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Pour une maison des docteurs


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USAGE UNIQUE - Réunion
Sébastien Poulain imagine un lieu innovant, dédié aux doctorants et docteurs, pour accompagner ses derniers tant sur le plan matériel que financier. // ©  plainpicture/Maskot
Inventer un lieu dédié aux doctorants et aux docteurs, ouvert sur le monde et à mi-chemin entre le laboratoire, l'incubateur et le centre de formation. Telle est la proposition formulée par Sébastien Poulain, docteur et chercheur en communication, contributeur du think tank Cartes sur table.

Les doctorants, souvent péjorativement appelés "thésards", sont largement méconnus des Français. Ils prennent pourtant en charge la majorité de nos lycéens après leur bac, lors des travaux dirigés et pratiques qu'ils doivent accomplir pendant leurs premières années à l'université.

Des professionnels En mal de reconnaissance

Les doctorants écrivent donc leur thèse tout en gérant la très grande majorité des étudiants. Ils portent ainsi sur leurs épaules l'enseignement supérieur et la recherche. Pourtant, ils sont mal connus de leurs étudiants et de la société en général. On doute de leurs compétences et de leur utilité en dehors de la recherche alors qu'ils sont invités en permanence dans les médias pour leurs éclairages critiques.

Ce que nous proposons ici est d'éclairer ces éclaireurs ! Et même de leur donner une maison. Ils sont bien trop disséminés dans les laboratoires, bibliothèques, archives, entreprises, administrations en France ou à l'étranger et n'émergent que lors d'interviews, de publications ou de conférences.

Si nous sommes dans une "société liquide", les institutions n'ont pas dit leurs derniers mots. Elles constituent même les écosystèmes qui sont à l'origine des plus grandes innovations et des brevets. C'est une illusion de croire que les prix Nobel fleurissent au gré de l'émergence de génies fulgurants et solitaires. Ils sont au contraire le résultat d'années de recherche antérieures et parallèles portées par des équipes, des financements et des institutions.

Ce qui est valable pour les Nobel l'est pour les doctorants et les docteurs, qui ont besoin d'être soutenus, encouragés, accueillis afin de réaliser les idées et les projets qui sont les leurs et que seules leurs longues années d'études leur permettent de concevoir. Ils ont les moyens intellectuels d'innover et de créer mais ils souffrent souvent quant à leurs moyens matériels et financiers.

Ils ont les moyens intellectuels d'innover et de créer mais ils souffrent souvent quant à leurs moyens matériels et financiers.

Doc'Door, un lieu pour les docteurs et doctorants

La problématique est en partie structurelle (manque de moyens, de locaux, d'espaces de discussion, de création, d'innovation, etc.) et la solution doit l'être tout autant. Car les universités et autres organismes de recherche ne recrutent qu'une partie des docteurs. Or la société civile a besoin de spécialistes de la connaissance. Si les docteurs sont capables d'innover dans le domaine du savoir, ils ont aussi des compétences en ce qui concerne le savoir-faire et le savoir-être grâce à leurs activités doctorales et extra-doctorales.

La société civile a besoin de spécialistes de la connaissance.

Il s'agirait donc de mettre en place une maison ouverte aux doctorants, docteurs et à ceux qui s'y intéressent. Cette maison, que l'on pourrait appeler Doc'Door, la porte ouverte au doctorant sur le monde, se distinguerait des institutions préexistantes tout en collaborant avec elles, et serait un lieu où les doctorants et docteurs se distinguent des étudiants.

Doc'Door serait un mélange de laboratoire, d'école doctorale, d'incubateur, d'espace de coworking, de centre de formation et de documentation, de maison des associations, de palais des congrès et de cité universitaire. Doc'Door comprendrait des espaces de logement, de restauration, de divertissement, de travail scientifique, associatif et économique.

Doc'Door serait susceptible d'apporter un certain nombre de services nécessaires et adaptés : des bureaux, des formations, du recrutement, de la vie d'entreprises et d'associations... pour une activité permanente et régulière, ou ponctuelle et événementielle.

Doc'Door sera un regroupement productif des forces innovantes.

Un écosystème productif

Doc'Door serait financé via un partenariat public-privé et serait mis en écosystème avec l'ensemble des petites, moyennes et grandes institutions et organisations privées et publiques intéressées, mais aussi le grand public.

Bénéficiant d'effets de réseau, de système, d'agrégation, de complémentarité, d'identification, de corps, d'intelligence collective, Doc'Door sera un regroupement productif des forces innovantes, un lieu de rédaction de thèse, de discussion, de socialisation, d'échange de compétences, de professionnalisation, de recrutement, de médiation scientifique, de valorisation... dont les effets bénéfiques escomptés sont nombreux :

1. l'augmentation de l'activité doctorale du fait de la multiplicité des rencontres dans un cadre formel et informel ouvert et disponible ;
2. une meilleure formation du fait de la réalisation de formations plus régulières, approfondies, diverses et socialisantes ;
3. la diminution des abandons de thèse du fait des encouragements, de la socialisation, du meilleur confort ;
4. la constitution de réseaux multidisciplinaires, multilingues, multinationaux pour des projets communs ;
5. un bien-être supérieur des doctorants et docteurs grâce aux possibilités de socialisation, aux différents types de confort ;
6. une meilleure valorisation, notoriété, reconnaissance grâce aux formes de communication, rencontres, médiation, événementiel ;
7. une meilleure insertion/mobilité professionnelle dans le tissu socio-économique du fait des échanges, rencontres, projets, formations ;
8. l'augmentation du nombre d'inscriptions en thèse grâce aux meilleures conditions de travail, aux meilleures perspectives de carrière, à davantage de valorisation et d'attractivité de la recherche ;
9. l'augmentation du nombre de thèses "financées" due à la diversification des financeurs ;
10. la diminution de la précarité grâce à un lieu adapté pour de nombreuses et diverses activités...

