Comment les étudiants financent leur école de commerce ?

Par Jamal Henni, publié le 22 Janvier 2020
6 min

Les familles, mêmes aisées, ont de plus en plus de mal à supporter seules des frais de scolarité de plus en plus élevés pratiqués par les business schools. À côté des emprunts bancaires et des petits boulots, les étudiants trouvent de nombreuses solutions et astuces pour réduire la facture.

"Mon père a lui aussi fait une école de commerce. Mais quand je lui ai annoncé le prix des études à l’ESSEC Business School, il a eu un petit choc. Car le montant avait doublé en une quinzaine d’années."

À l’image d’Adrien, les étudiants en école de commerce sont confrontés à des dépenses de plus en plus élevées. D’autant qu’aux frais de scolarité proprement dits s’ajoutent des coûts annexes, pas forcément prévus au départ : logement, séjours à l’étranger, projets au sein du cursus… "J’ai fait une mission humanitaire en Afrique du Sud et une modélisation des Nations Unies à New York, qui ont coûté environ 2.000 € chacune", explique Adrien. Victor, étudiant à l’EDC, a lui suivi des cours à Berkeley, un échange qui lui a coûté 2.000 à 3.000 €.

Des frais partagés entre parents et enfant

Tout compte fait, il est de plus en plus rare que les familles – même aisées – financent l’intégralité des études de leur progéniture. Tous ceux que nous avons interrogés ont recouru à un panachage de solutions, comprenant aussi un prêt étudiant, des petits boulots ou un apprentissage. Dans plusieurs cas, les parents ont payé les premières années, puis laissé leurs enfants financer la suite.

Certains ont même mis un point d’honneur à refuser l’argent de leurs parents, comme Tanguy, étudiant à Skema Business School : "Ils ont proposé de financer mes études, comme ils l’avaient fait pour mon frère aîné, mais j’ai répondu que c’était hors de question. Je ne veux devoir mon diplôme qu’à moi-même. Un étudiant qui paye lui-même son école a plus conscience de la valeur des choses, et est plus motivé."

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Un coût élevé et responsabilisant

Même choix pour Hortense, étudiante à l’IESEG School of Management : "C’est mon choix de faire des études chères, donc j’assume. Cela me responsabilise, je suis assidue aux cours, et j’ai les meilleures notes. Tandis que ceux dont les frais de scolarité sont payés par les parents travaillent moins".

Mais Romain, diplômé de l'ESC Clermont BS, n’est pas d’accord : "Bien que mes parents aient réglé mes frais de scolarité, j’étais quand même très motivé, parce que j’avais un vrai objectif professionnel".

Et même quand la famille paye la note, ce n’est pas les yeux fermés. "Je voulais faire des études aux États-Unis, mais les frais de scolarité étaient énormes : 200.000 dollars pour quatre ans. Mes parents m’ont dit être d’accord pour payer, mais à condition que j’ai de bonnes notes", se souvient Nicolas, diplômé de l’université de Boston puis de l’ESSEC Business School. "Si j’avais redoublé une année à l’EDHEC, alors j’aurais dû la payer moi-même. Cela m’a clairement motivé", raconte Maxime.

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Comment réduire la facture ?

Pour réduire la note, beaucoup choisissent, après le bac, de faire un DUT puis d’intégrer une école de commerce via les admissions parallèles (le concours Passerelle ou Tremplin). "C’est la voie la plus rentable, et cela permet d’accéder aux mêmes écoles de commerce, sauf celles du Top 5", explique Myriam, étudiante à Rennes School of Business. "Cela revient au même que de faire une école de commerce post-bac", abonde Arthur, actuellement à l’INSEEC.

Mais d’autres écartent cette option. "J’avais besoin d’un certain encadrement que n’offrait pas la fac", admet Morgane, étudiante à PSB. "Le concours Passerelle est difficile. J’ai donc préféré jouer la sécurité, vu que j’avais été pris dans des écoles post-bac", explique Victor, élève à l’EDC.

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Des prêts et des aides sont possibles

Les étudiants trouvent moult autres solutions plus ou moins ingénieuses pour financer leurs études. Farida, diplômée de Skema Business School, a choisi pour son année à l’étranger la destination la moins chère – la Chine – et a donné des cours particuliers d’anglais sur place. Maxime a fait financer par l’EDHEC à hauteur de 10.000 € un projet de micro-crédit à travers le monde, et a ainsi récupéré une partie de ses frais de scolarité.

Enfin, Arthur a contracté un prêt étudiant de 50.000 € sur dix ans –le montant maximum qu’il pouvait emprunter–, soit bien plus que ce dont il a besoin pour ses études. Sur cette somme, il a réinvesti 20.000 € dans l’immobilier, ce qui lui rapporte 6% l’an, soit plus que le taux de son prêt étudiant. "Je gagne donc un peu d’argent grâce à la différence de taux d’intérêt", explique-t-il.

Les étudiants interrogés restent partagés sur le coût de leurs études mais relativisent : "Les écoles de commerce ont toujours été payantes, et restent bien moins chères que dans certains pays étrangers, comme les États-Unis", philosophe Alexandra, diplômée de l’EIML.

NB : certains prénoms ont été modifiés

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