Prépa EC : l’animal au menu de la culture générale

Par Dahvia Ouadia, publié le 31 Août 2020
7 min

Les candidats de prépa économiques et commerciales bûcheront cette année sur le thème de l’animal en culture générale. Un sujet "classique et vaste" selon plusieurs professeurs de philosophie interrogés par l’Etudiant. Retour avec eux sur ce qu’appelle la notion de l’animal, entre philosophie, éthique et actualité.

Le thème de culture générale retenu cette année pour les prépa EC (économiques et commerciales) est celui de l’animal. "C’est un sujet incontournable, très vaste et fascinant tant la frontière entre l’homme et l’animal est fluctuante", estime Eric Chevet, professeur agrégé de philosophie dans la région de Rennes (35) et ancien professeur en prépa EC.

Revenir sur les définitions

Pour Julie Reynaud, professeure de philosophie en prépa EC au lycée Joffre à Montpellier (34), il est essentiel de partir des définitions : "Le mot animal renvoie à la notion d’âme au sens de mouvement. Selon Aristote, l’âme définit ce qui n’est pas la pensée. Ce n’est pas parce que l’animal a une âme qu’il pense. L’âme en ce temps définit les facultés de nutrition, de se mouvoir, etc.", précise-t-elle.

Elle propose aussi une distinction avec la notion de bête qui renvoie à une "représentation un peu différente" : "l’homme serait doté de pensée tandis que l’animal ne l’est pas, c’est pour cela que l’animal est bête. Cette notion est un peu péjorative car elle sous-entend que la bête ne pense pas et donc n’est pas intelligente".

La professeure Julie Reynaud interroge également les notions de brute et de bestialité qui apportent un autre regard sur l’animal. Le concept d’animalité suggère ainsi qu’il existe un propre de l’animal, même si ce terme "gomme la diversité des animaux", selon certains auteurs.

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La frontière entre l'homme et l'animal

Pour Eric Chevet, l’étude de ce thème demande d’aborder la frontière entre l’homme et l’animal. "L’homme s’est toujours interrogé sur la différence entre les deux. Les penseurs matérialistes estiment par exemple qu’il n’y a pas de différence entre l’humain, l’animal et la machine. Mais d’autres vont chercher des différences à travers les questions de langage et de la conscience notamment", estime-il.

Pour Jean-Baptiste Juillard, professeur agrégé de philosophie et auteur de 100 fiches de culture générale pour les Nuls, la question métaphysique est aussi au cœur du questionnement. "Il est essentiel de s’interroger en miroir sur le propre de l’homme. Existe-t-il une différence de nature entre homme et animal, une exception humaine, ou tout au plus une différence de degrés qui n’est pas absolue ? C’est toute la question de la hiérarchie des espèces et de la dimension animale de l’être humain, particulièrement épineuse depuis Darwin", estime-t-il.

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L’évolution de la représentation de l’animal

Pour Julie Reynaud, dans le christianisme, l’animal est mis à la disposition de l’homme. Il est réifié pour servir l’homme à sa guise. "On voit d’ailleurs qu’a travers l’exploitation des animaux que ce soit dans les laboratoires, dans les élevages intensifs, etc., nous sommes toujours tributaires de cette représentation de l’animal objet", considère-t-elle.

Mais cette représentation évolue progressivement. "À la fin 18e siècle, des penseurs comme Diderot ou Voltaire avaient déjà des mots très doux pour les animaux. Pour Jeremy Bentham, par exemple, si l’animal ne pense pas, il souffre. Il faut reconnaître cette souffrance", précise ainsi Julie Reynaud.

Enfin, c’est au 20e siècle que le thème de l’animal prend "sa consistance". "Le développement de l’industrie intensive a transformé l’élevage des animaux en production animale. Aujourd'hui, on estime qu’il faut revenir à un élevage avec un vrai contrat en l’animal et l’homme pour sortir de cet élevage en batterie qui stresse et angoisse les animaux, si bien qu’il faut leur donner des antibiotiques".

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La question éthique

Le volet éthique est ainsi aussi un incontournable lorsqu’on évoque l’animal. "Les animaux ne sont pas de simple objet. Il existe une souffrance animale qui est aujourd’hui considérée", estime Eric Chevet.

Même constat pour Jean-Baptiste Juillard pour qui la dimension éthique "est la plus actuelle et désormais la plus connue" : "quels sont nos devoirs envers les animaux ? Puisqu’il est un être sensible, peut-on encore s’autoriser à le manger ? S’il est un être pleinement libre, a-t-on le droit de le domestiquer ? Cet aspect éthique s’accompagne d’une réflexion politique et juridique sur le statut de l’animal et ses droits", analyse-t-il.

Et effectivement, si dans le code rural, l’animal est un meuble, le droit des animaux évolue. "Aujourd'hui les animaux sont protégés car l’animal est reconnu comme un être sensible. Cependant, au-delà du droit, ce sont les mentalités qu'il faut faire bouger", estime Julie Reynaud.

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Le lien avec l’actualité

N’oublions pas qu’au-delà de la philosophie, ce thème est celui du sujet de culture générale. Il est donc aussi essentiel de faire le lien avec l’actualité. Or celle-ci est riche. En effet, la question de la maltraitance animale est aujourd'hui un débat de société.

Que ce soit le mouvement vegan / veggie qui se démocratise et interroge sur la consommation de la viande ; les actions d’associations comme L214 qui montrent une facette du traitement envers les animaux qui révolte ou encore les attaques de boucherie, "ces événements doivent être appréhendés comme des signes de questions plus profondes qui traversent nos sociétés sur cette question de l’animal", conclut Jean-Baptiste Juillard.

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