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Pour des évaluations collectives


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Pour des évaluations collectives

L'Éducation nationale prétend rendre l'évaluation plus humaine. Mais persiste à privilégier individualisme et compétition. La chronique d'Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de L'Etudiant.

Supprimer les notes chiffrées jusqu'à l'entrée en cinquième, ne pas distinguer l'évaluation qui mesure de celle qui porte un message, mieux communiquer avec les familles... Le rapport de la Conférence nationale sur l'évaluation des élèves, remis le 13 février à Najat Vallaud-Belkacem égrène sept recommandations qui répondent bon an mal an au souci "d'humaniser" la notation et d'éviter qu'elle rime trop souvent avec humiliation.

Sans que ses auteurs – une trentaine d'enseignants, inspecteurs, chefs d'établissements et parents, réunis sous la houlette du physicien Etienne Klein - parviennent à masquer une forme de déception anticipée. Elle affleure dès l'introduction du rapport quand ils préviennent qu' "une meilleure prise en compte de ce que préconisent ces textes officiels serait un premier gage d'amélioration de la politique d'évaluation". Comme souvent en matière d'éducation, la question relève peu des textes, beaucoup de l'esprit dans lequel ils sont – ou pas – mis en œuvre.

Lestée de ce doute fondateur, la Conférence aurait pu choisir d'interroger non tant les modalités de notation que les raisons pour lesquelles, bien vite, l'évaluation, quelle qu'en soit la forme, tend à mettre sur les épaules des élèves et de leurs parents une pression déraisonnable et, souvent, contre-productive. Ainsi, nulle part le rapport n'évoque une piste pourtant féconde : celle d'enrichir les évaluations individuelles d'évaluations collectives.

Leurs vertus sont pourtant en phase avec les missions fondamentales de l'école : initier à la solidarité et préparer à la "vraie vie". Cette dernière, dans la plupart des contextes professionnels, suppose de savoir travailler "avec" et non "contre", d'accepter de mettre ses talents à la disposition des autres sans être toujours certain de profiter en retour des leurs, voire de digérer ses frustrations quand on est contraint de porter le poids de leurs défauts. Rien d'étonnant à ce que le fonctionnement de tant d'organisation, publiques ou privées, soit corrompu par les jeux de pouvoir individuels qui, trop souvent, l'emportent sur les missions desdites organisation et sur leur efficacité.

Tant qu'elle persistera à ne penser l'évaluation qu'en termes individuels, l'école passera à côté de son sujet.

Ces vertus s'éprouvent à défaut de s'apprendre. Dans les chorales, les orchestres, les équipes de sport, les associations, toutes les structures dans lesquelles on "gagne" (ou on "perd" ) tous ensemble. Il est atterrant que leur fréquentation soit cantonnée aux univers extrascolaires ou aux disciplines les moins "rentables" scolairement, aberrant que les réussites collectives ne soient pas collectivement récompensées.

Que l'on supprime ou non les notes chiffrées jusqu'à la cinquième, que l'on précise mieux le sens des notes ou que l'on informe mieux les parents, ne pansera que furtivement les blessures. Tant qu'elle persistera à ne penser l'évaluation qu'en termes individuels, l'école passera à côté de son sujet et continuera, inlassablement, à privilégier compétition et individualisme.


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azur.

- L'important, c'est de participer, donc perdre ou gagner est très relatif. La compétition est aussi collective (entre groupes, entre classes ...) ; - La notation collective a surtout l'avantage de lisser et donc de montrer l'arbre qui cache la forêt (ou de noyer le poisson) ; - il y a déjà des notations collectives : exposés à l'écrit ou à l'oral, TP, TPE... Bref, rien de nouveau. Entre l'obligation de l'insertion dans une mascarade collective et l'esprit de groupe d'entraide, la différence est parfois mince.