Newsletter

L'université française sans défense

Emmanuel Davidenkoff
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Université Rennes 1 - Amphi - septembre 2013
Pour Emmanuel Davidenkoff, "l'université est plurielle à bien des égards". // ©  Gaëlle Le Page

C'est souvent quand elle déroge au dogme égalitariste que l'université présente son visage le plus conquérant, que ce soit en matière de sélection, de droits d'inscription, d'innovation pédagogique ou d'alliances avec des partenaires publics ou privés... La chronique d'Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de L'Etudiant.

A une époque où le débat d'idées ne se résumait pas à des clashs en 140 signes sur Twitter, le texte que vient de publier dans Libération le philosophe Pascal Engel aurait déclenché une levée de boucliers dans le monde universitaire. Il explique en effet benoîtement que nos universités "ne sont compétitives ni en termes de recherche ni en termes de formation", qu'elles "croulent sous la pesanteur administrative et la surpopulation étudiante [et] sont incapables d'assurer leurs missions", quand elles ne sont pas "en défaut de paiement". Quant aux syndicats étudiants, leur principale préoccupation serait que les "étudiants, même médiocres, [conservent] toutes leurs chances d'obtenir des diplômes tout en voyant le niveau de leurs bourses augmenter". Fermez le ban.

Pourtant, une semaine après sa parution, ce libellé n'a pas été contredit sur le fond. Comme si ses "lecteurs" s'étaient tous arrêtés à l'hypothèse en forme de canular qui sert de fil rouge à cette violente charge et lui donne son titre: "Et si des universités françaises étaient rachetées par un groupe chinois?" Sitôt publié, sitôt tweeté.

Thierry Mandon, le nouveau secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur, moque l'hypothèse, mais sans relever le second degré: "Universités à vendre: la fable de la rentrée. Délirant !" La Fage, deuxième organisation étudiante, tombe carrément dans le panneau et s'insurge dans un communiqué prestement dépublié. Avant de livrer une longue analyse visant à démontrer que "tout imaginaire que soit cette tribune, elle est loin d'être délirante".

Lire la suite sur lexpress.fr


Emmanuel Davidenkoff | Publié le

Vos commentaires (2)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Emmanuel Davidenkoff.

Cher Pascal Engel, Je ne suis pas certain que nous soyons en désaccord sur le fond - il me semble même que la chute du papier ou certains des exemples que je cite en témoignent. Ma divergence tenait principalement à la forme : vous plaidez pour un changement au nom de la bouteille "à moitié vide", j'ai le sentiment qu'il adviendra si on l'observe sinon "à moitié pleine" du moins "en train de se remplir". Et je m'étonnais, surtout, que personne ne monte au front, dans le sérail, dans le monde politique ou parmi les "intellectuels", pour le dire. Bien cordialement

engel pascal.

cher Emmanuel Davidenkoff Mercoi de cet article. Il ne vous a pas échappé que cette tribune de Libé reposait sur l'ironie et que le scenario était si gros, énaurme et absurde qu'on devait s'interroger sur les intentions de l'auteur. Si je vous dis "Beau temps n'est ce pas?" alors qu'il pleut à verse m'accuseriez vous de faire une mauvaise météo? Si je vous propose comme Swift de manger les enfants en cas de famine allez vous m'accuser de me désintéresser du sort des enfants irlandais ? L'idée est de rappeler en effet certains truismes pouvant conduire à brader ( l'acheteur chinois est un prétexte) les universités françaises. Mais c'est pour les défendre que ce scénario a été monté. Et mes propositions sont : tant que la coupure universités/ grandes écoles perdure, tant que la coupure CNRS-recherche / universités perdure , tant qu'on refuse la selection , on n'est pas sortis de l'auberge. Avec un peu de recul j'espère que l'on comprendra que je défendais les universités , y compris contre l'emprise de l'argent privé, dans cette tribune. Le fait de constater que la situation est grave , même par le biais de l'ironie, n'implique pas qu'on s'en réjouisse.