Les doctorants et les jeunes docteurs constituent les forces vives intellectuelles de la Nation, le creuset des idées nouvelles dont notre société a tant besoin. Doc'door permettrait de faire jouer ces forces à plein pour que ces idées se réalisent enfin au profit de tous.


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BOBECHE.

Merci pour cette initiative qui permet de vivre mieux son parcours doctoral, de connaître les vrais besoins des doctorants. Un doctorant ne devrait pas connaître le chômage. Un moyen pour avoir les contacts et pour avoir un pont entre les jeunes étudiants, les besoins universitaires.

Dr. Sebastien Poulain.

Bonjour et merci à tous pour vos réactions et compliments ! Voici une version plus développée de la proposition qui a été publiée par le Think Tank Cartes sur table (http://www.cartes-sur-table.fr/) : http://www.cartes-sur-table.fr/pour-une-maison-du-doctorat/ Chère Florencia, Oui, ce type d’institution a été une source d’inspiration. Il y a une pétition contre la fermeture ici : https://www.change.org/p/conseil-d-administration-de-la-fondation-maison-des-sciences-de-l-homme-non-%C3%A0-la-fermeture-de-la-biblioth%C3%A8que-de-la-fondation-maison-des-sciences-de-l-homme Il manque 34 personnes pour atteindre l'objectif ! Chère Philippe, Il ne s’agit pas de remplacer les laboratoires - c’est totalement inimaginable ! - mais de créer des services qui ne peuvent pas exister à leur échelle parce qu’ils sont trop petits et parce qu’ils n’ont pas les compétences. Très cordialement, Dr. Sebastien Poulain Cofondateur de http://blog.educpros.fr/doctrix/ http://doctrix2012.wordp ress.com/ Cofondateur de http://humanitudes.com/ Collaborateur http://isefre.org/ Ex membre de https://www.phdtalent.org/ Sebastien.Poulain@gmail.com https://twitter.com/Seb_Poulain

Florencia MUNOZ.

Un espace comme celui qu'il est décris ici existe déjà au sein de la Fondation MSH à Paris, mais il est fortement menacé de disparaître lors du déménagement aux anciens locaux de la fondation. Voici des liens ou vous pouvez trouver plus d'infos: https://www.facebook.com/saveBibliFMSH/?fref=ts https://usagersbibliofmsh.wordpress.com

Philippe Gambette.

Il me semble très risqué de faire travailler les doctorantes et doctorants en dehors du collectif de recherche qui devrait naturellement les accueillir et interagir avec eux : leur "unité ou équipe de recherche", selon l'article 10 de l'arrêté du 25 mai 2016. Ce sont ces structures qui réunissent les personnels, titulaires ou non, de recherche ou de soutien à la recherche, susceptibles d'interagir avec les chercheuses et chercheurs doctorants. Ce sont ces structures qui bénéficient d'une évaluation régulière, évaluation qui devrait détecter et alerter à propos d'éventuels problèmes d'intégration des chercheuses et chercheurs en début de carrière (voir à ce sujet la fiche 9 du Doctorat à la Loupe, Intégration des nouveaux doctorants : http://www.andes.asso.fr/loupe/). Ainsi, les questions à poser devraient plutôt être : les 10 "effets bénéfiques" cités dans cet article sont-ils évalués par l'HCERES lors de l'évaluation des unités de recherche ? les résultats de cette évaluation sont-ils centralisés pour permettre une démarche qualité sur les conditions de travail des personnels de recherche en début de carrière en France ? Je ne vois pas en quoi les structures aux contours juridiques flous citées dans cet article permettraient-elles de réunir davantage de financement que les actuelles unités de recherche ? J'ai la même perplexité devant les "laboratoires juniors" qui commencent à fleurir dans certaines unités de recherche : ne serait-il pas plus pertinent d'intégrer pleinement les chercheuses et chercheurs doctorants au sein des collectifs de recherche existants, en renforçant si nécessaire les interactions entre l'ensemble des personnels de recherche, plutôt que de créer des "mini-labos" factices qui n'ont de toute façon pas les moyens financiers, humains et logistiques d'une réelle unité de recherche pour développer une politique de recherche sur le long terme ? Quant aux jeunes docteurs, pour qu'ils fassent vraiment reconnaître leurs compétences et leurs talents dans l'ensemble de la société, il me semble qu'il est préférable de les intégrer pleinement dans les structures qui les recrutent (entreprises, associations, établissements publics, etc.) pour qu'ils y diffusent leur culture de recherche plutôt que rester centralisés dans une boîte à jeunes chercheurs placée dans un "écosystème" aux relations floues avec les autres acteurs.

Dr CISSE Hadj.

Bonjour, Excellente initiative pour regrouper comme vos dites toutes les forces innovantes qui sont malheureusement dispersées sans soutien de la part de leurs paires qui encouragent souvent des recrutements de bas étage pour combler postes éphémères. J'imagine qu'il va falloir recenser tous les intéressés et nombreux sont les laisser pour compte qui apparaissent comme dans mon cas dans les statistiques du chômage alors que notre formation doctorale nous prédispose à la recherche surtout ceux qui viennent des Sciences humaines. Merci de me tenir au courant et surtout merci pour les espoirs que vous suscitez.

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