1. Les masters universitaires à l’heure de la sélection
Bancs d’essai

Les masters universitaires à l’heure de la sélection

Envoyer cet article à un ami
Le master d’ingénierie nucléaire de l’université Grenoble-Alpes assure de bons taux d’insertion professionnelle à ses jeunes diplômés. L’année dernière, 91 % de la promotion sortante était en poste moins d’un an après la fin de leurs études. // © Pablo Chignard/Hans-Lucas pour l'Etudiant
Le master d’ingénierie nucléaire de l’université Grenoble-Alpes assure de bons taux d’insertion professionnelle à ses jeunes diplômés. L’année dernière, 91 % de la promotion sortante était en poste moins d’un an après la fin de leurs études. // © Pablo Chignard/Hans-Lucas pour l'Etudiant

Depuis la rentrée 2017 et la mise en application de la réforme des masters, les universités ont la possibilité de sélectionner leurs étudiants dès la première année de master. Cette mesure pourrait encore augmenter l’attractivité de certaines formations.

C'est une petite révolution : les universités peuvent officiellement pratiquer la sélection de leurs étudiants dès le M1 (première année de master). La plupart des responsables de ces cursus s'en félicitent. Le dernier verrou qui les bridait face aux grandes écoles, libres, quant à elles, de sélectionner leurs étudiants, a bel et bien sauté. "Cette réforme va faire évoluer le système universitaire dans le bon sens, assure François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d'université). "Nous allons pouvoir réduire considérablement le nombre d'étudiants mal orientés, et l'adéquation avec le monde du travail va s'en trouver renforcée. Il y aura une meilleure cohérence entre les choix des étudiants, leur formation et les débouchés professionnels."
Les étudiants titulaires d'une licence n'ayant été admis dans aucun des masters convoités peuvent toutefois saisir le recteur de leur région pour obtenir une place dans un autre master en adéquation avec leur licence et leur projet professionnel. Ce nouveau droit à la poursuite d'études est la contrepartie de la sélection en M1.

À Paris-Descartes, la sélection en M1 existait déjà

Certaines universités n'ont pourtant pas attendu la réforme pour mettre en place des procédures de sélection dès l'entrée en M1. Des formations telles que les IAE (instituts d'administration des entreprises) en font légalement usage depuis leur création et la mettent en avant comme marque de qualité. 

Mais la sélection dès le premier niveau du master s'était déjà répandue dans d'autres domaines, où on l'attendait le moins. Ainsi l'université Paris-Descartes a mis en place, depuis six ans, des "procédures de contingentement-orientation" à l'entrée de ses masters. En psychologie, par exemple, non seulement les parcours académiques des postulants sont passés au crible, mais aussi les expériences professionnelles, les stages en entreprise, les projets professionnels... La sélection est rude ! En contrepartie, tous les admis en M1 ont l'assurance d'intégrer une seconde année de master et d'avoir une place en stage. On dénombrait, les années précédentes, environ un millier de titulaires d'une licence à présenter leur candidature pour seulement 400 places offertes. À la rentrée 2017, l'université a reçu un volume encore plus important de dossiers (1.700), car la plupart des facultés ont mis en place une sélection à l'entrée du M1.

Lire aussi : Les meilleurs masters à la fac : 257 formations au banc d'essai

Vers une orientation "active"

"Nous contingentons de manière raisonnée depuis des années, car nous devons tenir compte de notre capacité d’accueil, du sous-effectif de l’encadrement pédagogique et des possibilités de stages, explique Grégoire Borst, responsable du master de psychologie à l’université Paris-Descartes. Surtout, nous devons former des psychologues qui trouveront un poste sur le marché de l’emploi. Or, certains étudiants sont candidats dans des spécialités de master mal adaptées à leurs compétences." (1)

Plutôt que de "sélection", Grégoire Borst préfère parler d’"orientation active". "Les étudiants de licence croient trop souvent que le master de psychologie est le seul débouché après la licence dans la même spécialité. Or, d’autres formations s’offrent à eux, comme celle d’éducateur spécialisé. Le fait que la plupart des établissements limitent le nombre de places en M1 permettra peut-être à davantage d’étudiants de s’orienter efficacement dès la fin de leur troisième année de licence."

