1. Baromètre exclusif : lycéens et étudiants majoritairement pour la sélection à la fac
Enquête

Baromètre exclusif : lycéens et étudiants majoritairement pour la sélection à la fac

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Un amphi en licence 1 de droit à l'université Versailles-Saint-Quentin. // © Camille Stromboni
Un amphi en licence 1 de droit à l'université Versailles-Saint-Quentin. // © Camille Stromboni

Alors que le débat bat son plein sur la sélection en master, un sondage réalisé par l’Etudiant révèle que la majorité des lycéens et des étudiants est favorable à une sélection à la fac. Mais si vous êtes “pour” à l’entrée en L1 et en M1, vous le refusez majoritairement en M2.

Le résultat est sans appel, et quelque peu surprenant. 57 % des 2.500 répondants au questionnaire lancé en ligne par l'Etudiant (1) se sont prononcés pour la sélection à l'université. Une enquête menée en février 2016, alors que la question est particulièrement discutée. En effet, le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, Thierry Mandon, prévoit de publier prochainement un décret listant des formations de master 2 autorisées à sélectionner leurs étudiants.

"Donner un poids plus important au diplôme"

Les raisons de ce choix pour la majorité d'entre vous ? Elles sont multiples. "La sélection à l'université serait un moyen de redorer son image en attirant de bons élèves. De plus, [elle aurait] une fonction 'anti-échec', c'est-à-dire que cela devrait éviter les échecs dus aux mauvaises orientations, surtout dans les filières très prisées", explique ainsi un lycéen en série ES (économique et sociale) dans les champs commentaires de notre questionnaire.

Selon une étudiante de L1 en filière sciences, technologies, santé, la sélection permettrait aussi d'éviter "les amphis bondés". En outre, "sortir d'une formation sélective donne un poids plus important au diplôme", estime un étudiant de M1 dans la même filière, et pourrait, selon une autre lycéenne en ES, "donner une image plus positive de l'université, à savoir celle où [elle] n'est pas juste un regroupement de personnes qui n'ont pas un dossier suffisamment bon pour entrer autre part".

À relever toutefois, vous êtes 40 % à vous exprimer contre toute idée de sélection à l'université. Pour un étudiant de L3 en droit, économie, gestion, "l'université est publique, il faut donc une égalité des chances, notamment pour les étudiants qui n'ont pas forcément les moyens financiers d'aller en école (commerce, ingénieurs...)".

Pour d'autres, également contre, la sélection n'est pas la solution pour régler les problèmes de l'université. "Il devrait surtout y avoir des infrastructures suffisantes pour l'accueil, une équipe pédagogique suffisante pour ne pas se retrouver dans un amphithéâtre avec le cours projeté sur écran et [il ne faudrait pas] devoir être devant la salle 30 minutes avant le début du cours pour espérer avoir une place...", estime dans notre questionnaire cette étudiante de L1 en arts, lettres et langues. "Les lycéens sont mal renseignés et s'orientent vers des filières qui ne leur correspondent pas. [La sélection] ne résout en rien le problème d'orientation", renchérit une étudiante de L3 en sciences, technologies et santé.

7 sur 10 sont pour une sélection à l'entrée de M1

Dans le détail, quelle est votre position sur la sélection aux différents niveaux d'études à la fac ? Vous êtes 64 % à être "pour" à l'entrée de la première année de licence (L1), 30 % à souhaiter la sélection pour toutes les L1 et 34 % à ne l'approuver que pour les L1 des filières à capacité réduite (droit, STAPS, PACES, etc.). "Pour des licences spécifiques, avec peu de places, pourquoi pas, afin de n'avoir que des gens très motivés", estime ainsi une étudiante en école d'ingénieurs. "Je pense qu'il ne faut pas sélectionner en première année, précise un étudiant de M2 en droit, économie, gestion. En effet, l'enseignement supérieur diffère de l'enseignement secondaire, et certains étudiants peuvent s'y révéler. Toutefois, si les capacités sont limitées, la sélection est alors préférable au tirage au sort profondément inéquitable et inefficace."

