agents du service informatique. Depuis le confinement, la demande a explosé. On est passé de 25 à 200 sollicitations hebdomadaires", raconte Benoît Roques de Paris-I-Panthéon-Sorbonne.

Le professeur de droit Bruno Dondero, militant convaincu du numérique, fait le même constat : "Cette crise est très compliquée à gérer à mille égards mais si elle avait un mérite, ce serait celui d’avoir obligé de nombreux professeurs à se mêler de numérique, à mettre les mains dans le cambouis alors que souvent, ils regardaient cela de loin".

Bruno Dondero, prof de droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le passage au tout-numérique marque un déclin du cours magistral et accélère la transition vers l’"amphi inversé", un concept discuté depuis plusieurs années. Dans ce système, les étudiants apprennent leurs cours en autonomie (via des vidéos en ligne par exemple) et mettent à profit les séances en amphi pour discuter les concepts ingurgités. Un schéma "inversé" : les cours à la maison et les exercices à l’université, où l’on ne se contente plus de recopier passivement une leçon.

La Zoom fatigue s’empare des étudiants

Tous les étudiants s’en sont rendu compte pendant ces deux confinements : il n’y a rien de plus déshumanisant qu’un long tunnel de cours magistraux sur Zoom. Les yeux fatiguent, l’attention flotte, la déprime guette. De l’autre côté de la machine, les enseignants se retrouvent parfois face à un mur d'écrans noirs, avec des étudiants fantômes qui ont débranché la caméra par commodité ou lassitude.

Allô, y a-t-il encore quelqu’un en ligne ? "L’enseignant n’a plus le retour informationnel constitué par le regard des étudiants et leur attitude", se désole Louis de Mesnard, enseignant à l’université de Bourgogne. "Dans un cours normal, en “présentiel”, l’enseignant voit dans les yeux des étudiants s’ils sont perdus, s’ils ont du mal à noter, s’ils ne comprennent pas, etc.". La vidéoconférence paraît plus intéressante pour des exercices de groupes que des cours magistraux.

"Nous ne reviendrons jamais au 100% présentiel"

Seule solution pour éviter cette Zoomite aiguë : développer un vrai enseignement digital, qui ne soit pas une simple transposition en ligne des cours en présentiel. Cela suppose de scénariser les cours, de produire des contenus spécifiques, de développer des modules de quizz interactifs… L’expérience du confinement semble avoir élargi le fossé entre certaines universités, où les professeurs ont eu le sentiment d’être laissés à l’abandon, et les grandes écoles, qui ont pu investir dans des méthodes pédagogiques innovantes. Le fossé se creuse également entre étudiants : d’après une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante réalisée après le premier confinement, 42% des étudiants ne disposent pas d’un espace de travail au calme pour se concentrer et 36% ont connu des problèmes de connexion Internet.

Loin de consacrer le tout-distanciel, ce confinement pourrait plutôt pousser à des formules hybrides. "Nous ne reviendrons jamais au 100% présentiel", explique Anne Zuccarelli, directrice de l'expérience étudiante à l’Edhec. "L'enseignement à distance nous ouvre de nouvelles portes, comme le fait de pouvoir avoir des profs, et même des étudiants, notamment étrangers, qui sont loin. Il permet aussi de comprendre la valeur ajoutée du présentiel." Le présentiel, ce lointain souvenir que tous les étudiants espèrent retrouver dès janvier.

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