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Décryptage

Mixité sociale : la Fondation culture et diversité à l’assaut des écoles d’art

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Depuis plus de dix ans, la Fondation culture et diversité aide les élèves boursiers à intégrer les formations d’art. // © Pixel-Shot / Adobe Stock
Depuis plus de dix ans, la Fondation culture et diversité aide les élèves boursiers à intégrer les formations d’art. // © Pixel-Shot / Adobe Stock

#OUVERTURESOCIALE. Préparation aux concours des grandes écoles d'art, bourses, facilités d’accès au logement, tutorats entre étudiants et lycéens… La Fondation culture et diversité épaule les élèves boursiers qui souhaitent intégrer ces formations sélectives. L’objectif : favoriser la mixité sociale et permettre au plus grand nombre un égal accès aux repères culturels et aux pratiques artistiques.

Pour ce jeune peintre et graveur qui se destinait aux études d’art, tout s’est joué dès la terminale, il y a huit ans. "La Fondation culture et diversité faisait une intervention dans mon lycée pour faire connaitre son programme d’intégration aux grandes écoles. J’ai candidaté dans la foulée", se souvient Alex, 27 ans.

Sélectionné sur dossier de motivation, il a pu participer à un stage "égalité des chances". Ce qui lui a permis de préparer, au sein d’une école d’art, les concours d’accès à ces formations très sélectives. Mission accomplie. Alex est aujourd’hui diplômé de l’École nationale supérieure d’art de Bourges (18) et de l'École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, option gravure.

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Faire connaître les écoles d'art au plus grand nombre

Programmes d’intégration aux grandes écoles, bourses, facilités d’accès au logement, tutorats entre étudiants et lycéens… La Fondation culture et diversité, créée en 2006 par Marc Ladreit de Lacharrière et qui appartient à la société Fimalac, épaule les élèves boursiers qui souhaitent intégrer les formations d’art. L’objectif : favoriser la mixité sociale et permettre au plus grand nombre un égal accès aux repères culturels et aux pratiques artistiques.

"Notre société a besoin de diversité dans nos créateurs, dans nos artistes. Ces écoles et métiers ont besoin de ces jeunes qui s’auto-censurent parfois et connaissent mal ces formations", estime Eléonore de Lacharrière, déléguée générale de la fondation. Les faire connaître mieux auprès des lycéens, c'est l'un des enjeux de l'institution.

"Des élèves peuvent penser que ce sont des écoles pour des saltimbanques alors que les taux d’insertion professionnelle sont très bons ou estimer à tort que le milieu artistique et culturel n’est pas fait pour eux parce qu'ils sont issus d'un milieu modeste. D'autres peuvent se dire 'génial, je vais devenir comédien, gagner beaucoup d’argent et passer à la télé' et il s'agit là également d'un cliché", reprend Eléonore de Lacharrière.

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Tout doit être gratuit et simple pour les élèves

La fondation affiche une soixantaine de grandes écoles partenaires, dont la Fémis, l’École nationale supérieure Louis Lumière, l’Institut national des chartes, l’École du Louvre, des écoles d’art dramatiques ou d’art et de design, des écoles d’architecture, d’arts appliqués, l’Institut français de la mode… Le taux de réussite aux concours des élèves qu'elle accompagne avoisine les 45%, et grimpe jusqu’à 60% pour les écoles d’architecture.

Tout doit être gratuit et simple pour les élèves, y compris pendant les stages. La fondation prend en charge les frais d’inscription et de déplacement. "Nous prenons les billets de train et allons chercher les élèves à la gare. Nous nous occupons de l’hébergement ou du recrutement des directeurs de stage, précise Eléonore de Lacharrière. Les élèves doivent être hyper cocoonés. Beaucoup n’ont jamais pris le train ou ne sont jamais partis de chez eux ni venus à Paris. Et d’un coup, ils éprouvent l’émotion de se retrouver à l’école du Louvre ou à la Fémis".

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Un soutien qui se prolonge pendant et après les études

Une fois qu'ils sont admis dans ces formations, les étudiants ne sont pas livrés à eux-mêmes. La Fondation culture et diversité attribue des bourses d’études, de mobilité internationale ou de matériel. Des places de logements sont réservés à ces étudiants en Ile-de-France. Un appui qui peut s'avérer vital. "Les lycéens nous disent que s’ils ne savaient pas que la fondation continue de les soutenir pendant les études, ils ne tenteraient même pas les concours. Ces écoles exigeantes ne permettent pas de travailler à côté et nécessitent notamment des achats de matériel", précise Eléonore de Lacharrière.

Les élèves qui en ont besoin se voient offrir également des cours de soutien. Les étudiants en première année d'architecture peuvent compter sur l'appui de tuteurs. Tous bénéficient d'avantages pour avoir accès aux musées par exemple, tout au long de l'année. Et le soutien se poursuit après les études.

Alex, le jeune peintre et graveur, a été le premier lauréat en 2018 de la résidence de création développée par la Fondation culture et diversité. Pendant quatre mois, il a bénéficié d’un atelier-logement au sein de la Cité internationale des arts, d’un accompagnement à la création, d’une bourse de vie et d’une bourse de production. Il a présenté son travail lors d’une exposition.

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"Nous sommes fiers de la diversité sociale de nos étudiants !"

"Je ne dis pas qu’il est facile de trouver 6.000 € par an pour s'acquitter de frais d'inscription quand on est en difficulté mais beaucoup d’étudiants travaillent à côté ou font des prêts. Par ailleurs, on a mis en place un échelonnement du paiement sur toute l’année. Une commission de solidarité accompagne les étudiants en difficulté", explique Severine Nomdedeu, directrice de l'École Supérieure de Design de Troyes (10) du groupe YSchools. Elle explique également que les étudiants boursiers à un échelon élevé voient presque l’intégralité de leurs frais de scolarité pris en charge. L'école, habilitée à en recevoir, recense 30% de boursiers parmi ses élèves.

La solidarité familiale joue aussi, renchérit Dominique Beccaria, la directrice générale de l’École de Condé, l’un des principaux établissements supérieurs privés d’enseignement du design, de l’image et du patrimoine en France. "Beaucoup d’étudiants me disent que leurs grands-parents payent leur scolarité. (…) Toute une série de solutions permettent aux étudiants issus de milieux dont les possibilités financières sont peu élevées d’intégrer l’établissement. Nous ne sommes pas une école socialement élitiste. Mais vraiment pas du tout. La diversité sociale de nos étudiants est notre fierté. On ne sélectionne pas sur une certaine culture générale mais on recherche chez l’étudiant une sensibilité, une volonté, une détermination."