Rentrée 2022 : les douze travaux de Pap Ndiaye

Ariane Despierres-Féry
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Le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye.
Le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye. // ©  Eric TSCHAEN/REA
La rentrée scolaire 2022 sera-t-elle celle de tous les dangers pour le gouvernement Macron ? Car pour sa première rentrée, le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, devra se saisir à bras le corps des enjeux du scolaire s’il veut faire baisser les tensions et permettre de ramener de la sérénité dans les classes et dans les débats.

Les rencontres à l’agenda de Pap Ndiaye en cette semaine de rentrée scolaire sont le reflet des grands enjeux que le ministre de l'Éducation nationale aura à relever ces prochains mois. Il rencontre ainsi les différents syndicats d’enseignants et personnels de l’Éducation nationale, mais aussi la ministre de l’Enseignement supérieur Sylvie Retailleau, la secrétaire d’État chargée de la ruralité Dominique Faure ou encore Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Revaloriser les conditions de travail des personnels il devra

Premier chantier : la revalorisation des conditions salariales et d’exercice des personnels de l’Éducation nationale. Cela concerne 380.000 enseignants dans le premier degré et 490.000 dans le second degré (public et privé inclus) mais aussi plus de 320.000 personnels dans les deux niveaux qui remplissent des missions d’assistance éducative, d'administration, de direction, d'animation pédagogique, de soutien à l'enseignement, d'inspection, etc.

Si Pap Ndiaye a d’ores et déjà annoncé qu’aucun jeune professeur ne débuterait dans la profession à moins de 2.000 euros net, contraint par la pression, il a aussi acté qu’à la rentrée 2023 aucun enseignant, quelle que soit son ancienneté, ne sera rémunéré sous ce seuil. Mais déjà des augmentations générales sont demandées, voire attendues.

Et surtout le cœur du problème, le manque d’attractivité du métier d’enseignant sera à régler en priorité. D’abord pour répondre au mal-être exprimé (depuis des années pour ne pas dire le début du siècle) par les enseignants et personnels de l’Éducation nationale, mais aussi pour attirer de jeunes enseignants alors que la pénurie de candidats aux concours est historique.

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Favoriser l’égalité des chances il entend

L’ouverture sociale et l’égalité des chances sont également au menu du ministre, en témoignent là encore ses entretiens de rentrée avec la secrétaire d’État à la Ruralité et avec le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Si la situation des 1,2 million d’élèves du premier degré et 575.000 collégiens en REP et REP+ peut sembler différente de celles des élèves vivant en ruralité, des biais sociaux et culturels communs les empêchent de se projeter dans des études supérieures.

Le ministre a par ailleurs déjà souligné son intention de mieux accueillir les élèves en situation de handicap dans le milieu ordinaire, notamment en augmentant le nombre d’AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) afin de permettre un suivi personnalisé.

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Réforme du bac : réexpliquer – voire ajuster – il faudra

Le continuum sco’-sup' est également à l’agenda des deux ministres, Retailleau et Ndiaye. S’il en fallait la preuve, la mise en place pour le moins chahutée de la réforme du lycée et du bac, a – à nouveau – démontré le lien intrinsèque entre réussite scolaire et démarche d’orientation au lycée pour espérer réussir le passage vers le supérieur. Deux enjeux majeurs liés à ce continuum sont à l’agenda de Pap Ndiaye.

Quid de la réforme du bac ? Depuis son annonce, les associations disciplinaires des matières concernées par les spécialités demandent de revenir à un examen final en juin. Il s’agit à la fois de pouvoir tout simplement boucler les programmes, chose rendue difficile par la tenue des épreuves en mars ; mais aussi de maintenir l’attention et la motivation des élèves jusqu’à la fin de l’année. Les lycéens se sentant pour certains, en semi-vacances trois mois avant la fin de l’année, et nettement moins concernés par les cours. La perspective de la philo et du grand oral au bac de juin ne semblant pas les porter outre mesure…

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Réinventer la démarche d’orientation il devrait

L’autre grand sujet est celui d’une orientation réussie. Si la réforme du lycée vise à la déclencher dès la seconde avec le choix de trois spécialités, les premiers choix des lycéens montrent – encore – une répétition des filières S, L et ES à défaut de permettre la diversification des profils annoncée. La peur de ne pas être reçus dans une formation du supérieur avec un profil atypique et certes méconnu des recruteurs du sup’, a asséché d’emblée les effectifs de spécialités comme la NSI ou les langues anciennes. Incompréhension de la réforme ou inquiétude pour leur orientation ? Lycéens mais aussi acteurs du sup’ semblent avoir besoin d’être convaincus.

Car des effets collatéraux – mal anticipés ? – se sont fait jour et sont autrement plus inquiétants pour l’avenir. Baisse du niveau en maths (couplée à la baisse de niveau en français déjà constatée depuis plus de 20 ans), accentuation des choix disciplinaires genrés et marqués par l’origine sociale, pour n’en citer que deux. Et déjà les acteurs du sup’ de dénoncer un besoin de rattrapage des néo-bacheliers. Que ce soit en lien avec cette baisse de niveau, ou avec l’hétérogénéité des profils pour former des cohortes homogènes, garantes implicites d’un certain niveau de compétences et de diplômes sur le marché du travail.

Le marché du travail première victime d’un défaut – structurel – d’orientation des plus jeunes ? La question mérite d’être posée et sera aussi un point essentiel à régler pour le ministre. Déjà le président de la République a annoncé des ateliers de découvertes des métiers dès le collège. Mais cela suffira-t-il quand on sait que depuis des décennies des filières menant difficilement à l’emploi sont saturées à chaque rentrée ? C’est toute la démarche d’orientation qu’il faut revoir. Pour marier harmonieusement désir d’épanouissement personnel et intellectuel et préparation à un métier/secteur.

Le ministre Ndiaye doit donc agir maintenant tout en préparant demain. Il a face à lui la quintessence de ce qu’est l’éducation : une fondation, une construction, un espoir, un avenir pour chacun et pour toute une société.


Ariane Despierres-Féry | Publié le