"Ma thèse en 180 secondes" vue par les lauréats français

Par Morgane Taquet, publié le 01 Octobre 2015
5 min

C'est le jour J pour les 16 thésards participant à la finale internationale de "Ma thèse en 180 secondes". Rencontre avec les trois représentants tricolores.

Après de longs mois de répétition de séances de coaching, de concours régionaux en compétition nationale, ils s'affrontent le 1er octobre 2015 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne – qui affiche complet pour l'occasion. Un jury de scientifiques de renom aura la lourde tâche de désigner le meilleur "pitcheur" de la recherche. À quelques heures de l'ultime étape, les trois lauréats français encore en course racontent dans quel état d'esprit ils se trouvent.

 

Alexandre Artaud, Grenoble Alpes, 24 ans, discipline : physique

Alexandre Artaud, doctorant en physique à Grenoble Alpes Université, est un des trois participants français à la finale internationale 2015 de


"Pas question de survendre mon sujet, c'est à la physique que je veux intéresser l'auditoire."

"Tout a commencé par une conversation avec un ami qui venait faire du ski à Grenoble. Lors d'une discussion animée et volontairement critique sur les doctorants, je lui ai montré les vidéos des lauréats de l'année dernière... et il m'a dit que ce concours était fait pour moi ! J'ai fait du théâtre, l'idée me paraissait amusante, et je me suis lancé. D'autant plus que j'ai eu un véritable coup de cœur pour la physique, depuis que je l'ai découverte à la fac d'Orsay, en parallèle de mes études à Centrale Paris ! Mon pitch, je l'ai vraiment construit comme je le voulais, je ne voulais pas parler d'applications utiles pour la société. Pas question de survendre mon sujet, c'est à la physique que je veux intéresser l'auditoire. Je suis impatient d'être à ce soir, d'autant que je commence à connaître ma présentation par cœur. Je répète dès que j'ai 3 minutes, c'est-à-dire souvent et dans les endroits les plus incongrus ! Ce soir, ma famille, mes amis seront là en nombre, je crois même qu'une projection est organisée aux abords de l'université à Grenoble. Alors j'ai envie de gagner bien sûr, mais j'ai un plan B si jamais je ne suis pas classé !"

 

Rachida Brahim, Aix-Marseille Université, 33 ans, discipline : sociologie

Doctorante en sociologie à Aix-Marseille Université, Rachida Brahim représentera la France, avec deux autres candidats, lors de la finale 2015 de

"Participer à MT 180, c'est avant tout pour moi un moyen de faire en sorte que mon sujet existe en dehors du cercle scientifique."

"Tout au long de mes études, faire de la recherche a toujours été dans un coin de ma tête, mais je ne trouvais pas le sujet qui me convenait parfaitement. Après plusieurs années d'aller-retour entre le monde professionnel et la sociologie, j'ai enfin trouvé LE sujet qui me porterait alors que je travaillais dans un centre social dans les quartiers nord de Marseille. Participer à MT 180, c'est avant tout pour moi un moyen de faire en sorte que mon sujet existe en dehors du cercle scientifique. D'autant qu'il y a encore des gens qui considèrent que la sociologie n'est pas une science ! Le déclic s'est fait à Nancy lors de la finale nationale : quand j'ai gagné devant un amphi de 850 personnes, j'ai été impressionnée, et je me suis dit 'mais dans quel engrenage suis-je tombée !'. Pour ce soir, j'ai modifié ma présentation, je ne voulais pas m'ennuyer, je craignais la répétition. Et puis, ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de prendre en otage un amphi de 1.000 personnes sur son sujet de thèse !"

 

Grégory Pacini, 28 ans, Sorbonne Paris Cité, discipline : biologie, virologie


Le sujet de thèse de Grégory : "Rôle d'EHD4 dans la régulation du facteur de restriction du VIH-1 : BST2". // © Photo fournie par le témoin


"Je vois plus ce concours comme un évènement scientifique que comme une compétition."



"Participer à MT180 ? Ma coloc, elle aussi doctorante, voulait le faire, alors on s'est dit pourquoi ne pas le faire à deux ! Au début, j'étais intéressé par la concision extrême à laquelle il fallait se plier pour l'exercice, puis en franchissant les différentes étapes, j'ai commencé à aimer l'aspect de médiation scientifique qui est l'essence même de ce concours. Depuis le début, je ne crois pas vraiment en mes chances, d'ailleurs je n'ai même pas suivi la formation proposée par l'université, j'y allais un peu la fleur au fusil ! Depuis que j'ai remporté la finale régionale, je me suis pris au jeu. Avec les deux directrices de la communication de Sorbonne Paris Cité, j'ai travaillé l'aspect scénique qui manquait à ma présentation. Pour ce soir, je suis assez serein car c'est la dernière étape, en plus une bonne cinquantaine de gens seront dans l'amphi pour me soutenir ! Mais à ce stade, je serai pour que nous ne soyons plus classés. Je vois plus ce concours comme un évènement scientifique que comme une compétition."

Une première finale internationale en France
Concours international francophone initié en 2012 au Québec (Canada) par l'Association francophone pour le savoir, "Ma thèse en 180 secondes" propose aux doctorants de présenter leur sujet de recherche en français à l'attention du grand public, avec pour seul support une unique diapositive, le tout en trois minutes chrono ! Il a été organisé en France pour la première fois en 2013 par le CNRS et la CPU. Le concours se déroule en plusieurs étapes de sélection : au niveau universitaire, régional et national. La finale internationale rassemble seize doctorants venus de huit pays différents jeudi 1er octobre 2015 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris. Le jury du concours sera présidé par le mathématicien Cédric Villani, médaille Fields 2010.

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