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Numérique et universités : un double impact


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L'université de Montpellier a inauguré fin 2015 une fontaine numérique au sein de (S)pace.
Les universités ont pour mission de former leurs étudiants à maîtriser les enjeux de la société numérique. // ©  UM - David Richard
Sur LinkedIn Pulse, Jacques Biot, président de l'École polytechnique, met en lumière les bouleversements sur la production et la diffusion des savoirs à l'université, ainsi que sur la direction des établissements d'enseignement supérieur induits par le numérique.

Puissant facteur de transformation de nos sociétés, le numérique impacte les universités plus profondément qu'aucune autre activité, car il les affecte doublement : à la fois objet (l'éducation au numérique) et sujet (la numérisation de l'éducation).

L'éducation au numérique : une approche holistique

Dans leur emploi futur, quels qu'en soient le cadre et le domaine (recherche, industrie et services de tous secteurs, fonction publique), nos futurs diplômés devront maîtriser les enjeux de la société numérique : enjeux scientifiques, technologiques et logistiques, enjeux stratégiques et commerciaux, enjeux sociaux, enjeux réglementaires. Il appartient donc aux universités de développer, et de partager au profit de leurs étudiants, les savoirs les plus à jour sur ces diverses clés.

Au plan scientifique et technologique, de nombreuses innovations de rupture sont encore à venir pour accroître la performance des outils numériques : progrès en cryptologie, en algorithmique, en science des données, en connectique, en science des matériaux... C'est donc une recherche transdisciplinaire au carrefour des mathématiques, de l'informatique, de la physique et de la chimie qui doit être développée et enseignée pour former les inventeurs et développeurs du numérique de demain.

Des opportunités se présentent pour les entrepreneurs qui sauront développer les marchés singuliers ouverts par le numérique.

En matière de stratégie d'entreprise, chaque industrie redoute désormais le risque d'une "uberisation" de son modèle d'affaires. A contrario, des opportunités sans pareilles se présentent pour les entrepreneurs audacieux qui sauront développer les marchés singuliers ouverts par le numérique. Formation stratégique et entrepreneuriale constituent donc un autre champ majeur d'enseignement, profondément rénové pour intégrer la compréhension de l'impact du numérique sur l'activité industrielle et commerciale quel qu'en soit le secteur.

Cette remise en cause des modèles économiques entraîne un cortège de conséquences en termes d'emploi et de redistribution de la création de valeur. En parallèle, l'intrusion du numérique dans les données personnelles heurte ou inquiète nombre de consciences. Ces impacts sociaux constituent donc un champ en pleine évolution pour les enseignants-chercheurs du monde de l'économie politique et des sciences sociales.

Tous ces enjeux n'ont pas échappé aux États et aux collectivités, parfois acteurs ou financeurs (notamment des infrastructures de transport des données), toujours législateurs ou régulateurs. L'enseignement du champ réglementaire du numérique constitue donc un autre volet indispensable de la formation que doivent apporter les universités à leurs étudiants.

Le numérique dans l'éducation : formidable défi

Mais pour un dirigeant d'université, le numérique n'est pas seulement objet de recherche et d'enseignement à dispenser. Il est aussi, comme pour toute autre activité de service à haute valeur ajoutée, un formidable défi stratégique car il peut bouleverser la manière dont les établissements exercent leur métier.

L'essor des Mooc (massive open online courses) mais aussi de leur déclinaison plus personnalisée, les Spoc (small private online courses), l'avènement des modes interactifs de conduite des cours, pourraient révolutionner profondément la pédagogie, et donc l'économie de l'enseignement supérieur.

Il convient de rester vigilant et de remettre en cause le modèle de création de valeur des universités pour l'améliorer dans l'intérêt des étudiants et de la société.

Si, à ce jour, la numérisation de l'enseignement demeure largement expérimentale, parfois à une large échelle, il convient donc de rester vigilant et de remettre en cause, sans cesse, le modèle de création de valeur des universités pour l'améliorer dans l'intérêt des étudiants et de la société.

Priorité à la recherche, encore peu "uberisable" à échéance prévisible, personnalisation des enseignements grâce aux nouvelles technologies, élargissement des publics visés, renforcement de la solidarité entre alumni dans le cadre d'une politique de réseau assumée, attention redoublée à l'employabilité des étudiants grâce à un lien renforcé avec les entreprises, telles sont quelques réponses que peuvent apporter les universités pour que la numérisation soit une opportunité, et non un facteur de déstabilisation, pour leur activité de production et de partage des connaissances au plus haut niveau.

Aller plus loin
Lire la tribune de Jacques Biot sur LinkedIn 

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