1. Reportage dans une classe de DIMA : des grands enfants en costume de pâtissier

Reportage dans une classe de DIMA : des grands enfants en costume de pâtissier

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Vos résultats scolaires au collège ne sont pas suffisants pour poursuivre des études dans la voie générale ? Vous avez déjà un projet professionnel ? Vous souhaitez en construire un après la 4e ? Une alternative à la classe de 3e ordinaire de collège s’offre à vous : la 3e prépa pro (ex-3e DP6).

Ils ont entre 15 et 17 ans et ont quitté le collège pour intégrer l’une des deux classes de DIMA (dispositif d'initiation aux métiers en alternance) du CFA des métiers de la gastronomie dans le 19e arrondissement de Paris. Depuis la rentrée, ces préapprentis pâtissiers ou cuisiniers alternent une semaine de cours et une semaine en entreprise. La plupart ont trouvé leur voie.


"Asseyez-vous !", ordonne Madame Butel. Lorsque qu’ils arrivent en classe, les 19 garçons se tiennent debout derrière leurs chaises, jusqu’à ce que le calme s’installe. Chemise blanche marquée du logo du CEPROC (Centre européen des professions culinaires), pantalon noir, mocassins, uniforme et cheveux courts sont de rigueur pour ces préapprentis en DIMA (dispositif d’initiation aux métiers en alternance) au CFA des métiers de la gastronomie dans le 19e arrondissement de Paris.

"Nous sommes là pour en faire des professionnels"


Mis à part l’anglais, l’éducation sportive, la technologie et la pratique (cours de cuisine), Madame Butel enseigne l’ensemble des matières générales aux futurs pâtissiers ou cuisiniers. "Nous sommes là pour en faire des professionnels. C’est pour cela que nous exigeons la tenue, qu’ils doivent se mettre debout puis en rang avant et après chaque cours et que nous interdisons la cigarette, détaille l’enseignante. Tout cela est précisé au jeune et à ses parents au moment de l’entretien."

Une semaine de cours, une semaine d’entreprise


Depuis la rentrée de septembre 2011, les élèves du DIMA se partagent entre une semaine chez leur maitre d’apprentissage et une semaine de cours au CFA. Un rythme qui ne convient pas à tout le monde. Après la pause du milieu de matinée, Madame Butel demande des explications à un élève qui vient d’arriver en classe. "Je me suis levé ce matin, Madame, mais je ne suis pas venu parce qu’on n’allait pas m’accepter en cours", assène Mamadi, au fond de la classe. "Monsieur Bantou*, avez-vous bien lu le courrier qui vous a été adressé ? Pensez-vous que vous pouvez encore arriver en retard ?", interroge l’enseignante, d’un ton aussi calme qu’assuré. "Je ne l’ai pas fait exprès", tente de justifier l’élève, au milieu des ricanements et des commentaires chuchotés. Plus tard, en tête à tête, Mamadi confiera à Madame Butel les raisons de sa démotivation. Des problèmes de dos le contraignent à arrêter la cuisine et à trouver un nouveau projet. Le préapprenti est perdu. (lire le témoignage de Mamadi).

Les jeunes restent inscrits au collège


Une fois en DIMA, rien n’est irréversible, car les jeunes restent inscrits au collège où ils peuvent retourner en cours d’année. "Dans l’autre classe de DIMA, il y a eu plusieurs retours au collège. Ceux qui repartent en cours d’année sont souvent ceux qui sont arrivés ici parce que leur parents avaient envie de les y inscrire, mais pas eux. D’autres se sont inscrits en DIMA parce qu’ils aiment bien faire des gâteaux, par exemple, et découvrent les exigences de la profession", observe l’enseignante.

"Ils ne veulent pas d’un prof copain"


Ce jour de mars, Madame Butel est la seule présence féminine dans la classe. Sur les trois filles inscrites en début d’année, il n’en reste qu’une et elle est absente aujourd’hui. "Il y en a une qui s’est fait virée et une autre qui est partie", croit savoir Raphaël, l’un des préapprentis. "Même lorsqu’ils se rendent compte qu’ils se sont trompés de voie, ils ne perdent généralement pas leur temps ici, parce qu’ils ont besoin d’un cadre que nous leur donnons. Ils ne veulent pas d’un prof copain", assure l’enseignante très au clair sur son rôle.




