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Enquête

L’explosion des coûts des écoles de commerce

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Jusqu'à +30 % d'augmentation en 2 ans ! Ces dernières années, les frais de scolarité des écoles de commerce se sont envolés. Une augmentation exorbitante en comparaison avec les taux d’inflation sur la même période (entre 0,1% et 2,8% par an). Pourtant, les établissements affirment que leur équilibre financier est incertain. En d’autres termes, les étudiants payent plus, mais ça ne suffit pas. Explications.

La "course à l’armement", pour l’obtention des labels et accréditations (EQUIS, AACSB, grade de master, etc.) obligent les écoles à de lourds investissements. Concrètement, le label européen EQUIS pose comme condition que 60% des cours soient dispensés par des professeurs permanents. Les écoles sont également évaluées sur leurs activités de recherche et sur le nombre de publications de leurs professeurs dans les revues spécialisées. Historiquement, le corps professoral des business schools était majoritairement composé de vacataires, issus du monde de l’entreprise. Pour répondre aux nouvelles contraintes, les écoles ont dû recruter 20, 30 et parfois plus de professeurs chercheurs. Avec des salaires annuels moyens compris entre 50.000 et 90.000 € brut (et bien plus pour les "stars" du milieu), la note grimpe vite.
 

Des budgets communication exponentiels

 
Clip vidéo, Lip-dub, stratégie Web, réseaux sociaux, participation aux salons et forums internationaux etc. les écoles ont doublé (voire triplé) leur budget de communication en seulement quelques années, principalement pour attirer les étudiants étrangers. Selon les écoles, l’investissement annuel en marketing/communication va de 300.000 € à plusieurs millions d’euros. "Une débauche de coûts promotionnels", juge Michel Rollin, directeur de l’ESC Saint-Etienne.

A cela s’ajoutent les frais pour aller recruter des étudiants étrangers, qui nécessitent de participer à des salons aux quatre coins du monde. "A terme, les écoles devront créer des alliances pour représenter des groupements d’écoles et réaliser des économies d’échelle", estime Michel Rollin. Les écoles dépensent aussi pour rénover les campus, et offrir de nouveaux services à leurs étudiants et à leurs professeurs (bureaux, résidences, installations sportives…). Car la concurrence se joue aussi sur ce tableau.
 

Création de bourses

 
Les écoles développent de plus en plus une politique de bourses. La hausse des frais de scolarité pour les uns venant financer en partie les bourses d’études des autres. C’est le cas notamment à Telecom école de management, qui a consacré un tiers de la hausse de ses frais de scolarité à la création d’un fonds social pour des aides au logement, à l’alimentation, au départ à l’étranger ou à l’achat de fournitures. A HEC, les frais de bourses ont été multipliés par 3 en 5 ans et représentent un budget annuel de 2 millions d’euros (soit 2% du budget groupe). Elles visent notamment à attirer les meilleurs étudiants étrangers, en leur financant toute leur scolarité.

Le prix perçu comme un indicateur de qualité
Augmenter les frais de scolarité nuit-il à la popularité d’une école ? Le paradoxe, c’est que non. Au contraire, cela peut même avoir des effets bénéfiques ! "La notion de prix psychologique est déterminante pour les étudiants étrangers", remarque Pascal Morand, directeur de ESCP Europe. "Des frais de scolarité trop bas, en comparaison aux écoles anglo-saxonnes par exemple, renvoient l’image d’une formation "cheap" ou bas-de-gamme." L’argument est également valable pour les étudiants français. Telecom école de management, qui a la particularité d’être une école publique, a fait le choix d’augmenter ses frais de scolarité annuels de 1.000 à 2.500 € entre 2007 et 2009. "Notre prix trop attractif nous desservait, explique Denis Lapert, directeur. Les candidats potentiels avaient peur de ne pas trouver la même qualité d’enseignement que dans une école à 8.000 €."

Sommaire du dossier
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