Même constat de la part d’Annette Groux, directrice de l’IAUL (Institut d’aménagement et d’urbanisme de Lille) et responsable du master urbanisme et aménagement à l’université Lille 1, dont le parcours professionnalisant est sélectif depuis de nombreuses années. À la rentrée 2017, 90 étudiants ont été acceptés parmi environ 300 candidats. "Limiter le nombre de M1 est un choix que nous avons fait il y a longtemps, afin de pouvoir délivrer un enseignement de qualité à chaque étudiant. Cela nous permet de faire beaucoup d’activités pratiques, de projets, et de réaliser un workshop hors les murs. Une des difficultés pour les étudiants est de trouver un stage, nous les aidons dans cette démarche et nous les suivons individuellement, d’où l’importance, là encore, des effectifs maîtrisés", explique Annette Groux.

Avec la réforme, le parcours de recherche du master est, à son tour, devenu sélectif depuis cette année. "C’est une bonne chose car nous sommes désormais sûrs que les postulants veulent effectivement faire de la recherche, se réjouit-elle. Ce parcours ne peut plus être un choix par défaut."

L'entrée en M1 doit se préparer dès la L2

La sélection à l'entrée du master 1 pourrait également améliorer en profondeur la qualité de ces formations, en les "lissant" sur deux ans. "Trop de masters sont les héritiers de l'ancien système : maîtrise, suivie d'un DEA ou d'un DESS", constate Élisabeth Dufour-Gergam, directrice déléguée à la formation pour l'université Paris-Saclay. Dans cet établissement, tous les titulaires de licence passent par une plate-forme de candidatures et une procédure de sélection pour pouvoir entrer en M1.

Un point de vue appuyé par tous les responsables de master. "Le recrutement dès la première année de master de psychologie permet de penser la formation sur deux ans, tout en y intégrant les 500 heures de stage professionnel obligatoires", souligne Grégoire Borst, à Paris-Descartes.

L'IAE à Lille forme à tous les métiers de la gestion (audit, ressources humaines, management, etc.). Les étudiants bénéficient de cours en petit comité et appliquent leurs nouvelles connaissances dans le cadre de missions en entreprises en groupe. // © Aimée Thirion pour L'Étudiant

"Avec la sélection en M1, les étudiants sont incités à être plus actifs dans leur orientation", estime Claude Guittard, doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l'université de Strasbourg. "L'entrée en master doit se préparer très tôt pour permettre aux élèves d'augmenter leurs chances d'intégrer le master qu'ils visent."

Un observatoire de l'insertion des diplômés à la fac

S'il est un domaine où les universités ont déjà accompli des progrès au cours de la dernière décennie, c'est bien celui de l'insertion professionnelle. Depuis 2011, tous les établissements universitaires doivent suivre les parcours de leurs cohortes de diplômés et de publier les chiffres de leur placement. Chaque université française est désormais équipée d'un observatoire, chargé de collecter et d'analyser ces statistiques, par niveau et par filière, de les diffuser et de les transmettre au ministère de l'Enseignement supérieur. L'Etudiant analyse, chaque année, ces enquêtes. Dans l'ensemble, celles-ci sont précises, complètes et détaillées jusqu'au niveau du parcours et elles dépassent même souvent en qualité celles que réalisent les grandes écoles, pourtant rompues à l'exercice depuis plus longtemps (même si ces enquêtes portent sur des étudiants diplômés depuis dix-huit ou trente mois contre six à neuf mois pour les enquêtes des grandes écoles).

Lire aussi : Diplômés de master, quelles sont vos chances de trouver un emploi ?

Un enseignement à la fac tournée vers la professionnalisation

L'enquête 2017 du ministère de l'Enseignement supérieur concernant l'insertion professionnelle des titulaires d'un master 2014 (2) révèle que 86 % d'entre eux exercent un emploi dix-huit mois après la sortie de l'université (85 % l'an dernier). La quasi-totalité de ces étudiants (92 %) occupent un poste à temps plein, dont 82 % sont "cadres" ou exercent une "profession intermédiaire". Leur salaire médian s'élève à 1.800 € net par mois. En revanche, la qualité de l'emploi diffère considérablement d'une spécialité à l'autre.

Les masters universitaires ont donc amélioré la professionnalisation de leurs enseignements ces dernières années. Selon une étude du CEREQ (Centre d'études et de recherches sur les qualifications) (3), les diplômés estiment ainsi avoir été bien préparés aux compétences spécifiques ou professionnelles associées à la spécialité du diplôme. Seuls les diplômés de droit et de science politique trouvent que le niveau des compétences professionnelles acquises est insuffisant par rapport à celui attendu par les entreprises.

