1. Mémoire : le témoignage d’Alice, partie dénicher ses sources en Équateur
Témoignage

Mémoire : le témoignage d’Alice, partie dénicher ses sources en Équateur

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Lorsque l'on traite sujet inédit, sans corpus bibliographique, il faut parfois aller chercher soi-même ses sources. // © plainpicture/Hero Images
Lorsque l'on traite sujet inédit, sans corpus bibliographique, il faut parfois aller chercher soi-même ses sources. // © plainpicture/Hero Images

Comment se débrouiller avec un sujet inédit, sans corpus bibliographique ? Alice a relevé le défi : pour son mémoire sur une musique typique d’Amérique du Sud, elle est partie trouver elle-même les informations en Équateur. Myriam Greuter relate son expérience dans Bien rédiger son mémoire ou son rapport de stage, publié aux éditions l’Etudiant. Extraits.

Élève en première année de master d'ethnomusicologie à l'université Paris 8, Alice nous raconte ses trois mois sur place, et nous livre ses meilleurs conseils, notamment pour apprendre à aborder les témoins.

Premiers défrichages

Lorsqu'on mène l'enquête, surtout quand le sujet a été très peu exploré jusque-là, il faut sans cesse faire preuve d'adaptation et de souplesse... mais aussi de détermination !

fleche-rouge Un sujet jamais étudié

S'atteler à un thème jusque-là inédit a de quoi effrayer ; Alice, elle, ne s'est pas démontée. « Je n'ai pas eu de craintes quand j'ai constaté que mon sujet (« La musique de marimba dans la région afro-équatorienne ») n'avait jamais été analysé. Il n'y avait pas eu d'étude sur ce genre de xylophone ; même en Équateur, peu d'ouvrages en parlent... Un seul livre en français évoque l'instrument, mais de façon annexe.

Un spécialiste m'a cependant encouragée à me lancer sur ce sujet "très intéressant". À la fac, j'ai trouvé un CD de musiques équatoriennes. J'ai adoré. Faute de monographies sur le marimba, j'ai parcouru des ouvrages d'anthropologie sur l'Équateur.

Je me suis sentie d'autant moins effrayée qu'un ethnomusicologue équatorien dont on m'avait donné les coordonnées m'avait, par mail, promis son aide. Le contact était très bien passé entre nous. Il m'a dit qu'il connaissait une librairie où je pourrais trouver des documents intéressants. Il était également prêt à me donner plein d'informations sur la région. J'étais vraiment excitée par cette aventure. »

fleche-rouge Savoir saisir les occasions

« Lorsque je suis partie en décembre, pour un séjour de trois mois, je ne connaissais encore rien au marimba. Je suis allée à la découverte de ce pays et de sa musique, munie seulement de mon matériel (appareil photo, dictaphone, caméra) et de trois pages de questions, rédigées avec l'aide de ma directrice de mémoire.

Une fois arrivée, j'ai compris toute l'importance d'avoir quelqu'un qui vous introduise sur le terrain : sans contact de ce type, c'est trop difficile.

Durant le premier mois, j'ai profité de toute une réaction en chaîne : l'ethnomusicologue avec qui j'étais en relation m'a prêté des bouquins, un de ses amis musiciens m'a donné les numéros de téléphone de plusieurs virtuoses du marimba, dont le plus célèbre a accepté de me recevoir. Je suis partie le rencontrer dans la capitale de la région, Esmeraldas – où j'ai finalement passé deux mois, alors que je pensais plutôt m'installer dans un village, comme me l'avait suggéré ma directrice de mémoire.

fleche-rouge Recentrer la problématique

Il faut dire qu'à Esmeraldas, on m'a présenté deux femmes, chacune à la tête d'un groupe. Elles ont, comme le virtuose, près de 80 ans, et, comme lui, il leur tient à cœur de garder la tradition vivante. J'ai décidé de concentrer ma problématique sur leurs groupes : décrire les instruments, les musiciens, vivre la vie des deux ensembles... Avec ma prof, nous avions espéré que je puisse comparer deux groupes, ce qui nous semblait plus riche d'enseignements. J'ai saisi l'occasion. »

fleche-rouge Quelques conseils techniques

Si vous partez à l'étranger pour votre recherche, ne négligez pas la question de la langue... mais ne renoncez pas à votre voyage si d'aventure vous n'êtes pas bilingue !

  fleche-noirefleche-noire La question de la langue

Pour Alice, l'enjeu de son mémoire reposait essentiellement sur la qualité de ses entretiens avec des musiciens équatoriens. « Je ne parlais pourtant pas couramment l'espagnol, que j'avais étudié seulement en LV2, se souvient la jeune fille. Mais il a suffi d'un mois sur place pour que je me débrouille convenablement. »

Tous les profs de langues vous le diront : à l'étranger, l'essentiel est de parler sans complexes – quitte à faire quelques fautes. Surtout, faites des phrases simples : sujet, verbe, complément. Et si d'aventure vous ne saisissez pas les propos de votre interlocuteur, n'opinez pas avec un sourire mal assuré en feignant d'avoir compris. Demandez à la personne de répéter plus lentement ou en reformulant : il serait triste de rater une réflexion essentielle par excès de fierté !

Enfin, avant le grand départ, prenez tout de même la précaution de potasser un dictionnaire et de noter la traduction des éventuels termes techniques nécessaires à votre recherche.

  fleche-noirefleche-noire Gare aux galères de matériel !

