Comment Léa a réussi à entrer en M2 stratégie du développement culturel, spécialité publics de la culture, festival, télévision, événement

Par Olivier Monod, publié le 17 Septembre 2013
9 min

La sélection du master

 

La promotion 2012/2013 de la spécialité publics de la culture, festival, télévision, événements du master stratégie du développement culturel était composée de 33 élèves.

"Nous recevons plus de 200 candidatures complètes chaque année, précise Damien Malinas, le responsable de la formation. Notre dossier est gratuit, mais assez long à compléter. Le remplir dénote d'un réel engagement."

En plus des photocopies de ses diplômes et autres relevés de notes, le candidat doit fournir un CV, un projet de formation et remplir un questionnaire préparatoire à l'entretien ainsi qu'une fiche de synthèse du dossier. La partie la plus ardue est le projet de formation. Celui-ci se présente sous la forme d'un document de 3 à 5 pages présentant le projet de formation, le projet de stage, le projet de mémoire et, éventuellement, le projet de mobilité internationale de l'étudiant.

À noter : des pièces annexes peuvent être ajoutées comme une lettre de motivation, mais les lettres de recommandations ne sont pas prises en compte par le jury. Enfin, il existe une épreuve cachée. "Nous demandons souvent à notre secrétaire comment se sont comportés les candidats avec elle, explique Damien Malinas. Cela fait partie du respect et du savoir-vivre."
 

Pourquoi Léa a choisi ce master
  

"La spécialisation du master sur la gestion des publics m'a beaucoup plu, explique la jeune femme. Les autres formations sont plus axées sur le management de la culture. De plus, je m'étais renseigné sur le site Internet de la fac et la proximité avec les professionnels du festival d'Avignon m'a convaincu."

Léa s'était tout de même également présentée au master management des activités culturelles de Toulouse I, et industries créatives : médias, Web, arts de Paris 8.

 
Sa candidature passée au crible

 

 
Son parcours scolaire commenté

 

L'histoire de Léa avec l'université a mal commencé. "Après mon bac L (mention AB), j'ai suivi les cours à l'université pendant six mois, mais la formation ne me correspondait pas. Je voulais un cursus plus professionnalisant. Je me suis donc orienté vers un DUT communication des organisations." Un petit accroc dans le parcours qui n'apparaît pas explicitement dans son CV.

Elle enchaîne avec une licence professionnelle activité et technique de communication en alternance, à l'issue de laquelle elle a déjà des propositions d'emploi. "À ce moment-là, je me sentais prête à continuer mes études encore deux ans et sortir avec un meilleur niveau."

Elle s'oriente donc vers un master 1 information et communication qu'elle terminera avec la mention bien.

Sur ce CV, j'avais mis mon stage d'observation de seconde à la Comédie Française, pour démontrer que je m'intéressais à la culture depuis longtemps.
  

fleche-rouge Damien Malinas, responsable du master

"Le critère qui prime est réellement celui du projet. L'origine des candidats importe moins. Ceci dit, on se rend compte que la plupart des candidats viennent de SHS (sciences humaines et sociales). Mais il nous arrive d'avoir des juristes ou même un physicien avec de beaux projets et de les accepter ! Dans le CV, nous cherchons un critère normatif : l'excellence académique et un critère d'originalité, qui peut s'exprimer différemment.

Dans le cas de Léa, son côté professionnel nous a plu. Il démontre d'un dynamisme, d'un lien avec le milieu professionnel qui nous intéresse. Quand on recrute, on pense aussi à l'équilibre général de la promotion. Dans cette visée, c'est bien d'avoir des personnalités et des profils différents."

 
Son projet de formation commenté

 

"Je ne sais pas si j'ai très bien répondu à cette partie", prévient Léa, qui est pourtant en passe de finir major de promotion. "Je suis partie du général au particulier, détaille-t-elle. J'ai expliqué ce qu'était la culture pour moi. J'ai essayé de justifier la cohérence de ma candidature au vu de ma formation, de l'importance de la communication dans la culture".

Mais au-delà de ces considérations, le dossier demande un projet de stage, de mémoire et d'insertion professionnelle précis. "Quand j'ai rempli le dossier, j'étais en train d'écrire mon mémoire de M1. Se projeter dans un nouveau mémoire de M2 était compliqué. J'ai essayé de développer un projet autour de l'intégration d'un festival dans un territoire. Mais il est compliqué d'arriver avec un projet déjà bâti."
  

fleche-rouge Damien Malinas, responsable du master

"L'année passe très vite, l'étudiant doit donc avoir réfléchi très concrètement à ce qu'il veut en faire. Dans le dossier, nous leur demandons de se projeter dans une situation de recherche et d'insertion professionnelle. Cela permet d'éviter les profils amateurs, plus spectateurs de la culture que réellement acteurs.

