1. Formations en animation et jeux vidéo : les atouts de la French touch

Formations en animation et jeux vidéo : les atouts de la French touch

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Que ce soit chez DreamWorks ou chez Pixar, de l’Amérique au Japon, les diplômés des écoles françaises d’animation et de jeux vidéo ont la cote. Ce sont leur profil généraliste et leur culture artistique qui sont tout particulièrement appréciés des recruteurs du monde entier.

En conception-réalisation de films d'animation à l'école des Gobelins

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  • À l'école des Gobelins, les étudiants du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation doivent posséder un haut niveau en dessin. // © Éric Garault pour L'Étudiant
    À l'école des Gobelins, les étudiants du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation doivent posséder un haut niveau en dessin. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • À l’école des Gobelins, les étudiants sont formés aux différents logciels de création graphique, tels que After Effects, Flash, Maya, Photoshop. // © Éric Garault pour L'Étudiant
    À l’école des Gobelins, les étudiants sont formés aux différents logciels de création graphique, tels que After Effects, Flash, Maya, Photoshop. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • Aux Gobelins, chaque étudiant dispose d’un ordinateur et d’une tablette numérique fournis par l’établissement. // © Éric Garault pour L'Étudiant
    Aux Gobelins, chaque étudiant dispose d’un ordinateur et d’une tablette numérique fournis par l’établissement. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • Les diplômés du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation de l'école des Gobelins doivent être polyvalents et ainsi être compétents de la conception (décors, personnages, scénarios) à la production. // © Éric Garault pour L'Étudiant
    Les diplômés du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation de l'école des Gobelins doivent être polyvalents et ainsi être compétents de la conception (décors, personnages, scénarios) à la production. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • À l'école des Gobelins, le travail par projet est au cœur de la pédagogie et permet notamment de réaliser un film d’étude présenté dans les plus grands festivals. // © Éric Garault pour L'Étudiant
    À l'école des Gobelins, le travail par projet est au cœur de la pédagogie et permet notamment de réaliser un film d’étude présenté dans les plus grands festivals. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • À l'école des Gobelins, les étudiants du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation doivent posséder un haut niveau en dessin. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • À l’école des Gobelins, les étudiants sont formés aux différents logciels de création graphique, tels que After Effects, Flash, Maya, Photoshop. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • Aux Gobelins, chaque étudiant dispose d’un ordinateur et d’une tablette numérique fournis par l’établissement. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • Les diplômés du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation de l'école des Gobelins doivent être polyvalents et ainsi être compétents de la conception (décors, personnages, scénarios) à la production. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • À l'école des Gobelins, le travail par projet est au cœur de la pédagogie et permet notamment de réaliser un film d’étude présenté dans les plus grands festivals. // © Éric Garault pour L'Étudiant
  • Coup de crayon

    À l'école des Gobelins, les étudiants du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation doivent posséder un haut niveau en dessin.

  • Outils

    Les étudiants sont formés aux différents logciels de création graphique, tels que After Effects, Flash, Maya, Photoshop.

  • Équipement

    Chaque étudiant dispose d’un ordinateur et d’une tablette numérique fournis par l’établissement.

  • Polyvalence

    Les diplômés du cursus concepteur-réalisateur de films d'animation de l'école des Gobelins doivent être compétents de la conception (décors, personnages, scénarios) à la production.

  • Se faire connaître

    Le travail par projet est au cœur de la pédagogie et permet notamment de réaliser un film d’étude présenté dans les plus grands festivals.

undefinedReportage à l'école des Gobelins : accédez au diaporama.

De Montpellier à Hollywood, la marche était haute. Pourtant, en 2015, cinq étudiants de l’ESMA (École supérieure des métiers artistiques) de Montpellier ont eu la surprise de voir leur film de fin d’études “Sweet Cocoon” faire partie de la liste des Oscar Nominated Short Films dans la catégorie “Fortement recommandé”. C’est un petit bijou d’animation qui relate l’histoire d’une chenille si dodue qu’elle doit se faire aider par un cafard et un charançon pour rentrer dans sa chrysalide et devenir papillon. Cette distinction permet au court-métrage d’être diffusé dans plus de 400 salles de cinéma aux États-Unis.

Ce n’est pas la première fois que l’animation française est à l’honneur. En 2014, le film franco-luxembourgeois “Mr Hublot” avait remporté l’oscar du meilleur court-métrage et, en 2010, “Logorama” avait également ramené une statuette. Une bonne illustration de la qualité des formations françaises. Si les États-Unis et le Japon restent les leaders mondiaux dans les secteurs de l’animation et des jeux vidéo, les Français ont bien une carte à jouer.

La production française en croissance


Selon une étude du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) publiée en 2013, le secteur de l’animation française se porte bien. En effet, les ventes de programmes français d’animation à l’étranger ont augmenté pour la quatrième année consécutive s’élevant à 43,9 millions d’euros (+ 24,3 % en un an, 2011-2012).

