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Reportage

Oraux des écoles de commerce : dans la peau d'un admisseur à Neoma Rouen

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A Neoma Rouen, l'accueil admissibles repose sur une soixantaine d'admisseurs. // © Cécile Peltier
A Neoma Rouen, l'accueil admissibles repose sur une soixantaine d'admisseurs. // © Cécile Peltier

Élèves de prépa, les concours d'entrée des écoles de management touchant à leur fin, vous devrez saisir vos vœux sur le Sigem les 17 et 18 juillet. Outre les classements, la qualité de l'accueil lors des oraux est selon vos témoignages un critère important. Une dimension que les écoles soignent particulièrement. Reportage sur le campus de Neoma, à Rouen.

Le 27 juin 2018, le soleil est au zénith sur le campus rouennais de Neoma Business School. Dans cette école, née de la fusion des écoles supérieures de commerce de Reims et de Rouen, l’accueil des 1.451 admissibles au concours Ecricome est un moment fort de l’année. "C’est l’épreuve de vérité. On met nos plus beaux apparats même si, au final, le budget global reste assez frugal", résume Sylvie Jean, la directrice du programme grande école.

Sur la pelouse vert tendre qui s’étale autour du bâtiment principal, Alice et Élisée, en tee-shirt bleu et violet aux couleurs de la "Family" (le slogan de l'école), passent entre les candidats aux oraux et les élèves "admisseurs", en grande discussion sur les salons de jardin. Elles s’assurent discrètement que chacun est à son poste. Les deux étudiantes en deuxième année du programme grande école font partie de la poignée d'encadrants, chargés de manager la soixantaine d’admisseurs. Tous ont été triés sur le volet et formés.

Dans le cadre du parcours "entrepreneuriat et associations", Élisée et Alice ont appris la gestion de projet. // © Cécile Peltier
Dans le cadre du parcours "entrepreneuriat et associations", Élisée et Alice ont appris la gestion de projet. // © Cécile Peltier

Ainsi, l'école a choisi comme managers beaucoup d’étudiants du parcours entrepreneuriat associatif. Ces élèves, qui consacrent tous leurs après-midis aux activités associatives ou leur start-up, sont rodés à la gestion de projet. “Nous connaissons parfaitement l’école dans le cadre de nos activités associatives, nous savons gérer un budget, manager… : des compétences très professionnalisantes que nous essayons de mettre en avant pendant l’admissibilité", explique Élisée. Une expérience très formatrice, selon Arthur : "On est considéré comme de vrais managers par l'école sachant que l'on est en contact direct permanent avec la direction et l'administration".

Les choisir est également pour Neoma le meilleur moyen de faire découvrir aux candidats ce parcours innovant et les 50 associations qui rythment la vie du campus. De la solidarité, en passant par le club finance ou le Challenge Ecricome, il y en a pour tous les goûts.

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Au-delà des classements, l'ambiance peut jouer

En tant que responsable admissibles, Alice a participé dès l’automne à la préparation et à la sélection des admisseurs. "On a mené les entretiens assez tôt afin d’avoir le temps d’organiser une formation et un vrai team building", précise-t-elle. Les entretiens sont l’occasion de tester le "sens des responsabilités des candidats", à travers des mises en situation. Avec deux mots d’ordre : "convivialité" et "spontanéité". "On ne joue pas un rôle. L’objectif est de faire passer aux candidats un bon moment et de leur donner envie de venir dans notre école", relève Alice. Ce qui n'empêche pas un discours bien cadré et un enthousiasme de rigueur.

Même si en tant qu’ancienne candidate l'étudiante connaît la puissance du classement Sigem, l'ambiance de l'école, testée au moment de l’oral, peut conforter ou non le choix d’un admissible. D’où la nécessité de faire attention à tous, y compris ceux qui n’ont pas l’intention de choisir Neoma. "Hier, j’ai discuté avec un candidat qui pensait cuber et qui finalement hésite à choisir Neoma", raconte Élisée.

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Réveil musculaire et escape game

Tous les matins, la journée démarre vers 7 h 15. Les admisseurs viennent frapper à la porte des appartements afin de vérifier que les candidats sont bien réveillés. Et après un petit-déjeuner offert par l’école, vers 8 h 30, c’est le "réveil musculaire". Une séance de relaxation toute en dérision pour se détendre avant les oraux, sur fond de musique péchue. "On leur dit : "Vous allez serrer la main en entrant dans la salle d'entretien, alors il faut lever la main"", décrit Élisée, geste à l'appui.

Tout au long de la journée, les admisseurs sont aux petits soins pour les candidats. "On leur parle, on les accompagne dans les couloirs. Certains discutent, d’autres préfèrent rester dans leur bulle. Et à la sortie, on leur demande comment cela s’est passé. Cela les rassure de savoir qu’on est là", estime Élisée.

Blind tests, Time's up… Entre deux épreuves, les admisseurs proposent une large batterie d’animations. À l’entrée du hall, un caricaturiste croque des portraits drôlatiques des candidats qui ont le cœur à rigoler. Ceux qui le souhaitent peuvent s’initier à l’histoire locale en participant au jeu de rôle dans le donjon où a été enfermée Jeanne d’Arc. "L’année dernière, on avait organisé l’escape game à l’école, cette année, c’est dans une vraie salle. Les décors sont super réalistes : on doit trouver un code, il y a des trappes qui s’ouvrent…", se réjouit Élisée.

Et histoire de convaincre les derniers rétifs des beautés de la région, un bus emmène une fois par jour les candidats jusqu’aux falaises d’Étretat. "Une admissible m’a dit : 'La Normandie, c’est magnifique, je me croirais sur les calanques de Marseille'", raconte Élisée. Elle-même, venue de Paris, appréhendait un peu le côté "ville industrielle" de Rouen. Aujourd’hui, elle est conquise : "C’est une ville à taille humaine, avec tout ce qu’il faut dans un rayon de 15 minutes."

