1. Masters recherche : des diplômes également convoités par les entreprises
Décryptage

Masters recherche : des diplômes également convoités par les entreprises

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La force des diplômés de master recherche : leur capacité d'adaptation à tous les domaines. // © R.E.A
La force des diplômés de master recherche : leur capacité d'adaptation à tous les domaines. // © R.E.A

Étudiant ou jeune diplômé d’un master recherche, n'écoutez pas les idées reçues : oui, cette formation peut déboucher directement sur un emploi, dans le secteur privé ou public. Les recruteurs apprécient même de plus en plus ces profils, jugés plus adaptables que les masters professionnels.

"Aujourd'hui, les étudiants en master recherche s'orientent en majorité vers les entreprises privées ou les établissements publics. Ils ne sont plus qu'une minorité à passer les concours de l'enseignement ou à préparer une thèse", constate Michel-Henri Gensbittel, chargé de mission insertion professionnelle à l'université Paris-Sorbonne. Ainsi, l'idée dominante jusqu'ici qu'un master recherche ne menait qu'à ces deux dernières options, est selon lui "battue en brèche".

Concours exigeants, financements de thèse difficiles à obtenir… Les étudiants en sciences humaines, de plus en plus informés du manque de débouchés, décident donc de se tourner vers le privé. À l'université Rennes 2, ils sont "63 % des diplômés de 2010 à ne pas avoir ensuite poursuivi d'études. 80 % occupent un emploi 30 mois après la sortie du master, dont plus de la moitié dans le secteur privé", détaille Sylvie Dagorne, responsable de l'OPEIP (Observatoire des parcours étudiants et de l'insertion professionnelle) de l'université Rennes 2.

Des compétences recherchées dans le privé

Cependant, l'insertion professionnelle des diplômés en master recherche reste très différente selon les filières. Dans certaines, comme le droit, aucune difficulté. "Nos masters recherche sont très réputés auprès des cabinets d'avocats et ont un devenir similaire à ceux des masters professionnels", déclare Marine Lombard, directrice du département université-entreprises à l'université Panthéon-Assas.

En géopolitique, le parcours recherche est aussi apprécié des recruteurs. Après un passage en école de commerce à Audencia Nantes, Issam a choisi de suivre un M2 recherche géopolitique : enjeux territoriaux des rivalités de pouvoirs à Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis : "Je souhaitais une formation intellectuelle sur les relations internationales, me plonger dans un domaine de recherche qui m'intéresse." Un choix qu'il ne regrette pas, puisqu'il occupe aujourd'hui le poste de chef adjoint de cabinet chargé des relations internationales au ministère de la Décentralisation et de la Fonction publique.

Plus globalement, "leur force, c'est d'être adaptables. Ils ne sont pas formés à un métier précis comme ceux de master professionnel et ils sont beaucoup plus autonomes", indique Marie-Dominique Popelard, responsable du master recherche information et communication à l'université Sorbonne-Nouvelle. D'ailleurs, leurs compétences sont nombreuses : argumenter, synthétiser, tenir des délais, faire preuve d'initiative, de rigueur…

Candidatez à des postes éloignés de vos études

"Des qualités transversales, qui peuvent être transférées à plusieurs domaines", souligne Philippe Schenck, conseiller en insertion professionnelle à l'université Paul-Valéry – Montpellier 3. Camille, étudiante en M2 recherche de droit social à Panthéon-Assas, l'assure : "Nos compétences d'écriture sont très prisées. Nous avons autant nos chances que les étudiants en master professionnel."

Certains recruteurs recherchent même en priorité ce type de profil. L'opération Phénix permet ainsi aux diplômés d'un master recherche en sciences humaines de candidater à des postes dans des grandes entreprises, souvent déconnectés de leurs études. Thibault Saguez, titulaire d'un master recherche en histoire contemporaine, a participé à l'opération en 2007. Aux étudiants qui envisagent de tenter Phénix, ce manager au cabinet d'audit PwC, conseille de "faire preuve d'ouverture d'esprit pour candidater à des postes éloignés de leurs études. Il faut rester soi-même. On vous recrute pour votre personnalité et pas pour vos compétences techniques."

Olivia Dagorn, responsable régionale des ressources humaines chez Leroy Merlin confirme cette méthode de recrutement : "Nous nous intéressons surtout aux aptitudes relationnelles, au dynamisme et aux personnalités." Elle est convaincue qu'aujourd'hui "les entreprises doivent se tourner davantage vers les masters recherche. Une diversité de parcours permet d'enrichir les équipes."

Anticipez votre projet professionnel

Laurent Deruy, avocat associé au cabinet Gide, recrute régulièrement des diplômés en master de droit. "Pour le recrutement des diplômés en master recherche, c'est le sujet du mémoire qui peut être déterminant, s'il a un intérêt pratique ou pas", estime-t-il. Frédérick Douzet, professeure à l'Institut français de géopolitique de Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis, confirme : "Un bon mémoire dans un master recherche vaut mieux qu'un mauvais stage dans un master professionnel et inversement."

Prendre conscience de ses atouts est une chose, savoir les mettre en valeur en est une autre. Pour la responsable du service de l'orientation et de l'insertion professionnelle de l'université de Lorraine, Véronique Chloup : "L'étudiant doit mener une autoréflexion : comment se vendre avec un master recherche ?"

La meilleure façon de réussir est de penser en amont son projet professionnel. "Le master recherche n'est pas un handicap pour le marché de l'emploi si l'étudiant a déjà réfléchi à son projet et a noué des liens avec des entreprises", remarque Marc Gimonet, vice-président chargé des relations avec le monde socio-économique à l'université Rennes
2. Anticipez ! Toutes les cartes restent entre vos mains.
 

5 pistes pour rebondir après un master recherche
Le master recherche ne suffit pas toujours pour décrocher un emploi dans tous les secteurs.
Voici quelques conseils pour compléter votre profil si vous ne réussissez pas à trouver du travail.Continuer avec une formation professionnelle. Amanda, 26 ans, a choisi cette option après son master recherche en géopolitique : enjeux territoriaux des rivalités de pouvoirs, à Vincennes-Saint-Denis. "Je n’avais fait aucun stage, alors j’ai décidé de m’inscrire en master professionnel de géopolitique locale : aménagement, gestion et enjeux de territoires, en apprentissage, car il est difficile de trouver un travail sans réseau", explique-t-elle. Cette jeune diplômée a ensuite été engagée par la collectivité où elle a fait son apprentissage, au cabinet de Plaine-Commune.
Tenter des concours (administration, bibliothécaire…).
Miser sur les stages et notamment sur celui de fin d’études. Jonathan, ancien étudiant du master recherche communication de Paris 3, a effectué trois stages pendant son master. "Il faut faire au moins un gros stage de 6 mois pour s’assurer un avenir professionnel", affirme-t-il. Aujourd’hui, il est responsable de la communication dans une galerie d’art.
S’engager dans un service civique ou faire du bénévolat.
"Certains jeunes font du bénévolat après leurs études. Tout en cherchant un emploi, ils choisissent une activité associative qui pourra leur donner une première expérience professionnelle à faire valoir ensuite", constate Elisabeth Pascaud, présidente de France Bénévolat Paris. On appelle cela un "bénévolat de compétences". Communication, informatique, juridique… les domaines sont variés et peuvent convenir à tous les profils.
Partir vivre une expérience à l’étranger.
Une solution qui peut prouver à un recruteur de nombreuses qualités : autonomie, capacités linguistiques, débrouillardise…


152222POUR EN SAVOIR PLUS

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