CQP, les certificats des secteurs pro

Par Carole Gibrat, publié le 19 Mars 2010
6 min

Les formations en alternance ne mènent pas qu'à des diplômes de l'Éducation nationale. Souvent méconnus, de nombreux autres titres, délivrés par d’autres ministères, par des écoles pointues dans leur domaine ou par des secteurs professionnels, occupent le terrain.

Métallurgie en tête mais aussi agroalimentaire, hôtellerie-restauration, ou encore automobile, une trentaine de branches professionnelles ont choisi de monter leur propre formation. Quatre cents CQP (certificats de qualification professionnelle) sont ainsi accessibles en contrat de professionnalisation. Les industries de la métallurgie en comptent à elles seules un peu plus de deux cents dans des domaines aussi variés que l'usinage, l'électrotechnique, l'informatique ou la logistique. Côté automobile, 1 580 jeunes ont validé un CQP en 2007, en vente, maintenance, électronique, peinture ou carrosserie.

CQP ou diplôme ?

Tout dépend de votre parcours et de votre niveau. Le bac en poche, vous voulez devenir cuisinier ? Plutôt que de passer une année en CAP (certificat d'aptitude professionnelle), vous pouvez acquérir la technique nécessaire en six ou huit mois grâce à un CQP. Plus qu'une valeur ajoutée sur un CV, c'est le moyen de se préparer à des métiers qui ne s'apprennent que sur le terrain.

Un métier précis

Sylvie Séguillon, de l'ANFA (Association nationale pour la formation automobile), confirme que ces formations ne sont pas redondantes avec les diplômes de l'Éducation nationale. Elles les complètent en répondant à des besoins précis des entreprises, liés à l'évolution des techniques ou à l'apparition de nouveaux métiers. Par exemple, son association étudie actuellement la création de CQP liés au domaine de la location de véhicules, en plein essor. "Avant chaque nouveauté, nous faisons une étude d'opportunité en concertation avec des représentants des chefs d'entreprise et des salariés de la branche", précise Sylvie Séguillon.

À la carte

"Nos formations ont ensuite une durée variable en fonction du niveau d'entrée des candidats et de la complexité des enseignements, poursuit Sylvie Séguillon. Pour le CQP vendeur automobile, nous recrutons des jeunes de niveau BTS (brevet de technicien supérieur) pour une durée de dix à douze mois d'après leurs résultats aux tests de sélection. Certains de nos CQP peuvent durer jusqu'à deux ans, comme ceux de technicien électricien électronicien ou de technicien confirmé motocycles, mais en général les jeunes se forment sur dix à quatorze mois."

Entretien de repérage

À l'AFPI Entreprendre-Formation dans les Ardennes, aucun diplôme n'est exigé à l'entrée d'une grande partie des CQP proposés (tourneur, opérateur en logistique, agent de maintenance des systèmes de production, par exemple). "Nous demandons simplement aux candidats de savoir lire, écrire et de maîtriser les quatre opérations. Nous réalisons ensuite une sorte d'entretien de "repérage" pour adapter le parcours de formation au niveau de chacun", explique Rémi Serurier, responsable commercial du centre de formation. Un même CQP peut ainsi se préparer en six mois ou un an.

Surtout sur le terrain

L'AFPI concocte donc un programme de cours à la carte. Mais c'est sur le terrain que sont acquises la plupart des compétences professionnelles exigées par le CQP. Les jeunes sont jusqu'à 75 % du temps en entreprise.

100 % pratiques


À la différence des diplômes professionnels de l'Éducation nationale, qui valident des connaissances générales à côtés des acquis professionnels, les CQP sont des formations 100 % pratiques. Les matières théoriques ne sont cependant pas totalement exclues lorsqu'elles sont nécessaires à l'exercice du métier visé, comme la géométrie en carrosserie.

Des organismes équipés

L'équipement est un des critères que les branches professionnelles prennent en compte pour habiliter les organismes de formation à délivrer leurs CQP. Dans l'industrie du médicament, par exemple, les centres qui préparent au CQP de pilotage de lignes automatisées doivent posséder des lignes de fabrication.

Des formations encadrées

Chaque CQP est défini par un référentiel que l'organisme de formation doit respecter : horaires, enseignements, modalités d'évaluation sont détaillés comme pour les diplômes de l'Éducation nationale.

Pas d'examen

Particularité de ce type de formation, le jeune doit atteindre et réussir des objectifs précis (faire une sauce, savoir réaliser des opérations de maintenance de premier niveau, etc.). L'évaluation associe souvent les résultats obtenus sur le poste de travail tout au long de la formation et un travail écrit terminal.
C'est le cas dans la branche du médicament, où chaque CQP se termine par la rédaction d'un mémoire. En fonction du niveau de la formation, ce travail de réflexion est plus ou moins approfondi. "Nous demandons parfois un complément de dossier quand on juge que le candidat n'a pas le recul nécessaire sur l'exercice de son métier. Il ne s'agit pas d'une simple formalité", explique Élodie Sencier, chargée de projet en ressources humaine au LEEM, le syndicat des entreprises du médicament.

Plus ou moins reconnus

Les CQP ne sont en principe reconnus que par les entreprises d'un même secteur. Ils ne donnent aucun niveau d'étude, à la différence des diplômes, et ils ne peuvent donc être utilisés dans un objectif de poursuite d'études : "Il faut insister sur cette particularité, car chaque année, beaucoup de jeunes nous appellent pour obtenir des attestations d'équivalence. Or nous ne pouvons pas les leur délivrer", rappelle Sylvie Séguillon de l'ANFA.
Les CQP ont été conçus pour une insertion professionnelle immédiate. L'ANFA affiche par exemple un taux d'emploi de 80 % six mois après l'obtention des CQP, avec une majorité de jeunes restant dans l'entreprise qui les a accueillis.

Multisecteurs

Certaines fédérations professionnelles se sont regroupées pour créer des CQP interbranches. Ces formations permettent à leurs titulaires de faire valoir leur qualification dans un plus grand nombre d'entreprises.
C'est le cas par exemple du CQP de conducteur d'équipements industriels délivré conjointement par les secteurs de la métallurgie, du textile, du médicament et du papier carton.
Même sans accords signés, certains CQP permettent tout de même d'intégrer des entreprises de secteurs voisins. C'est le cas par exemple des CQP de carrossier qui intéressent les industries de l'aéronautique. De quoi assurer ses arrières.

Répertoriés parfois
Certaines branches ont fait enregistrer leurs CQP dans le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) pour leur donner un rayonnement national, mais cela ne concerne que trente-quatre CQP sur les quatre cents que l'on recense au total.