Des visites guidées du campus

Aux commandes de sa “Rosalie”, Laurie, admisseuse, organise des visites guidée du campus. "Ici, c'est l’auditorium, qui accueille les événements. Là, c’est le bâtiment de l’Institut Confucius, si tu veux commencer le chinois. Et là, le service "carrière", si tu as besoin de conseils pour un stage, un contrat en alternance", explique-t-elle à sa passagère, Ludivine, une jeune Nantaise. L'attelage passe ensuite devant le poulailler, dont les occupantes mangent les frelons asiatiques qui menaçaient les ruches de l’association apiculture de l'école, puis devant le "Château", un joli manoir de briques rouges.

Au volant de la Rosalie, Laurie (ici, devant le Château) offre aux admissibles une visite guidée du campus. // © Cécile Peltier
Au volant de la Rosalie, Laurie (ici, devant le Château) offre aux admissibles une visite guidée du campus. // © Cécile Peltier

Pendant ce temps, à l’entrée du hall, Corentin et ses camarades de l'équipe "accueil", reçoivent les candidats chargés de lourdes valises et leur remettent le traditionnel "welcome pack", rempli de goodies aux couleurs de l’école. Ils téléphonent également aux candidats des prochains jours, histoire de s’assurer qu’ils ont un lit en résidence étudiante ou en colocation chez un étudiant de l’école.

Assises devant un match de Wii, Andrea et Widad, venues de Paris, attendent de passer leurs oraux. Ce matin, elles se sont baladées un peu dans le quartier et fait un tour de Rosalie : "L’ambiance est super conviviale, j’adore le campus", confie Widad qui dormira ce soir chez l’étudiante qui est venue la chercher à la gare ce matin.

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Au déjeuner : jeux, imitations, quiz…

Vers midi, admisseurs et admissibles se pressent au déjeuner. Selon le temps dont ils disposent, c’est un lunch rapide à la cafét' ou un repas classique à la cantine, suivi de l’incontournable "amphi de bienvenue". Au programme, une présentation du programme grande école. "La prépa vous a apporté 10 % d'excellence, l’école va vous apporter les 90 % d'expérimentation et de mise en pratique restants", résume sa directrice, Sylvie Jean. Au rayon nouveautés : un nouveau cours "humanités et management" élaboré avec des professeurs de prépa pour amortir le choc du passage prépa-école et un cycle de conférences dispensé par des grands noms, comme le président de l’école, Michel- Édouard Leclerc ou Emmanuel Faber, le patron de Danone.

Puis c’est au tour des admisseurs qui se mettent à taper sur les tables alors que démarre une vidéo spéciale admissibles, avec des questions à choix multiples, dans le style "le livre dont tu es le héros". "On a essayé d’innover, d’être plus interactifs avec le public", précise Alice. Au programme encore : des jeux, des imitations, un quiz où l’on apprend par exemple "qu’un tiers des couples de Neoma finissent par se marier et ont en moyenne 2,4 enfants"…

48 heures avant les oraux, les admisseurs du pôle communication appellent systématiquement tous les candidats afin de régler les derniers détails pratiques de leur venue. // © Cécile Peltier
48 heures avant les oraux, les admisseurs du pôle communication appellent systématiquement tous les candidats afin de régler les derniers détails pratiques de leur venue. // © Cécile Peltier

Pour terminer, les admisseurs appellent à la tribune un des leurs déguisé en admissible qui entame la chorégraphie et la chanson officielle de l’école – "hé, hé, oh, oh admissible, c’est toi qui passes les oraux…" sur fond de "Volare", le tube des Gipsy Kings, jetant le trouble parmi les candidats.

"Notre vie a changé du tout au tout"

Et ce n’est pas terminé. Ce soir, à l’heure de l’apéro, les admisseurs ont prévu un concert accompagné de produits du terroir, avant le dîner-spectacle. Placé sous le patronage de Fanfan, la cuisinière de l’école, c’est un moment-phare. À partir de 19 h, tout le monde se retrouve à la cantine : "C’est là qu’on peut vraiment montrer l’ambiance de l’école", précise Alice.

Les admissibles mangent dès lors qu'ils ont interprété la chanson sur un thème donné, face à jury d’admisseurs. Puis, s’enchaînent des jeux d’improvisation et toutes sortes de sketchs.

Difficile de croire que les candidats de prépa timides et endimanchés deviendront l’année prochaine ces staffers, fans de leur école, galvanisés par leur mission. Alice, elle, a compris pourquoi une telle métamorphose : "En entrant en école, notre vie a changé du tout au tout. Jamais je n’aurais pensé vivre autant d’événements aussi forts en deux ans : on organise le bureau des arts, le challenge Ecricome, le week-end d’intégration.." C'est là que la vie d'étudiant commence…

"Vis ma vie de directrice"
Pour les écoles de commerce, l’opération séduction commence bien avant les concours, dans les classes prépa. Le 27 juin 2018, une classe de première année de prépa économique et commerciale du lycée Marie-de-Champagne à Troyes (Aube) passait la journée avec Sylvie Jean, la directrice du programme grande école.
À l’origine de la rencontre ? Un défi lancé par celle-ci lors de sa visite dans l’établissement invitant les élèves à organiser des projets surprenants, en lien avec "les valeurs de l'école". Juliette et ses camarades ont écrit à Emmanuel Macron pour l’inviter à une dégustation de champagne à Neoma, tandis que leurs camarades ont imaginé un défi sportif et culturel. Et même si aucun de ces deux projets n’a vu le jour, ils ont bien plu à l'école, où ils seront peut-être admissibles l'année prochaine…