Nous demandons de construire un projet avec une cohérence globale entre le stage, le mémoire et l'insertion professionnelle. Ceci dit, ce n'est pas non plus un contrat. Il s'agit d'une démarche intellectuelle, de la démonstration d'une connaissance du milieu de la culture.

Dans le cas de Léa, sa vision du monde de la culture nous a beaucoup plu. Elle s'exprimait bien, sans fautes et sans généralités plates. Elle a démontré qu'elle s'était renseignée sur nous, qu'elle avait une bonne capacité de raisonnement. Finalement, son projet n'était pas abouti mais elle apparaissait adaptable."

 

Sa fiche de synthèse et ses questions de préparation à l'entretien commentées

 

"Pour la fiche de synthèse, je ne me suis pas trop pris la tête, il s'agissait principalement de résumer des choses que j'avais déjà dites."

Une démarche naturelle et directe qu'elle a gardée pour répondre aux quelques questions de la fiche de préparation à l'entretien sur ses habitudes culturelles. "Je n'ai pas cherché à donner des gages de grandes cultures ou à donner la bonne réponse. Je me suis plutôt attachée à être honnête et à parler d'œuvres sur lesquelles j'avais quelque chose à dire."

Certaines questions demandent plus d'investissement et un effort d'imagination, mais là encore, Léa n'a pas voulu trop en faire. "C'est sûr que certaines définitions ou l'écriture d'un synopsis d'un film en cinq lignes prennent plus de temps. Mais là aussi, j'ai répondu sincèrement comme si j'étais en examen, en me basant sur mon vécu plus que sur des recherches particulières."
  

fleche-rouge Damien Malinas, responsable du master

"La fiche de synthèse est très utile pour l'oral car un des deux membres du jury n'a pas lu le dossier pour avoir un regard extérieur. Elle lui permet de se faire une idée rapidement. Quant aux questions de préparation, elles permettent de nous faire une idée de l'imagination, de la créativité et de la personnalité du candidat. Il n'y a pas de bonne réponse a priori, il faut être en capacité d'argumenter car ce sont des éléments qui nourrissent l'entretien. Surtout, nous posons des questions sur lesquelles nous sommes nous-mêmes spécialistes donc nous nous rendons compte quand les candidats alignent des banalités."

 
Son entretien commenté

 

Léa s'est déplacée à Avignon pour son entretien d'une demi-heure avec deux directeurs de formation. Après une rapide présentation, elle se souvient de quelques questions sur les réponses de sa fiche de préparation. "Ils m'ont interrogé sur Volume, quand ils ont vu que je savais répondre, ils sont passés à autre chose. Après, ils m'ont posé des questions sur l'implication personnelle que j'étais prête à mettre dans la formation, notamment pour faire les lectures qui pourraient me manquer."

Léa n'était pas venue les mains vides. "J'avais apporté mes notes de mémoire et des travaux auxquels j'avais participé. Le jury a rebondi dessus, nous avons eu un échange convivial, chaleureux et détendu."
  

fleche-rouge Damien Malinas, responsable du master

"Lors de l'entretien, nous n'essayons pas de piéger les candidats. L'un des jurés a lu le dossier et l'autre le découvre sur le moment. On cherche à faire rebondir les étudiants sur leurs réponses à nos questions. Il faut vraiment être sincère dans ses réponses. Il n'y a pas de 'bonne réponse' a priori. Un étudiant a cité Agnès Jaoui comme personnalité de la culture en France, mais était incapable de nommer ces œuvres. Nous cherchons la sincérité, l'originalité et la souplesse d'esprit. Ce n'est pas parce qu'on postule à un master de culture que l'on ne peut pas aimer la culture populaire.

Enfin, chaque juré a le droit à un 'pari', un étudiant qu'il souhaite prendre absolument et qu'il suit tout au long de l'année."

 
Sa lettre de motivation et ses lettres de recommandations commentées :

 

"Pour la lettre de motivation, je me suis appliquée à suivre le schéma classique 'moi, vous, nous', explique Léa. Le but était de montrer que je m'étais renseignée sur le master, de dire ce qui me plaisait dans cette formation et de défendre la pertinence pour moi de la suivre".

Le parcours de Léa étant très orienté communication, elle devait aussi défendre son intérêt pour la culture. Enfin, bien que cela ne soit pas demandé, Léa a joint des lettres de recommandation "parce que cela joue".
  

fleche-rouge Damien Malinas, responsable du master

"Les lettres de recommandation, je les enlève du dossier au moment de le transmettre au jury. Cela ne m'intéresse pas.

Pour la lettre de motivation, il s'agit là encore de déceler un profil original. Mais pas seulement. Si la forme manuscrite n'est pas une obligation, les formulations doivent être soignées. On se fait une idée de ce que sera l'écriture professionnelle du candidat. Pour moi, par exemple, les expressions comme "merci d'avance" sont à éviter, il ne s'agit pas d'une réelle formule de politesse."

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