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Concours d’éloquence : futurs managers, découvrez les bienfaits d'une cure d'oral

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Les élèves ingénieurs de l'UTC (Université technologique de Compiègne) profitent d'une formation à la prise de parole dans le cadre du concours Fleurs d'éloquence, organisé par Sorbonne Universités. // © Céline Rabaud-service culturel
Les élèves ingénieurs de l'UTC (Université technologique de Compiègne) profitent d'une formation à la prise de parole dans le cadre du concours Fleurs d'éloquence, organisé par Sorbonne Universités. // © Céline Rabaud-service culturel

Apprendre à construire sa pensée, défendre son point de vue, mais aussi poser sa voix et capter la bienveillance de son auditoire. Les concours d’éloquence, longtemps réservés aux étudiants en droit, ont franchi ces dernières années les portes des écoles de commerce et d’ingénieurs.

Plus de 271.000 vues sur YouTube en 2017. Comme chaque année, la finale du concours d’éloquence d’HEC a fait un carton. Parmi les étudiants amateurs de joutes oratoires, l'événement est une référence. Au même titre d'ailleurs que le Prix Mirabeau qui réunit des étudiants de 10 IEP (instituts d'études politiques).

C’est en regardant l’une de ses retransmissions que Thibaud, élève de master 1 à l'ICN Business School et président de l'association City'Zen, séduit par cette “recherche de la maîtrise du langage”, a eu envie de lancer son propre concours. Objectif : “démocratiser cette pratique parfois un peu élitiste”.

Opération réussie ! En novembre 2017, la première édition, ouverte aux étudiants du Grand Nancy, a attiré "40 candidats, dont 7 sélectionnés pour la finale". “Vivons-nous une crise démocratique ?” “L'identité : nouveau thème politique ?”, “Le régionalisme : tendance du XXIe siècle ?”… L'association de Thibaud avait volontairement opté pour des sujets corsés, qui "forcent à s'engager". Les participants disposaient de deux jours de préparation lors des pré-sélections et d'un seul jour au moment de la finale. Un discours défendu devant un jury composé d’hommes politiques, d’enseignants, d’étudiants ou de professionnels.

Lire aussi : Oraux : les conseils des champions de l'éloquence

Cette initiative n'est pas isolée… De Skema, à l'ICN, en passant par Kedge, l’EDC ou La Rochelle BS, les concours d’éloquence, longtemps cantonnés aux facultés de droit ou aux IEP, ont franchi ces dernières années les portes des grandes écoles de management et d’ingénieurs (Efrei, UTC…), jusqu’à devenir un véritable phénomène.

L'aisance à l'oral, une compétence indispensable aujourd'hui

Les raisons de cet engouement ? La mode du pitch ou des concours comme “Ma thèse en 180 secondes”, le succès du documentaire “À voix haute”, qui retrace l’histoire d'Eloquentia, un programme d'expression public né à l'université de Saint-Denis (93), et plus largement, une prise de conscience “dans cette société où l’email est devenu omniprésent de l’aspect essentiel de la communication, qui le complète, le précise, l'humanise…”, analyse Bertrand Périer, avocat et enseignant à l’académie d’art oratoire d’HEC.

“Depuis qu’on est petit, on a peur d’aller au tableau, de prendre la parole. C’est très français. Même en prépa, où l’on apprend beaucoup de choses utiles, c’est un peu laissé de côté, alors que c’est tellement important de bien savoir parler !”, se désole Jules, étudiant en première année à Kedge Bordeaux, et président du Forum Event, qui organise les débats et le concours d’éloquence de l’école de management.

Des cours pour se préparer

Selon les établissements, le sujet du concours est donné plus ou moins longtemps à l’avance. Les candidats passent les uns après les autres ou s’affrontent sous forme de joute oratoire, – un “pour”, un “contre”. Le ton est plus ou moins léger, mais le but est identique : persuader, convaincre, séduire le jury et l’auditoire, réuni dans un amphithéâtre surchauffé, grâce à une argumentation solide et des qualités d’interprétation. Un art qui ne s'improvise pas !