Concernant d'éventuelles sélections à l'entrée de M1 ou de M2, les résultats du sondage sont criants. En effet, si 69 % d'entre vous sont favorables à la sélection à l'entrée du cycle master, seuls 47 % le sont pour l'entrée en M2. Un étudiant de L3 en sciences humaines et sociales justifie cette idée : "Une sélection à l'entrée du M1 permettrait aux étudiants de se réorienter vers d'autres cursus. À l'inverse, une sélection à l'entrée du M2 n'est pas souhaitable car de nombreux étudiants seraient amenés à redoubler plus d'une fois pour passer cette sélection."


© L'Étudiant

Lycéens : un peu moins favorables à la sélection, surtout les littéraires

Du côté des lycéens, 51 % se déclarent favorables à la sélection à l'université, soit une proportion inférieure de 6 points à celle des étudiants à l'université.

Les lycéens de la filière littéraire présentent une particularité : contrairement à leurs camarades des filières ES et S, ils se prononcent contre à 60 %. Et “quid” des licences à capacité réduite ? 43 % des lycéens se déclarent "pour". C'est plus que toute autre catégorie d'étudiants.

(1) L'Etudiant a réalisé une grande enquête auprès de ses internautes. Les données ont été collectées entre le 24 février et le 2 mars 2016 via un questionnaire en ligne. 2.500 lecteurs de "l'Etudiant" ont répondu à nos questions.

Qu'en pensent l'Unef et les présidents d'université ?

William Martinet, président de l'Unef, syndicat étudiant majoritaire, défavorable à la sélection à l'université.

"S'il doit y avoir sélection, autant que ce soit en M1 plutôt qu'en M2"

"Ce sondage est un peu particulier car il se base sur les lecteurs du site de l'Etudiant, et non sur une méthode de sondage représentatif par quotas qui permet d'avoir une vision de l'opinion. Toutefois, ça ne m'étonne pas que lycéens et étudiants soient clivés sur cette question. C'est un débat qui anime l'université depuis un certain temps. Les étudiants se font rebattre les oreilles par les présidents d'université en faveur de la sélection. Que ce soit en M1 ou en M2, la question, pour nous, est surtout d'assurer une poursuite d'études à tous les étudiants, et pas que certains ayant validé leur L3 ou leur M1 se trouvent sans possibilité de continuer. Les étudiants sont fatalistes, et se disent que s'il doit y avoir sélection, autant que ce soit en M1 plutôt qu'en M2, au moins, on saura directement qui peut poursuivre ou pas. On a donc surtout besoin d'un décret du gouvernement qui instaure le droit à la poursuite d'études."

Jean-Loup Salzmann, président de la CPU (Conférence des présidents d'université), favorable à la sélection à l'université.

"Nous sommes pour l'instauration de prérequis à l'entrée des filières de L1 en tension et de M1"

"Le terme de 'sélection' est ambigu car il comprend l'orientation prescriptive, la mise en place de prérequis, le tirage au sort... Nous, nous sommes pour l'instauration de prérequis à l'entrée des filières de L1 en tension et de M1. Mais nous sommes également pour que tous les étudiants de L3 trouvent une place dans un M1 : ce ne sera peut-être pas celui qui est le plus proche de chez eux, mais celui qui leur conviendra le mieux. Actuellement, il y a quasiment autant d'étudiants en L3 qu'en M1, il y a donc de la place pour tout le monde. Nous ne sommes pas dans une vision malthusienne. D'ailleurs, nous sommes également pour que tous les lycéens trouvent une formation postbac. Si nous soutenons la position du secrétaire d'État pour les filières sélectives de M2, c'est simplement pour sécuriser juridiquement ce processus qui existe déjà. Mais nous voulons, de notre côté, organiser la sélection entre la L3 et le M1, en conservant le système LMD. Thierry Mandon a dit qu'il allait ouvrir ce chantier, je suis assez confiant."

Composition de l'échantillon

Sexe : 1.564 femmes ; 892 hommes ; 44 NSPP (ne se prononcent pas).
Formation actuelle : 1.415 inscrits à l'université ; 510 lycéens ; 362 inscrits dans une autre formation ; 213 NSPP.
Type d'établissement : 2.028 publics ; 282 privés ; 183 NSPP ; 7 consulaires.