1. 5 clichés sur la prépa : on y croit ou pas ?
Décryptage

5 clichés sur la prépa : on y croit ou pas ?

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La prépa nécessite un travail important et régulier. Ici, les élèves du lycée Thiers à Marseille révisent à la bibliothèque. // © Ian Hanning / R.E.A
La prépa nécessite un travail important et régulier. Ici, les élèves du lycée Thiers à Marseille révisent à la bibliothèque. // © Ian Hanning / R.E.A

Vous souhaitez intégrer une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) mais la réputation de cette dernière vous effraie ? Pas de vie, trop de stress, une compétition effrénée entre élèves… L’Etudiant a interrogé enseignants et élèves et revient sur cinq idées reçues qui collent à la peau des prépas.

#1. Les prépas sont hyper sélectives

FAUX

Inutile de se mentir : les grandes prépas parisiennes, à l'image de Henri-IV ou de Louis-le-Grand, croulent sous les dossiers de candidature. Le pourcentage d'admis est par conséquent très faible, et seuls les excellents candidats peuvent espérer en faire partie.

Mais pour la majorité des classes préparatoires, il n'est pas nécessaire d'être premier de la classe pour espérer intégrer le cursus. "Il faut certes avoir de bonnes notes dans les matières qui comptent en prépa, mais cela ne veut pas forcément dire avoir 16 de moyenne partout", constate Jean-Michael, élève en prépa économie-gestion au lycée Louise-Michel de Bobigny (93). "Si vos notes se situent autour de 12, que vous êtes motivé et que vous avez de très bonnes appréciations sur vos bulletins de notes en terminale, vous avez toutes vos chances."

"Nous recherchons avant tout des élèves qui ont des capacités inexploitées, révèle Dominique Petit, professeur d'histoire au lycée Notre-Dame-de-la-Paix à Lille (59). Un élève qui était déjà à fond en terminale risque de 's'étouffer' en prépa."

#2. Les cours sont très théoriques

Pictos vraiVRAI

En prépa, n'espérez pas réaliser un stage en entreprise. Contrairement au BTS ou au DUT, qui laissent une place importante à l'expérience de terrain, la classe prépa offre un enseignement théorique, y compris dans les filières scientifiques.

"L'objectif de ces deux années de formation est de fournir aux élèves de bonnes bases scientifiques pour pouvoir ensuite les appliquer, durant leur poursuite d'études", concède Arnaud Bouffier, enseignant en SVT (sciences et vie de la Terre) au lycée Robespierre d'Arras (62). Au sein de cet établissement, les élèves ont tout de même des travaux pratiques à raison de cinq heures par semaine (3 heures en biologie, 2 heures en physique-chimie). Quant aux travaux d'initiative personnelle encadrés (TIPE), ils permettent aux jeunes de travailler sur un projet de recherche par groupe de trois.

En prépa littéraire, les enseignements sont plus poussés que ceux suivis en terminale, et il vous sera demandé beaucoup de réflexion personnelle. "On aborde des thèmes qu'on a déjà étudiés auparavant, mais en les approfondissant et avec un nouveau regard, ça change tout ! se réjouit Amandine, admise au lycée Chaptal, à Paris. Par exemple, les Fables de La Fontaine ne sont pas aussi enfantines qu'on le croyait... Cela nous amène à remettre en question ce qu'on avait appris, à avoir un esprit critique."

#3. Deux années de marathon

Pictos vraiVRAI ET FAUX

"Si vous n'êtes pas prêt à beaucoup travailler, il ne faut pas venir en prépa !" prévient Arnaud Bouffier. L'enseignant a coutume de dire à ses élèves qu'ils doivent compter, en plus des cours, environ 30 heures de travail personnel par semaine. "Le moteur, c'est la motivation", confie Amandine.