Des jeunes en grandes difficultés, plutôt indisciplinés


Après avoir réglé les problèmes d’absences et de retards, l’enseignante fait le point sur le projet en cours. Il s’agit d’un "déjeuner presque parfait", pour lequel les préapprentis doivent rédiger un menu. L’un d’eux se fait rappeler à l’ordre pour n’avoir pas enregistré un document utile sur une clef USB. "J’enregistre avec quoi, avec mon doigt ?", ose l’adolescent. Insolence et ricanements dominent, sans entamer le calme et la fermeté de Madame Butel. "Pour dire les choses comme elles sont, parmi les jeunes que nous accueillons dans ce dispositif, nombreux sont ceux qui ont de grandes difficultés scolaires, commettent des incivilités et se montrent indisciplinés", assure Maxime Aït-Kaki, chargé de communication du CFA. Selon lui, ceci explique pourquoi certains établissements sont réticents à ouvrir des DIMA.
 

Des ex-collégiens absentéistes voire décrocheurs

Avant d’arriver en DIMA, nombre des jeunes gens étaient effectivement en situation de décrochage ou séchaient parfois les cours au collège, y compris Mohamed, désormais en tête de classe "Je regrette mon attitude au collège, où tout le monde faisait le bazar", reconnaît le jeune homme. Aujourd’hui assis au premier rang, Mohamed n’a pas l’intention de laisser passer sa chance. "Ici on nous tend vraiment la main, alors je trouve dommage que certains manquent de respect ", confie le futur pâtissier. (lire le témoignage de Mohamed)

Pas de préapprentissage avant l’âge de 15 ans

Persuadée qu’"il ne sert à rien de laisser au collège, envers et contre tout, des gens qui ne sont pas faits pour", Madame Butel regrette l’époque où le préapprentissage était beaucoup plus développé. Elle déplore l’impossibilité d’accueillir des jeunes de moins de 15 ans qui viennent frapper aux portes du CFA. Pour entrer en DIMA, il faut impérativement avoir 15 ans avant le 31 décembre de la rentrée scolaire (lire l’article : "Etes-vous fait pour un DIMA ?").

Un rien les amuse

Dans le dos de l’enseignante, à laquelle les élèves ont demandé d’écrire la correction du contrôle d’éducation civique au tableau, fusent des insultes lancées à voix basse sur un ton plus joueur qu’agressif. Pour une bonne partie de la classe, se concentrer et rester assis sur une chaise reste difficile. Comme des enfants d’école primaire, dont ils n’ont pas acquis toutes les connaissances de base, la plupart de ces futurs professionnels s’amusent d’un rien. Un mot, un interrupteur allumé ou éteint malencontreusement par un élève, un rideau trop ouvert, tout est prétexte à commentaires. "On a l’impression d’être à la maternelle", finit par lancer l’enseignante. Sans ôter son gant de velours, Madame Butel parvient à recentrer d’une main de fer la participation de ses élèves sur la correction en cours.

Comme à l’école primaire…

Après l’éducation civique, une partie de l’après-midi est consacrée à la conversion des unités de mesure, comme à l’école primaire. Et, comme à l’école primaire, leur enseignante passe la journée avec ces grands enfants en costume. "C’est le même rapport qu’une institutrice. Cela permet d’avoir un suivi plus complet", note l’enseignante, qui les connaît très bien et sait comment les prendre après 7 mois en leur compagnie. Lorsque Mamadi réussit à convertir des hectolitres en millilitres au tableau, Madame Butel lui lance, complice : "vous voyez que cela a un intérêt de venir en cours, monsieur Bantou". Avant de quitter la classe, les préapprentis observent le même rituel qu’en y entrant. On attend le calme, debout derrière sa chaise. On s’assied à nouveau lorsqu’il tarde à venir. "Au besoin on restera plus tard", prévient l’enseignante. Le temps de l’éducation ne souffre pas l’impatience. Madame Butel le prend.


*le patronyme de l’élève a été modifié



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Retour au dossier Etes-vous fait pour un DIMA ? Avez-vous le profil pour une 3e prépa pro ? Reportage dans une classe de 3e DP6 (devenue 3e prépa pro à la rentrée 2012) : 10 mois pour se reconstruire Alana, en 3e DP6 : "On m’envoyait au fond en me disant que je n’arriverais à rien !" Lucas, en 3e DP6 : "Je n’avais aucune envie de rester au collège !" Reportage dans une classe de DIMA : des grands enfants en costume de pâtissier Mohamed, en DIMA : "Cela ne sert à rien que je joue maintenant et que je galère après" Mamadi, en DIMA : "Si je n’avais pas ces problèmes de dos, cela me plairait" Joris, en DIMA: "Chez moi, je fais des créations en pâtisserie"