Ne sous-estimez pas la loi de Murphy (ou loi de l'emm... maximum), et son théorème dérivé : « Plus les documents glanés sont irremplaçables, plus vous vous exposez à les perdre à cause d'une galère de matériel. »

Partie en Équateur pour son mémoire, Alice en témoigne : « On m'a volé mon premier appareil photo ; le deuxième, racheté sur place, a pris l'eau, ce qui a ruiné le flash. Enfin, j'ai perdu des interviews après un problème de piles et à cause d'une erreur de manipulation »

Pour vous éviter ce genre de contrariétés, suivez les conseils d'Alice : « N'exposez pas votre matériel à la convoitise des gens, et réfléchissez bien avant d'appuyer sur un bouton ! »

S'enraciner

près un mois consacré aux premières rencontres, qui délimiteront son terrain d'observation, Alice passe plus de huit semaines aux côtés des musiciens : d'abord en spectatrice, puis comme l'une des leurs ou presque. Briser la glace demande toutefois de la patience – et exige parfois de payer de sa personne...

fleche-rouge Commencer par observer dans un coin

« Au début, se souvient Alice, j'ai été dans l'observation pure : j'allais aux répétitions des groupes, pour voir comment ils travaillaient et pour analyser leur musique. Assise sur une chaise, j'enregistrais certaines pièces avec mon mini-disc, je regardais, je filmais pour pouvoir analyser la danse et son rapport avec la musique.

Je voulais tout savoir : quelles sont les origines de la musique de marimba, qui la pratique, d'où viennent les instruments, comment les gens vivent... Durant mon premier mois à Esmeraldas, j'interrogeais la dame qui dirigeait le groupe, mais je ne parlais pas trop avec les jeunes musiciens. Il faut dire qu'ils ne sont pas habitués aux touristes ni aux chercheurs. C'est durant le dernier mois que nous avons vraiment sympathisé. »

fleche-rouge S'impliquer et aller vers l'autre

Il faut du temps pour briser la glace, remarque aujourd'hui Alice : « Il vaut mieux ne pas multiplier les questions au début, conseille-t-elle. Ensuite, montrez qu'il ne s'agit pas d'une relation à sens unique : en ce qui me concerne, j'ai prêté ma caméra aux enfants (ils adorent ça !), j'ai téléphoné aux musiciens à mon retour en France, je leur enverrai les photos que j'ai prises d'eux – et peut-être mon mémoire traduit en espagnol, s'il est bon.

Mais surtout, j'ai joué de la musique avec le groupe : pendant une répétition où il manquait quelqu'un, j'ai tenu le marimba. Je crois que ça leur a fait vraiment plaisir que j'essaie. En tout cas, ils se sont ouverts. Quand on est sur le terrain, il faut y aller, ne pas avoir peur. Cela accroît les chances de rapprochement, et ça donne aussi l'occasion d'apprendre de l'intérieur.

Enfin, il y a eu les quinze derniers jours, pendant lesquels j'ai vécu 24 heures sur 24 avec les musiciens. C'est à ce moment-là qu'ils se sont le plus donnés. J'ai même eu le droit d'entendre les cancans : "Le groupe d'en face ne méritait pas de gagner le festival", etc. Ces ragots ont été hyper-précieux pour mon mémoire : témoigner de la rivalité entre artistes est très intéressant pour ma recherche. »

fleche-rouge Du bon usage de l'entretien

La relation devenue plus cordiale, il ne s'agit pas de laisser filer les possibilités d'interviews : « Ne remettez pas les rendez-vous au lendemain, avertit Alice ; et si une rencontre est annulée, insistez pour trouver une autre date. » Car si vous n'avez pas pu poser telle question, il n'est pas certain que vous trouviez la réponse dans un ouvrage en bibliothèque, ou que vous retombiez au téléphone sur une personne bien disposée.

Une fois l'entretien commencé, entendre ce que vous disent les gens ne suffit évidemment pas pour votre futur mémoire : « En plus de mes notes écrites, raconte Alice, j'ai enregistré toutes les interviews. Et chaque soir, j'ai couché ces échanges sur le papier. Il faut vraiment se forcer à le faire au fur et à mesure. C'est long, fastidieux, mais cette nouvelle écoute et ces retranscriptions font penser à d'autres questions à poser le lendemain (de retour en France, ce sera trop tard !).

Enfin, dans ma discipline, il faut veiller à écrire mot pour mot ce qu'a dit la personne : il est en effet indispensable de ne pas déformer le discours indigène. »

Au retour

« Quand je suis rentrée en France, j'ai réécouté les musiques, les interviews, relu mes notes, et j'ai fait mon plan en deux jours seulement. Mine de rien, je pensais depuis longtemps à mon sujet, j'avais plein d'idées en tête. Ma directrice a d'ailleurs uniquement supprimé une sous-partie et changé le titre d'un chapitre : l'organisation ne devait donc pas être trop mauvaise ! »

fleche-rouge Faire avancer la connaissance

Alice a encore affûté sa réflexion en lisant des ouvrages d'anthropologie et en élargissant son champ de réflexion à d'autres pays (« On ne peut pas citer moins de 20 sources dans une bibliographie ! »). Mais l'étudiante est surtout heureuse d'avoir exploré un sujet inédit, « et d'y être arrivée » : « Finalement, remarque-t-elle, les profs préfèrent qu'on étudie des sujets qui n'ont pas été beaucoup traités. Après tout, le but est bien de faire avancer la connaissance, non ? ».

À lire, aux éditions de l'Etudiant
Bien rédiger son mémoire ou son rapport de stage, de Myriam Greuter

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