1. Reportage dans une classe de 3e DP6 (devenue 3e prépa pro à la rentrée 2012) : 10 mois pour se reconstruire

Reportage dans une classe de 3e DP6 (devenue 3e prépa pro à la rentrée 2012) : 10 mois pour se reconstruire

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Vos résultats scolaires au collège ne sont pas suffisants pour poursuivre des études dans la voie générale ? Vous avez déjà un projet professionnel ? Vous souhaitez en construire un après la 4e ? Une alternative à la classe de 3e ordinaire de collège s’offre à vous : la 3e prépa pro (ex-3e DP6).

Au lycée Jean Geiler de Kaysersberg, à Strasbourg, les élèves de 3e DP6 se verraient bien coiffeur, vendeur ou fleuriste. Ils ont une année scolaire pour retrouver le goût de revenir à l’école, se construire un projet et trouver leur place dans la voie professionnelle.

Ils s’appellent Hamet, Hayet, Nulifer, Ozolem, Nassa, Alana, Marine, Lisa-Marie, Lucas,... Ils ont autour de 15 ans. Depuis la rentrée, ces collégiens suivent leurs cours au lycée professionnel Jean Geiler de Kaysersberg, dans une  bâtisse en pierres roses près de la cathédrale de Strasbourg. Ils sont en 3e DP6, classe de troisième avec 6 heures d’option hebdomadaire consacrée à la découverte professionnelle, dans laquelle on compte un garçon pour trois filles.

Stages et visites d’entreprises


Cette option de découverte professionnelle permet notamment aux élèves de confronter leurs représentations d’un métier ou d’un secteur avec la réalité. C'est notamment dans ce cadre que la classe a quitté le lycée pour rejoindre la station de tramway la plus proche, dès 8h30. Direction "Mairie d’Illkirch", pour la visite d’une usine située à 30 minutes du lycée. "On y fabrique des grosses pièces", formule Hayet. "Des engrenages", précise Nulifer. Au retour, les élèves sont unanimes. Aucun d’entre eux ne s’imagine travailler en usine plus tard. Mais à de rares exceptions près, ce qu’ils souhaitent faire varie d’un mois sur l’autre, voire d’une semaine.

Fleuriste, coiffeur, pâtissier, électricien, plombier…


Coiffeur ? Fleuriste ? Ces options ont été envisagées, au moins un temps, par la quasi-totalité des élèves de la classe. Lorsqu’il est arrivé en 3e DP6, Hamet visait un CAP de coiffure. "Je ne veux plus, parce que les professeurs nous ont dit que tout le monde voulait faire ça et que c’était dur", assure aujourd’hui le garçon de 15 ans. Il s’est ensuite imaginé vendeur, avant d’effectuer un stage dans un magasin de vêtements et de conclure que c’est "trop fatiguant de monter et descendre des escaliers tout le temps". L’adolescent envisage désormais d’être électricien ou plombier, "parce qu’on n’est pas debout pendant 8 heures", assure-t-il. C’est au cours de son stage chez un fleuriste en novembre 2011, que Nassa, 15 ans, assure avoir trouvé sa voie. Depuis la rentrée, elle hésitait entre coiffure et pâtisserie. Sans conviction.

Retrouver leur estime d’eux-mêmes


D’après les enseignants de cette classe, la priorité est de réconcilier ces élèves avec l’école. "Les 3e DP6 arrivent avec de grosses difficultés. Il faut d’abord qu’ils retrouvent le goût de revenir à l’école, le goût du travail, et apprennent à ne plus être en échec. Il faut qu’ils reprennent confiance avant de savoir quoi faire de leur vie", prévient Claudine Kientz, professeure d’arts appliqués aux métiers. Même si l’équipe éducative met tout en œuvre pour aider les élèves de 3e DP6 à se remotiver, 10 mois semblent parfois insuffisants pour ces élèves qui arrivent généralement "cassés", dit Dominique Caminade, proviseur adjointe du lycée.