Même si l'on attend beaucoup de vous, rien ne sert cependant de rester des week-ends entiers devant vos bouquins, sans voir personne. Pour le Dr Monchablon, psychiatre à Paris, la réussite dans ce type de formation très exigeant passe notamment par le maintien du lien social. "Accorder de l'attention au domaine affectif - familial, amical ou amoureux - n'entrave pas les performances intellectuelles, bien au contraire, cela contribue à la motivation, à l'équilibre, à l'entrain, à un certain bien-être", encourage-t-elle. (Lire aussi : Burn out : étudiants débordés, comment tenir toute l'année sans craquer).

Jean-Michael confirme : "Depuis mon entrée en prépa il y a un an et demi, je vois ma copine tous les week-ends sans exception. Avec un travail sérieux et régulier, c'est possible." Le credo de Xavier, en prépa littéraire au lycée lillois Notre-Dame-de-la-Paix : "Pas de travail le samedi ! Mon sac de cours reste fermé. En revanche, je bosse le dimanche à partir de 10 heures."

#4. Les prépas, c'est beaucoup de stress

Pictos vraiVRAI

Entre les khôlles (ou colles), la quantité de travail personnel à fournir, les bouquins à lire et les notes en chute libre par rapport au lycée, il y a de quoi faire monter le stress ! Mais il y a aussi des moyens de le canaliser, à commencer par l'organisation, le maître-mot dans toutes les filières des CPGE.

Xavier, en littéraire, estime qu'il ne faut pas hésiter à consacrer un peu de temps à organiser son temps de travail, gérer ses priorités, et anticiper : "Pour la semaine dernière, on avait quatre devoirs à rendre, mais deux d'entre eux avaient été donnés il y a deux mois... Bien s'organiser pour ne pas se laisser déborder est plus utile que de se coucher à trois heures du matin ou de prendre des vitamines ou des antidépresseurs !"

Amandine, en hypokhâgne à Paris, conseille de prendre de la distance, en particulier avec la notation, différente de ce que vous avez connu en secondaire. "C'est dur, il y a du travail... Mais il ne faut pas prendre à la lettre les reproches qu'on va nous faire ! Il faut avoir beaucoup d'autodérision pour aller en prépa, parce qu'on va forcément avoir des 4/20... Surtout il ne faut pas se démoraliser, parce qu'une note, ça ne reflète pas une personnalité, c'est juste une note !"

#5. La prépa, c'est chacun pour soi

FAUX

Les avis sont unanimes : pas de place pour la concurrence dans les classes prépas. Au contraire, l'entraide fait la différence. "Il y a un vrai effet promo, constate Arnaud Bouffier. Quand règne une ambiance sereine et détendue au sein d'une promo, tous les élèves sont tirés vers le haut et en fin de cursus, les résultats au concours sont excellents." Pour souder les équipes, les établissements misent notamment sur le sport et les activités extra-scolaires.

Sébastien, en prépa littéraire au lycée Chaptal, à Paris, témoigne de l'importance de la solidarité entre élèves : "On a une page Facebook où on peut demander à récupérer des cours qu'on a raté, on les a dans la minute qui suit. Chacun sait qu'en prépa, il ne pourra pas réussir tout seul."

Travailler à plusieurs est indispensable, surtout les semaines où les khôlles s'enchaînent. "On peut ainsi comparer nos méthodes de travail", explique Sébastien. En prépa littéraire, il y a une telle quantité d'œuvres à lire que les élèves sont de toute façon obligés de s'y mettre à plusieurs et de partager leurs fiches de lecture.

"Fédérer des petits groupes d'amis est le facteur number one pour s'en sortir ! affirme le Dr Monchablon. Dès qu'on partage ses inquiétudes à deux ou à trois, on est déjà soulagé et on relativise. Il ne faut pas sans cesse se comparer aux autres, même si c'est sur ce mode que fonctionnent les concours."

 

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À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Bien choisir sa classe prépa", par Marie Bonnaud et Philippe Mandry.