1. Frédéric Troilo, 30 ans, archiviste en auto-entreprise après un master pro archives
Témoignage

Frédéric Troilo, 30 ans, archiviste en auto-entreprise après un master pro archives

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Pas toujours facile de s’insérer sur le marché de l’emploi quand est diplômé d’un master en lettres ou sciences humaines. Nous avons interrogé cinq jeunes diplômés pour qu'ils vous fassent partager leur expérience. Parmi eux, une a décroché un CDI après avoir exercé en free-lance, un a pris le statut d’auto-entrepreneur, un autre est parti à l’étranger pour trouver un travail conforme à son projet et à son niveau de diplôme. Pourtant, ils disposent tous d’un CV riche et diversifié.

Passionné d’histoire depuis son enfance,  s’engage dans la voie du professorat “un peu par défaut”. Un échec au CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) plus tard, l’étudiant en histoire, diplômé d’un master recherche de l’université de Metz, décide de poursuivre sa formation. Il s’inscrit en master professionnel archives à l’université de Dijon et décroche son diplôme en septembre 2008.
 
 

Les archives, un univers complet

 
“J’ai découvert le milieu des archives au cours de mes recherches en maîtrise. C’est un univers professionnel très complet. Il faut bien connaître le service ou l’entreprise pour laquelle on travaille. Il faut aussi avoir des connaissances plus techniques pour trier, éliminer ou conserver les documents et enfin connaître la législation. On est loin de l’image de l’archiviste qui travaille dans un grenier ou une cave sur des grimoires poussiéreux !”
 

Un premier CDD de un an

 
Se trouvant peu préparé à intégrer le marché de l’emploi, le jeune diplômé décroche pourtant facilement une première mission de un an au Groupe La Poste après avoir répondu à une offre d’emploi trouvée sur le site de l’AAF (Association des archivistes français).
Pendant sa mission à La Poste où il est responsable d’une plate-forme temporaire d’archives de l’Est de la France, le jeune homme continue sa recherche d’emploi. Il envoie près d’une centaine de lettres de candidature en réponse à des offres dénichées sur le site de l’AAF, de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) ou de Pôle emploi. Il est convoqué à une dizaine d’entretiens qui ne déboucheront pas. “La majorité des offres dans le secteur des archives portent sur des CDD (contrat à durée déterminée) de quelques mois. Il y a de vrais besoins des entreprises et des organismes qui se retrouvent souvent débordés d’archives à traiter, mais qui n’ont pas les budgets pour créer des postes pérennes. Et les postes de la fonction publique nécessitent de passer un concours.”
 

Devenir auto-entrepreneur

 
Après avoir terminé son CDD, Frédéric a frappé à plusieurs portes. Il a particulièrement apprécié l’action de l’AFIJ (Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés). “Le chômage est forcément vécu comme un échec. Du coup, c’est très important pour le moral de se retrouver avec d’autres jeunes diplômés en galère. Et puis les ateliers de l’AFIJ sur le CV et la lettre de motivation m’ont permis d’optimiser mes candidatures et de décrocher quelques entretiens.”
En janvier 2010, Frédéric a décidé de lancer son activité d’archiviste sous le statut d’auto-entrepreneur avec le soutien de Pôle emploi et surtout de la CCI (chambre du commerce et de l’industrie) de la Moselle. “C’était la bonne solution pour poursuivre mon activité de façon autonome, tout en me permettant de diversifier les expériences”, se justifie-t-il. Alors qu’il gagnait 1.850 € net avec son précédent emploi à La Poste, Frédéric compte désormais sur un revenu de 1.500 € net mensuel.
 

Persévérance et volonté

 
Le jeune homme n’est pas encore sûr de persévérer dans la voie de l’auto-entreprenariat. “J’essaie de trouver une solution pour rebondir dans la voie professionnelle qui m’intéresse. Mais il faut une sacrée dose de persévérance et de volonté ! Les autres diplômés de ma promotion ont eu un parcours assez chaotique, certains ont même jeté l’éponge pour des raisons financières et ont dû accepter des emplois dans d’autres domaines.”


L’avis de Xavier de la Selle, président de l’Association des archivistes français : “L’auto-entreprenariat, une voie encore rare mais prometteuse"
“Le parcours universitaire et les débuts professionnels de Frédéric sont assez représentatifs. La grande majorité des débouchés des métiers de l’archive se trouvent dans le secteur public (mairies, départements….) et nécessitent de passer un concours. Le niveau bac + 5 (master 2) pour passer le concours d’attaché de conservation est généralement requis. Les experts en nouvelles technologies ont aussi leur carte à jouer car on manque de tels spécialistes. Le choix de l’auto-entreprenariat est en revanche plus atypique. C’est une voie encore très rare mais qui semble prometteuse. De plus en plus d’entreprises, privées comme publiques, font appel à des prestataires pour résorber leurs arriérés d’archives. La difficulté est que le milieu universitaire n’est pas très au fait de cette culture d’entreprise et que les rémunérations restent encore peu élevé. Être auto-entrepreneur est un risque à prendre : peut-être que les clients qui souhaitent avoir un travail efficace et dans un délai court seront prêts à mieux payer ces prestations.”

Sommaire du dossier
Retour au dossier Frédéric Troilo, 30 ans, archiviste en auto-entreprise après un master pro archives Isabelle Latournerie, 26 ans, traductrice en CDI après un master traduction éditoriale économique et technique Nathalie Savard, 29 ans, en fin de doctorat de psychologie Laurianne Le Paih, 25 ans, attachée de presse après un master métiers du livre et de l’édition