La qualité de l'enseignement est-elle réellement améliorée grâce aux TICE ?


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Quelle est l'utilité des tablettes, téléphones portables et autres appareils électroniques dans une salle de classe ? Sonia Canville, chef de produit vidéoprojecteurs et spécialiste Education chez CASIO France, fait le point dans une tribune publiée par EducPros.

"Les nouvelles technologies ne cessent de faire la une des journaux et leur utilisation en classe est aujourd'hui présentée comme incontournable. Ces technologies dîtes "nouvelles", parce qu'en marge de l'enseignement dit "traditionnel" dans lequel le maitre détenteur du savoir transmet ses connaissances de façon magistrale, font déjà partie du mode de vie quotidien de l'étudiant du 21ème siècle à travers les télévisions, ordinateurs, téléphones portables, tablettes et autres appareils électroniques. Néanmoins, chacun est en droit de s'interroger sur leur réelle utilité dans une salle de classe.

En quoi l'usage d'un vidéoprojecteur ou d'un TBI (tableua blanc interactif) apporte-il concrètement une valeur ajoutée à l'élève et au professeur ? Parce qu'aujourd'hui, le savoir et l'apprentissage sont démocratisés. De la démocratisation du savoir découle une nécessaire adaptation de l'enseignement à l'apprenant ; et cette démarche à un double intérêt, à la fois pour l'élève mais également pour le professeur, dans la mesure où elle permet l'absorption des connaissances dans un cas et facilite leur transmission dans l'autre. En effet, dans une société de l'image où près de 60% des apprenants français sont de type visuel et près de 40% auditif (1), il est fondamental de faire évoluer le mode de transmission. L'assimilation et la mémorisation sont décuplées lorsque les fonctions cognitives sont stimulées. Ceci a été démontré depuis des années avec des pionniers tels que Tony Buzan par exemple, qui a mis en avant le rôle de la visualisation spatiale, de la couleur...dans l'apprentissage.

D'ailleurs, il est prouvé que dans les pays de l'OCDE, les élèves utilisant ne serait-ce que modérément l'informatique à l'école, peuvent obtenir des scores légèrement supérieurs à ceux des élèves l'utilisant rarement (2).

Les TICE pour retenir l'attention de son auditoire

Aussi, n'est-il pas plus facile pour un enseignant d'avoir la possibilité de capter immédiatement l'attention de l'élève dès le début de son cours ? Plutôt que de devoir faire face à une classe, qui, au mieux est péniblement réceptive, et au pire, en prise au désordre voire au chahut ? Ceci peut se matérialiser par une introduction filmique du thème de la leçon par exemple, ou même simplement par une image projetée à l'aide d'un vidéoprojecteur et d'une clé USB.

L'objectif de l'enseignant étant de retenir l'attention de son auditoire, les outils numériques permettent de travailler plus facilement des activités variées, ludiques, sonores, visuelles et même interactives, qui rendent l'étudiant actif et donc acteur de son apprentissage : cette responsabilisation de l'apprenant est essentielle à sa progression. Au-delà du respect des styles d'apprentissages stricto-sensu, l'enseignement revu ces dernières années doit être envisagé, tel qu'il est d'ailleurs aussi décrit dans le socle commun de compétences et de connaissances. Ceci, dans la perspective de développer non seulement des savoirs mais aussi les diverses habiletés intellectuelles, les capacités de raisonnement, de communication... En somme, d'apprendre à apprendre! Faire réfléchir, débattre, disserter ses élèves à partir d'un extrait du journal télévisé ou d'un documentaire abordant l'idée de progrès par exemple en cours de langues ou de philosophie, c'est connecter le monde réel de l'étudiant au savoir théorique(3).

En France, cette dynamique prend encore plus de valeur dans les zones sensibles. L'enseignement prend alors une toute autre dimension : d'un côté l'enseignant se voit valorisé dans sa démarche, devenant alors un facilitateur, un mentor, un guide dans la découverte et la maîtrise des savoirs. De l'autre - la faute étant facilement corrigible et le support optimum et ludique - le travail de l'apprenant effectué avec des outils numériques devient intéressant, valorisable et source de motivation. Ainsi, les outils numériques, autant valorisants pour l'apprenant que pour celui qui enseigne, ne peuvent, pour les années à venir, que s'inscrire comme les outils indispensables à l'apprentissage du futur."

Sonia Canville, chef de produit vidéoprojecteurs et spécialiste Education chez CASIO France

(1) Miao Lin-Zucker, Elli Suzuki, Nozomi Takahashi et Pierre Martinez (7 avril 2011). Compétences d'enseignant à l'épreuve des profils d'apprenant. Paris. Edition des archives contemporaines.

(2) Etude PISA 2009, Technologie Numérique et Performance Volume VI, chapitre 6, p 205.

(3) Bransford, John, Brown, Ann L., & Cocking, Rodney R. (Eds.). (1999). How People Learn: Brain, Mind, Experience, and School. Washington, D.C.: National Academy Press.


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Simonpoli.