Océane, étudiante au sein du Bachelor Business de La Rochelle Business School, a remporté le Public Speaking Challenge 2017 de l'école. // © Sup de Co La Rochelle
Océane, étudiante au sein du Bachelor Business de La Rochelle Business School, a remporté le Public Speaking Challenge 2017 de l'école. // © Sup de Co La Rochelle

C’est bien pour cela que le concours est souvent l’aboutissement d’un travail de formation de plusieurs mois. “Art oratoire”, “communication orale”, “prise de parole en public”… Dans certains établissements, comme La Rochelle BS, l’EDC ou l’Efrei, la formation concoctée par l'école, qui allie théorie et pratique, est obligatoire pour tous les étudiants d'une promo. Un moyen intéressant, estime Raphaëlle, en licence 3 à l'Efrei et lauréate de son concours 2017, "d’inciter tout le monde à s’impliquer". "Sans cela, je ne suis pas sûre que j’aurais participé”, reconnaît-elle.

Guillaume, étudiant en quatrième année à l’UTC (Université de Technologie de Compiègne) et gagnant 2015 du concours Fleurs d’éloquence organisé par Sorbonne Universités, a pu profiter de la formation très complète proposée dans ce cadre à 150 étudiants. “J’ai appris à construire un discours, trouver des arguments très rapidement et à les organiser. Mais aussi des techniques très concrètes pour apprendre à gérer son stress, comme respirer ou prendre le temps de capter la bienveillance de son auditoire avant de commencer à parler”, explique-t-il.

Ailleurs, ce sont les étudiants, souvent avec le soutien de leur école, qui montent leur propre programme. À Kedge, séduits par “À voix haute”, Sarah et Jules ont acquis la certification “Eloquentia” dans le cadre de leur association Forum Event. Chaque samedi, ils proposent – en prévision du concours qui se déroule en mars – des masterclasses avec des professionnels. “On a reçu un slammer bordelais, une metteure en scène, le directeur de l’École d’art oratoire de Bordeaux… Les retours sont très positifs, on apprend, mais en s’amusant !”, commente Sarah, coprésidente de l’association.

Des progrès rapides et une confiance en soi qui s'affermit

Autant d’exercices qui permettent, si on s’investit vraiment et si on accepte de se jeter à l’eau, de progresser rapidement. “Au fil des répétitions, les participants acquièrent du vocabulaire, apprennent à mettre en avant leurs convictions et gagnent en confiance en soi”, se félicite Thibaut.

Raphaëlle, en sait quelque chose : “Plus que le 1er prix, c'est le fait de savoir que les gens m'écoutaient et que je pouvais les convaincre sur un sujet pas forcément accessible à tous – le féminisme – devant un public à 90 % masculin qui m'a plu !”, témoigne la future ingénieure. Depuis le concours, Raphaëlle prend plus facilement la parole, mais s’est aussi plus investie dans les associations de son école.

Entreprises cherchent étudiants sachant communiquer

L'expérience est précieuse quand il s’agit de faire des présentations orales en cours, de débattre avec ses amis, mais aussi de se faire recruter ou d’évoluer dans le cadre d’un stage ou d’un premier emploi. “Ce sont des étudiants qui arriveront mieux armés à un entretien d'embauche”, remarque Juliette Dross, maître de conférence à Sorbonne Universités, responsable de Fleurs d’éloquence. Au-delà des compétences techniques, ce sont aujourd’hui les compétences humaines – “soft skills” en anglais – qui font la différence au moment de recruter un stagiaire ou un jeune diplômé. Et la communication est régulièrement citée parmi les plus recherchées.

Océane, en deuxième année du Bachelor Business de La Rochelle BS, lauréate du Public Speaking Challenge 2017, confirme : “L’expérience du concours d’éloquence m’a aidée à décrocher mon stage actuel dans une entreprise de location de bateaux, et m’est utile tous les jours, lorsque je dois faire des points avec mes managers ou prendre la parole en réunion. Quand on est étudiant ou jeune diplômé, c’est difficile d’être force de proposition.”

Présentation devant des collègues ou des clients, animation d’une réunion, brief avec un responsable ou simple travail d’équipe, les bases de la rhétorique et les réflexes appris à l’occasion des concours d’éloquence sont de sérieux atouts pour se sentir à l'aise en entreprise. “Les techniques de respiration que j’ai apprises sont utiles au moment du concours, devant un amphi de 100 personnes, mais aussi pour une réunion de 30 personnes”, confirme Guillaume. Prêt(e) à vous lancer ?