En France, une centaine de studios emploient environ 5.000 personnes, d’après le rapport “Le Marché de l’animation en 2013”, du Groupe Audiens. Côté jeux vidéo : 350 entreprises font travailler 8.000 personnes dont 3.000 dans la production. “Le marché du jeu vidéo en France est la deuxième industrie culturelle après le livre”, souligne Emmanuel Martin, délégué général du SELL (Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs).

Mais il est parfois difficile de connaître la nationalité d’un jeu ou d’un film, tellement les productions sont devenues internationales. Ainsi, la société de production française Illumination Mac Guff, qui a notamment produit le célèbre film d’animation “Moi, moche et méchant”, est aujourd’hui financée par des Américains. Quant à Ubisoft, entreprise créée en 1985 par les cinq frères bretons Guillemot, elle possède 27 studios dans le monde !

Des écoles créées par les chambres de commerce


La France s’est dotée très tôt d’écoles de haut niveau. “Nous avons les meilleures formations du monde”, affirme Jacques Bled, cofondateur du studio Illumination Mac Guff. La doyenne, les Gobelins, créée par la CCI (chambre de commerce et d’industrie) de Paris en 1963, a ouvert sa filière “cinéma d’animation” en 1975 pour répondre à la demande des studios de création français, qui réalisaient alors la série de films Astérix.

Diplômé de l’école, Kristof Serrand, aujourd’hui directeur de l’animation chez DreamWorks en Californie (États-Unis), se souvient : “Pendant longtemps, c’était la seule école. À la fin des années 1980, après avoir commencé ma carrière à la Gaumont, j’ai embauché la moitié de la promotion des Gobelins chez Amblimation, le studio de Steven Spielberg à Londres !”

Treize ans plus tard, en 1988, la CCI du Grand-Hainaut à Valenciennes (59) fonde son école de cinéma d’animation, Supinfocom, pour remplacer une partie des industries locales par des entreprises tournées vers l’image, puis une deuxième école à Arles en 2000, qui prendra, début 2015, son indépendance en devenant MOPA (Motion Picture in Arles). Supinfogame, l’école du jeu vidéo, est créée, quant à elle, en 2001.

Supinfocom et Supinfogame, devenues Rubika en 2013, se taillent une belle réputation, grâce aux prix gagnés par ses étudiants lors de festivals internationaux. La notoriété est telle qu’un milliardaire indien, DS Kulkarni, achète la licence de Supinfocom et construit une réplique (avec la piscine en plus) à Pune, près de Bombay (Mumbai) en gardant les mêmes professeurs. “Avec ma femme qui dirige l’école, nous sommes allés chercher la meilleure formation”, a expliqué le magnat indien, le jour de l’inauguration.

À l’écoute des studios


Leur secret vient sans doute de leurs liens étroits avec les entreprises du secteur. Cette année, le groupe Rubika s’est installé dans de nouveaux locaux à Valenciennes, à la Serre numérique, lieu où sont concentrés entreprises, enseignement supérieur et recherche, tous dédiés au secteur de la création.

À Angoulême, la CCI a créé l’EMCA (École des métiers du cinéma d’animation) au sein de Magelis, un pôle image de la ville, qui comprend de nombreux studios. Des écoles privées ont emboîté également le pas : ISART Digital (École du jeu vidéo et de l’animation 3D), par exemple, fonde sa pédagogie sur l’alternance en entreprise, tandis que LISAA (L’Institut supérieur des arts appliqués) invite régulièrement les professionnels à la rencontre des étudiants. Dernièrement, les légendaires créateurs du jeu vidéo “Angry Birds” sont venus y faire une conférence.

Des Français “couteaux suisses”


Les Français ont la réputation de “tout savoir faire”. Un côté “couteau suisse” très apprécié ! “Les diplômés français sont des généralistes capables d’intervenir à chaque maillon de la chaîne de fabrication”, résume Jean-Baptiste Cambier, 27 ans, diplômé de Supinfocom, réalisateur d’effets spéciaux à EightVFX à Santa Monica (États-Unis). Diplômé de l’ESMA, Quentin Puiraveau, coréalisateur de Sweet Cocoon, reconnaît l’avantage de cette polyvalence : “Nous pouvions tous faire ce film aussi bien comme storyboarder que comme réalisateur ou animateur.”

Pour Audrey Chatelet, responsable du recrutement chez Ubisoft, “les Français apprennent dans les petits studios qui ont l’habitude de fonctionner avec peu de salariés, alors qu’en Amérique du Nord ou en Asie, les studios sont beaucoup plus gros et les employés plus spécialisés”.

Une culture qui a toujours la cote


Avec ses musées, ses châteaux, ses peintres, sa cuisine… Outre-Atlantique, la culture française est une force. Un avis partagé par Mathieu Cassagne, diplômé de Supinfocom et, à 38 ans, “lighting technical director” (mise en lumière des éléments 3D) chez Pixar en Californie. “Sans nous en rendre compte, nous sommes immergés dans la culture, avec un accès facile aux châteaux forts, aux musées, aux vieilles rues du Moyen Âge, que l’on peut observer au quotidien ; nous avons aiguisé notre sens de l’observation”, explique-t-il. Patrick Pligersdorffer, fondateur de Cyanide (studio de jeux vidéo) confirme : “En France, même dans les filières scientifiques, il y a des cours d’art, de littérature, d’histoire.”