Une plate-forme unique des masters

Autre évolution : depuis le 31 janvier, la plate-forme Trouvermonmaster.gouv.fr, mise en place par le ministère de l'Éducation nationale, recense de manière exhaustive les masters proposés par les universités françaises en signalant les modalités de recrutement

Pour Annette Groux, le site Internet n'est toutefois qu'une étape pour rediriger plus facilement les étudiants vers le contenu des formations de chaque université. Cela ne doit pas les dispenser de se renseigner de façon plus détaillée sur le parcours choisi. "'Trouver mon master' recense toutes les formations, c'est pratique. Mais sous un même intitulé, les masters proposent parfois des offres très différentes. Certains masters urbanisme et aménagement, dont le nôtre, sont par exemple membres de l'APERAU (Association pour la promotion de l'enseignement et de la recherche en aménagement et urbanisme), d'autres ne le sont pas. Charge à chaque cursus de mettre en valeur ses spécificités !

"L'université a tout à gagner de mettre en avant ses statistiques d'insertion professionnelle, détaille Claude Guittard. Nous proposons, par exemple, des masters en gestion industriel et de l'innovation ou en management de la qualité, qui offrent d'excellentes perspectives de carrières. La nécessité d'attirer les meilleurs étudiants nous incite à réviser notre pédagogie et à nous professionnaliser encore davantage, en proposant l'essentiel de nos masters en alternance."

Rappelons que les masters sont évalués tous les quatre ans par le HCERES (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) : ce dernier souligne leur progression, leurs atouts mais aussi leurs points faibles.
Prenez le temps de consulter la synthèse de l'évaluation du master que vous visez sur le site Internet du HCERES. Et n'hésitez pas à vous renseigner également auprès des anciens étudiants ou des recruteurs... et à lire notre enquête ! Car un étudiant averti en vaut deux.

(1) Depuis la rentrée 2017, le "copsy" (conseiller d'orientation-psychologue) et le psychologue scolaire deviennent des "psychologues de l'Éducation nationale". Ils sont recrutés sur concours. Les candidats doivent être titulaires d'une licence et d'un master de psychologie ou être inscrit en M2 de psychologie.
(2) Note Flash n° 24, décembre 2017.
(3) Les jeunes diplômés de bac+5 s'estiment-ils compétents pour occuper leurs emplois ? Bref n° 340, CEREQ, novembre 2015.

Mention, parcours : comment s'y retrouver

Il y avait plus de 5.000 intitulés de masters au début des années 2010, aujourd'hui, il n'y a plus que 246 mentions. Au-delà des quatre grands domaines (droit, économie, gestion ; sciences humaines et sociales ; arts, lettres et langues ; sciences, technologies, santé) définis dans le 
cadre du LMD (licence, master, doctorat), un master est officiellement désigné par le nom de sa mention, parmi les 246 intitulés fixés par arrêté en 2014. En réalité, cette "nomenclature simplifiée" est bien insuffisante pour en comprendre la teneur. Il faut descendre un cran en dessous, au niveau du "parcours" pour bien saisir le contenu d'une formation.
Par exemple, au sein d'une même mention "histoire", on trouve le parcours "patrimoine et archives historiques" de l'université d'Avignon, celui de "archivistique et monde du travail" de l'université de Lille et celui d'"histoire politique des mondes contemporains" de l'université Paris-Saclay. Quant à l'échelon de la "spécialité", il a été officiellement supprimé en 2010.

Trouvermonmaster.gouv.fr mode d'emploi

Depuis un an, si vous êtes titulaire d'une licence, vous pouvez consulter le portail trouvermonmaster.gouv.fr, mis en place par le ministère de l'Enseignement supérieur. Ce site, mis à jour régulièrement par les universités elles-mêmes, vous aidera à choisir parmi plus de 4.800 parcours de master et à trouver celui qui vous conviendra. "Ce portail permet d'effectuer une recherche parmi toutes les offres de masters en France, à partir d'un nom ou d'un mot-clé", explique François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d'université). "Pour les étudiants, c'est un gain énorme de temps et d'efficacité. Via cet outil, ils peuvent visualiser les dates des sessions de recrutement et se porter candidat selon les modalités annoncées." Mais pas question pour l'instant que ce portail d'information devienne une plate-forme d'inscription en master, sur le modèle de Parcoursup, le nouveau portail d'inscription postbac.