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Peut-on réellement former les "managers de demain" ?


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Dès la rentrée de première année, les étudiants d'Audencia sont invités à se projeter dans le monde du travail en explorant des sujets soumis par de grands groupes.
Pour Sébastien Tran, l'une des problématiques des établissements consiste notamment à déterminer un équilibre très subtil entre les "hard skills" et les "soft skills". // ©  Audencia BS
Sur le site de "The Conversation France", Sébastien Tran, directeur général adjoint de l'ISC Paris, expose les problématiques auxquelles sont confrontées les écoles de management et d'ingénieurs pour remplir la mission qui leur est assignée : former des managers opérationnels.

Ce titre paraîtra sans doute provocateur à certains lecteurs mais il vise à poser les bases d'une réflexion concernant les écoles de management et d'ingénieurs. En effet, ces écoles ont toutes pour mission de former des étudiants employables et opérationnels, et ce quel que soit le secteur.

"Former les managers de demain" pourrait ainsi s'apparenter à un axiome tant cette formule est couramment utilisée dans la communication des écoles. Cela est d'autant plus ancré dans l'esprit collectif que nombre d'articles de presse et de recherche, d'études publiques et privées en font une condition sine qua non à la compétitivité des entreprises dans un environnement fortement internationalisé et concurrentiel.

Pour autant, la mise en œuvre "opérationnelle" de cette formule n'est pas sans poser plusieurs questions à nos écoles et sans doute à la mise en place d'un observatoire des compétences et des savoirs avec une approche longitudinale en prenant en compte le point de vue des étudiants mais également et surtout celui des entreprises.

Comment mesurer le "apprendre à apprendre" ?

La première consiste à savoir comment identifier les besoins à moyen terme des entreprises, tant en termes de compétences techniques et relationnelles, que de connaissances "actionnables". Les différents échanges avec les entreprises sont au final peu nombreux et ces dernières sont parfois également en pleine réflexion pour savoir ce dont elles auront besoin dans le futur.

Les détracteurs répondront sans doute que nous enseignons à nos étudiants "à apprendre par eux-mêmes" mais la question des méthodes pédagogiques et de la mesure du "apprendre à apprendre" reste encore peu traitée.

Par ailleurs, nous pouvons aussi être confrontés à une demande forte des étudiants d'apprendre l'utilisation outils concrets et opérationnels dès la sortie de leur formation pour favoriser leur employabilité.

Les soft skills ont un impact certain sur l'employabilité et la rémunération des jeunes diplômés, mais elles ne doivent pas masquer les besoins croissants en compétences métiers.

Comment doser les hard et soft skills ?

La deuxième problématique consiste aussi à déterminer un équilibre très subtil entre les "hard skills" et les "soft skills" (développement personnel, savoir-être, langues, interculturel, etc.). Les programmes de formation ne sont pas extensibles et des arbitrages sont souvent nécessaires entre les deux types de savoirs et compétences.

Par ailleurs, cette difficulté est accentuée avec l'ouverture dans les différents concours (prépa, admissions parallèles, etc.) et l'internationalisation des écoles conduisant à une richesse des profils recrutés dans les salles de cours mais aussi une variété plus large de besoins, notamment en termes de soft skills. Ces dernières ont par ailleurs un impact certain sur l'employabilité et la rémunération des jeunes diplômés, mais elles ne doivent pas masquer les besoins croissants en compétences métiers parfois pointues dans certains secteurs ou certaines filières.

Cette problématique du dosage subtil entre les hard et les soft skills est accentuée par l'évolution rapide des compétences techniques et des savoirs dans certains domaines (digital, big data, objets connectés, e-santé, etc.) dont les métiers sont encore en voie de création ou de stabilisation.

Digital natives ou digital workers ?

Enfin, la dernière problématique consiste à souvent partir d'un postulat que les étudiants sont tous "digital natives" sans que ce concept ne soit très bien défini et donc mesuré en termes de compétences et d'attentes pédagogiques. Les étudiants seraient tous à même d'utiliser des outils numériques dans leur apprentissage car ils sont tous ultraconnectés sur les réseaux sociaux et multi-devices au niveau des outils utilisés dans le cadre de leur apprentissage.

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Jérôme Hoarau.

Pour ma part, comme nous l'avons écrit dans notre ouvrage Le Réflexe Soft Skills (Dunod), je pense que les soft skills sont là pour sublimer les hard skills, et qu'il n'y a pas de conflit entre ces deux types de compétences. Par exemple, un graphiste n'a pas à choisir entre sa créativité et ses compétences en photoshop : les deux compétences vont de paire. Ce n'est pas parce que l'on a bien développé ses soft skills que l'on a délaissé ses hard skills, à mon avis.