Dire que les TIC ont transformé l'école est juste, dire qu'elles ont amélioré l'enseignement est pour le moment contraire aux faits. Les éléments d'information étant à portée de clic, le recours aux références est facilité aussi bien pour les professeurs que pour les élèves. Par conséquent, les différents supports dont les possibilités de connexion à distance et graphiques sont immenses, comme le démontrent leurs performances dans le domaines des jeux vidéos, permettent aux uns et aux autres d'avoir accès à des bibliothèques, des vidéothèques, des musicothèques, des DVD thèques , des etcaeterathèques sans nombres avec des formes les plus élaborées mais pour quoi faire?......... Pour faire Quoi? Des choses moins élaborées que ce qu'inventèrent les pédagogues latins des écoles de la pédagogie active ou les pédagogues slaves de la pédagogie institutionnelle. Avec dix buchettes et autant de bouts de carton les enseignants freinetistes, par exemple, permettaient à l'enfant dans sa classe d'élaborer des circuits de penser la numération en base 2 en base 5 et en base 10, dès la grande section de maternelle, en même temps qu'il construisait ses propres dispositifs d'élaboration opératoire coopératifs et augmentait ses capacités relationnelles au sein d'un groupe restreint. Dans le même temps les makarenkistes ou les summerhilistes, entre autres, accompagnaient leurs élèves à engendrer des comportements collaboration pour atteindre des objectifs individuels dans un projet collectif. Les enseignants d'aujourd'hui qui ont tant d'outils qui facilitent l'invention sont malheureusement pour l'instant prisonniers de ces outils dont ils ne mesurent pas l'étendu des potentialités car ils sont issus de cette génération, du pointage. J'ai l'habitude de dire qu'on en revient à l'âge de Cro-Magnon là où il suffisait de montre du doigt une chose pour la désigner. Aujourd'hui un doigt sur l'écran fait apparaitre une carte, un film de dissection d'une souris, joue même le rôle d'un scalpel, d'un interlocuteur fictif ou d'un opérateur mathématique mais à quoi cela avance-t-il dans la construction des savoirs dans l'expérimentation ou la construction de relations aux autres? Les TICE ont enclenché une régression pédagogique, dont elles ne sont pas responsables. En revanche il faut bien constater que si pour vendre leurs appareils les industriels du secteur n'ont pas hésité à investir dans la conception des jeux ils n'ont rien mis au pot dans le domaine de l'éducatif ou dans celui de la transmission, des connaissances. En 2001 je dirigeais une université d'été à Marseille au sein de l'incubateur des produits ludo-éducatifs multimédia que nous avions démarré à partir du CRDP de l'Académie d'Aix Marseille sous l'impulsion conjointe du Recteur Blanchet et du Cabinet du Ministre Allègre. De très rares industriels des contenus se joignirent à nous mais c'est sans moyens que nous avons lancé l'incubateur qui ne pu offrir qu'une tribune aux inventeurs pédagogiques et en aucu cas une base de développement économique. Il existe pourtant dans le pays des expérimentateurs qui ont été au delà de l'apprentissage du clavier des icones ou du pointage. Avec ces outils, dans une ou l'autre des directions disciplinaires, ils travaillent sans privilégier l'apprentissage intuitif par rapport à l'expérimental ou sans préférer la démarche solitaire du cheminement hypothétique de la pensée à une démarche collaborative comparative ou confrontative. Ils inventent des fabuleux destins pédagogiques. Cependant ils demeurent isolés dans un océan de facilités réalisées par leurs collègues démonstrateurs d'écrans qui pullulent dans tous les établissements ou toutes les écoles et encore davantage sur les sites internet. Alors oui il n'ya aucune différence entre le vidéoprojecteur d'aujourd'hui et l'appareil à diapo d’avant. Pire ces outils sont bien moins performants qu'un tableau noir ou blanc pour la construction des démarches intellectuelles d'apprentissages ou de résolution de problèmes par exemple. En effet, si ces instruments ont été mis au point pour la formation des adultes en perdition scolaire, notamment à l'armée ou en formation continue, c'est parce qu'ils permettaient de proposer des schémas de présentation préconstruits, des méthodes prédigérées à mettre entre toutes les mains, ils sont issus de l'andragogie. En revanche le fameux tableau noir en partant d'une surface vierge de toute inscription et en permettant au "maître" d'accompagner le développement d'une pensée ou d'une présentation ou d'une démarche logique par l'inscription des jalons de sa démarche s'est inscrit durablement comme le complément essentiel d'une séquence magistrale. Si vous entrez dans une classe ou un amphithéâtre à la "récréation" sans que le tableau n'ait été effacé vous retrouverez les étapes d'un raisonnement de l'enseignant réalisé ici et maintenant pour ces élèves ou étudiants qu'l avaient e face de lui et ceux-là uniquement. La même opération sur un exposé videoprojeté est impossible car l'objet intellectuel n'est pas construit au moment de la séquence magistrale pour ceux qui y participent mais il fut pensé pour être passe partout et il ne passe rien. Il trépasse à tel point que les constructeurs d'outils de communication sont toujours à se plaindre de ne pas trouver sur le marché des contenus innovants pour leurs appareils. Sont-ils prêts à mettre les sommes qu'il faut pour instaurer une véritable stratégie collaborative d'invention et mise à disposition de contenus pédagogiques et éducatifs en lies avec les TICE? Quant aux pouvoirs publics quels que soient leurs niveaux, sont-ils prêt à refuser d’équiper écoles collèges et lycées d’éléments techniques tant que les industriels des TIC n’accompagneront pas le développement des « tuyaux » de fluides dignes de ce nom ?

Jeremy.

@Joel : Je me suis fait la même remarque. Plus globalement, l'article est bien pauvre. Les exemples d'utilisation des TICE sont la projection d'un film, d'un journal télévisé ou d'un documentaire lors d'un cours. Je ne suis plus si jeune, et pourtant à mon époque, mes professeurs faisaient déjà ça, avec un téléviseur et des cassette vidéos. En quoi est-ce différent pour l'élève ? Quid de l'Internet ?

Joël.

L'avis d'un chef de produit vidéoprojecteurs et spécialiste Education chez Casio France dans l'opportunité d’utiliser en classe du matériel et des méthodes qu'elle distribue n'est-il pas biaisé ?...