Des élèves à bout dans leur collège


Ils n’ont "souvent plus beaucoup d’estime d’eux-mêmes", confirme Xavier Duhamel, professeur de lettres-histoire et professeur principal de la 3e DP6 de "Jean Geiler", comme on l’appelle ici. "Pour la plupart, ces élèves étaient à bout dans leur collège et, d’une certaine manière, leur collège était à bout aussi", résume-t-il. Décrocheurs "de l’intérieur", "certains élèves vivent des drames familiaux, des situations de misères, sont logés à l’hôtel", dépeint la proviseure adjointe.

Deux candidats pour une place


Le repérage des élèves ayant le profil pour envisager une 3e DP6 est effectué en classe de 4e par le chef d’établissement du collège d’origine, avec le professeur principal et le conseiller d’orientation. Et une proposition d’orientation est faite à la famille, qui doit donner son aval. Le dossier, où figurent notamment le niveau en français, en mathématiques et l’avis du professeur de technologie, est ensuite étudié par une commission réunissant l’inspecteur d’académie et des chefs d’établissements. "Chez nous, il y a une cinquantaine de dossiers pour 26 places, note la proviseure du lycée Jean Geiler de Kaysersberg."

Un soulagement pour les parents


En début d’année, les enseignants rencontrent individuellement les parents. "La plupart d’entre eux ont déjà fait une croix sur la voie générale et considèrent l’admission de leur enfant en 3e DP6 comme un soulagement", explique Anne Le Goff-Claudic, professeure d’allemand et de lettres. Leur enfant a été choisi parce qu’il a le profil d’un élève apte à poursuivre des études courtes dans la voie professionnelle. "Les perturbateurs ne sont pas admis en 3e DP6", garantie Catherine Spitz, proviseure du lycée.

Problème majeur : l’absentéisme


Mais l’absentéisme reste un problème majeur en 3e DP6, comme dans les autres classes de lycée professionnel. Après la visite de l’usine ce vendredi de janvier, seuls 9 élèves sur 24 sont présents pour l’heure de cours qui les sépare du week-end. "Tu t’es barrée, alors que tu es demi-pensionnaire ! C’est la deuxième fois que tu fais cela ! Et qui est responsable s’il t’arrive quelque chose ?", hurle l’enseignant dès son arrivée dans la classe après le déjeuner. Face à lui, la jeune fille retient un sourire. On la retrouvera plus tard, dans le bureau de la proviseure, tête baissée, avec un sac à main pour seul cartable.

"Un pur produit de l’orientation par défaut"


Une fois la jeune fille sortie du bureau, avec un flyer pour la prochaine Nuit de l’orientation, Catherine Spitz reconnait qu’elle n’a jamais ressemblé non plus à "l’élève qu’il fallait être". "Nulle en maths", entrée en 3e avec deux ans de retard, après un détour par une 4e d’accueil, la proviseure a finalement décroché un bac G (l’ancien bac STG), et tenté la fac d’histoire, avant d’opter pour un BTS ESF (économie sociale et familiale). Ex-enseignante contractuelle "titularisée à l’ancienneté", elle se définit comme un "pur produit de l’orientation par défaut".
La proviseure assure qu’"il est toujours possible de progresser et d’atteindre un but désiré qui a pu sembler un temps complètement utopique, notamment par la formation tout au long de la vie". On comprend mieux pourquoi Catherine Spitz est intarissable sur "ces mômes" et leurs problématiques d’orientation.


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Retour au dossier Etes-vous fait pour un DIMA ? Avez-vous le profil pour une 3e prépa pro ? Reportage dans une classe de 3e DP6 (devenue 3e prépa pro à la rentrée 2012) : 10 mois pour se reconstruire Alana, en 3e DP6 : "On m’envoyait au fond en me disant que je n’arriverais à rien !" Lucas, en 3e DP6 : "Je n’avais aucune envie de rester au collège !" Reportage dans une classe de DIMA : des grands enfants en costume de pâtissier Mohamed, en DIMA : "Cela ne sert à rien que je joue maintenant et que je galère après" Mamadi, en DIMA : "Si je n’avais pas ces problèmes de dos, cela me plairait" Joris, en DIMA: "Chez moi, je fais des créations en pâtisserie"