Le crépuscule des classes prépa

Emmanuel Davidenkoff
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Lycée Louis-le-Grand (Paris) - ©lycée Louis-le-Grand
Depuis quelques années, l'hégémonie des classes préparatoires s'amenuise. // ©  Lycée Louis-le-Grand
Les effectifs des prépas n'ayant pas augmenté depuis vingt ans, les écoles, en quête de nouveaux clients, sont forcées de les chercher ailleurs. Ainsi, de facto, cette voie réputée royale va se marginaliser au sein des grandes écoles. La chronique d'Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l'Etudiant.

Les bienfaits et inconvénients de nos classes préparatoires aux grandes écoles, cette spécialité française que le monde entier respecte au point de n'avoir jamais tenté de l'imiter, sont connus.

Au chapitre des bienfaits, on retiendra l'excellence académique de la formation, la formidable puissance de travail qu'elle permet aux élèves de déployer, le souci de doter les jeunes d'une robuste culture générale avant qu'ils se spécialisent, auxquels il faut sans doute ajouter, pour le meilleur et pour le pire, l'intensité d'une expérience sociale souvent marquante.

Les inconvénients relèvent de deux registres. D'abord, le poids symbolique que ce modèle fait peser sur l'ensemble du système, conduisant à une délétère hiérarchisation des talents, qui écarte de la voie réputée "royale" celles et ceux dont les talents s'épanouissent sous des formes moins scolaires, et ce, dès le collège.

Ensuite, la survalorisation d'un dispositif pédagogique qui privilégie la mémorisation et la reproduction – pour ne pas dire l'obéissance – sur des formules laissant plus de place à la créativité ou à l'apprentissage inductif – apprendre par l'expérience.

L'hégémonie des classes préparatoires en recul

La sociologie a établi de longue date le caractère bien peu équitable de ce système, qui exclut de fait les jeunes issus de milieux moins favorisés économiquement et culturellement, mais aussi ceux qui expriment leurs talents dans des styles moins scolaires.

La diversification du modèle, avec le développement de prépas technologiques et la multiplication de prépas dites "de proximité", moins malthusiennes, n'a pas entravé sa perpétuation ni son caractère profondément élitiste
: la proportion d'enfants d'employés ou d'ouvriers dans les grandes écoles demeure environ six fois inférieure à la part de ces catégories dans la population française.

La nouveauté, portée par la mondialisation, tient à la mise en concurrence de ce modèle avec d'autres systèmes pédagogiques, beaucoup plus ouverts et permettant d'accéder à des diplômes au moins aussi cotés que ceux de nos grandes écoles.

Depuis quelques années, insensiblement, l'hégémonie des classes préparatoires s'amenuise
: il est de moins en moins rare qu'un élève choisisse de sauter la case "prépa" au profit d'une grande université étrangère. Louis-le-Grand ne bataille plus avec Henri-IV, mais avec Oxford et le MIT.

Quitte à ce que les étudiants, bachelor en poche, rentrent au bercail pour décrocher un master spécialisé dans une grande école bien de chez nous, mais sans avoir eu à subir deux ou trois années de bachotage si exigeantes qu'elles privent les jeunes de bien des plaisirs de la vie – activités sportives ou artistiques, voire amours de jeunesse (selon le dicton bien connu "prépa maqué(e), prépa manquée").

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