Ecoles de commerce : face aux soupçons de fraude, les organisateurs du concours BCE n’envisagent pas de reprogrammer les écrits

Par Agnès Millet, publié le 02 Juin 2022
5 min

De nombreux cas de triche auraient été signalés lors des épreuves écrites du concours de la BCE qui donnent accès aux écoles de management.

Non-vérification de l'identité du candidat, utilisation massive des téléphones, sac sur les tables, surveillants qui discutent ou qui lisent, non-ramassage des brouillons vierges permettant leur réutilisation ou encore candidats qui continuent à écrire après la fin : autant de dysfonctionnements rapportés par des candidats, lors des écrits de la session 2022 de la BCE (banque commune d'épreuves). C'est l'APHEC (association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales) qui rapporte ainsi, le 1er juin, des témoignages collectés par des professeurs.

Du 4 au 13 mai avaient lieu les épreuves écrites de la BCE, un concours permettant l'accès à 19 écoles de management post-prépa dont HEC ou l'Essec et rassemblant 9.616 candidats pour 5.540 places. Un concours où la pression est forte pour les élèves, qui se préparent depuis deux ans en classe préparatoire économique.

L'association évoque des suspicions "de dérives inadmissibles" si elles étaient avérées, atteignant un niveau mettant "en péril la crédibilité" de la filière. Elles concerneraient une quinzaine de centre d’examens, sur la soixantaine mobilisée en 2022. L'APHEC demande à la direction des admissions et concours de la chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCI), qui organise le concours, de "faire la lumière sur les faits rapportés par plusieurs dizaines de candidats" et "de prendre les mesures radicales et urgentes en vue d'une sécurisation de la session 2023".

Estimant qu'il faut apporter "une garantie républicaine d'égalité", elle écrit qu'il "n'est pas possible de continuer sur le même mode de fonctionnement".

Le concours de la BCE confirme des cas de fraudes isolés

De son côté, la BCE réfute catégoriquement certaines accusations, comme la non-vérification des candidats et précise que "les chefs de centre qu'elle a interrogés rejettent les allégations relayées par certains médias et leur réseaux sociaux." La banque commune d'épreuves confirme, en revanche, quelques cas de fraude ou de suspicions de fraude, comme les autres années, mais, dément le scénario d'une fraude massive.

Selon elle, "des investigations sont d’ores et déjà mises en œuvre afin de faire toute la lumière sur la réalité des allégations" et d' "entreprendre toute action visant à maintenir la réputation du concours".

Pas de reprogrammation des épreuves

Contacté par l'Etudiant, Christian Chenel, directeur de la direction des admissions et concours de la CCI, indique trouver "très surprenant" que les accusations surviennent plus de deux semaines après les écrits et dénonce une action orchestrée contre le concours. "Nous utilisons les mêmes centres d'examens que les autres concours post-prépa, comme Ecricome. Pourquoi n'y aurait-il que la BCE de concernée par ces dysfonctionnements ? Il s'agit clairement d'attaques visant à dénigrer la BCE", clame-t-il.

La direction des admissions et concours dialoguera avec l'APHEC sur les résultats des investigations. Une chose est sûre : "Les épreuves ne seront pas reprogrammées. Il faudrait faire repasser les huit jours d'écrits, alors qu'aucun incident n'a été relevé, aucune plainte déposée. Si jamais certains ont pu utiliser leur portable et qu'il y a eu fraude massive, cela reste à prouver".

Mais le directeur prend "tout cela très au sérieux" : "Nous ferons ce qu'il faudra pour tirer les choses au clair et adapter le dispositif l'an prochain. Par exemple, il est interdit de fouiller les élèves ou d'utiliser des brouilleurs de téléphone mais, s'il faut en arriver là, nous reposerons la question aux autorités", ajoute-il.

Des incidents déjà survenus en 2020 et 2021 pour le concours BCE

Ce n'est pas la première année que l'organisation de la BCE rencontre des difficultés. En 2020, la fuite du sujet de maths HEC avait posé bien des questions et l'annulation de l'épreuve avait été, un temps, envisagé. À la suite de ce problème, l'ADMCP (association de défense de la méritocratie en classe préparatoire) avait demandé la transmission du rapport d'audit. Selon elle, celui-ci conclut à l'inaptitude de la direction des admissions et concours à organiser le concours.

L'ADMCP évoque ainsi "plusieurs années de dysfonctionnements à répétition" et "un saccage" du concours. En 2021, un nouveau problème avait provoqué, cette fois, la reprogrammation d'une épreuve à cause d'une autre fuite d'un sujet dans un média spécialisé que la direction des admissions et concours a, par la suite, assigné en justice.

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