Évidemment, il faut provoquer sa chance car les Américains ne n'attendent pas les Français. Ainsi, Mathieu Cassagne est arrivé au Siggraph (Séminaire américain sur l’infographie) à Los Angeles, à 29 ans, avec une démo sous le bras. Sur place, grâce à son école, il est invité au dîner organisé par les Studios DreamWorks. Des responsables regardent sa bande démo et lui font passer un entretien. Bingo ! Il est embauché aussitôt et y restera trois ans, avant d’être recruté chez Pixar. Un rêve d’enfant qui lui a permis de travailler sur l’animation des films “Là-haut” et “Toys Story 3”.

“Il est possible de faire des stages aux États-Unis, mais peu de Français peuvent s’y installer, car l’obtention de visa de séjour est complexe”, avertit Kristof Serrand, directeur de l’animation de DreamWorks. Les jeunes diplômés débutent plus souvent dans la profession à Londres. “Si un jeune a son nom au générique d’une grosse production britannique, il pourra plus facilement avoir un visa pour les États-Unis”, confirme-t-il. Mais si les expériences internationales sont un passage obligé (anglais courant exigé), le retour en France peut être une bonne option. Actuellement, la série télévisée des “Lapins crétins” est fabriquée dans les studios d’Ubisoft à Montreuil, près de Paris !

Camille, 24 ans, “concept artist” aux Blue Sky Studios, aux État-UnisCamille, 24 ans, "concept artist", aux Blue Sky Studios, à Greenwich (États-Unis)
"C'est mon style graphique qui a fait la différence"

Camille travaille pour des "blockbusters" qui feront le tour du monde. "En arrivant chez Blue Sky, ils m'ont demandé de réaliser plusieurs tests de 'character design' sur des personnages secondaires du type de ceux de 'Rio' ou 'Epic' afin d'éprouver ma capacité d'adaptation et ma créativité", explique Camille. Actuellement, elle travaille sur les couleurs de "Snoopy et les Peanuts". Elle doit trouver les ambiances (color keys) du décor. "Je travaille aussi sur ‘L'Âge de glace 5’ ; je dois trouver des concepts pour les décors... puis dessiner et créer un espace qui sera ensuite modélisé en 3D."

La brillante illustratrice a commencé par un bac L arts plastiques suivi d'un an de MANAA (mise à niveau en arts appliqués) au lycée Jeanne-d'Arc de Rouen (76). Elle enchaîne en préparant un DMA (diplôme des métiers d'arts) en deux ans à l'ESAAT (École supérieure arts appliqués et textile), à Roubaix (59), et termine ses études aux Gobelins, à Paris, d'où elle sort en 2014, avec le diplôme de concepteur-réalisateur de films d'animation. En deuxième année, elle gagne le premier prix Disney Art Challenge et fait un stage à Sony Pictures Animation (Californie). L'année suivante, Blue Sky la repère pour un stage (qui dure encore) alors qu'elle est en formation aux Gobelins. Pour Camille, c'est surtout son style de dessin très original que le studio a apprécié.


Martin, 26 ans, “game planner”, aux Studios Ninja Egg, à Tokyo (Japon)Martin, 26 ans, "game planner", aux Studios Ninja Egg, à Tokyo (Japon)
"La formation que j'ai reçue en France n'existe pas ici"

Travailler dans le jeu vidéo au pays de Super Mario, c'est un rêve que Martin a réalisé. Embauché comme "game planner" aux Studios Ninja Egg, Martin réalise des jeux sociaux sur mobiles. Il réfléchit au concept du jeu, en définit les règles, suit les plannings. Dès le départ, des responsabilités lui sont confiées et il travaille sur Nisekoi Magi Kore, un jeu de cartes, tiré du manga Nisekoi (édité par Shonen Jump). Actuellement, il vient de sortir Crazy Colors, un mini-jeu gratuit de rythmes sur iOS/Android, faisant appel à la dextérité et l'endurance du joueur.

"J'ai pu me spécialiser dans la conception de systèmes de jeu grâce à ma formation, car beaucoup de "planner-designers" japonais ont suivi un cursus n'ayant rien à voir avec le jeu vidéo", explique-t-il. Sa venue au Japon, il la doit à son école, ISART Digital, qui possède un partenariat avec le NCC (Niigata Computer College). Après dix-huit mois de cours de japonais et la réussite à l'examen JLPT2 (Japan Language Proficiency Test niveau 2), il a trouvé un emploi sur place. Selon lui, les Japonais apprécient la culture française. "Nos écoles ne sont pas connues, mais la France est très appréciée des Japonais, donc en général nous sommes bien considérés", conclut-il. Martin fait même partie d'une troupe d'Awa Odori, une danse traditionnelle japonaise.


DIAPORAMA

LA FORMATION EN CONCEPTION-RÉALISATION DE FILMS D'ANIMATION AUX GOBELINS