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La CPES d’Henri-IV : une « prépa à la prépa » pour les têtes de classe

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Si votre rêve est d’intégrer une « très grande école » comme l’ENS (Ecole normale supérieure) de la rue d’Ulm, Polytechnique ou HEC, vous mettrez toutes les chances de votre côté en fréquentant les classes prépas d’Henri-IV, prestigieux lycée parisien. Mais parmi les bons lycéens qui se portent candidats à ces formations ultra-sélectives, tous ne jouent pas à armes égales pour y être admis, et pour y réussir. Le niveau du lycée d’origine, et certains facteurs sociaux-culturels biaisent l’égalité des chances. C’est pour atténuer ces inégalités que le lycée Heri-IV a créé, en 2006, une classe spéciale réservée aux boursiers de l’enseignement supérieur, la CPES (Classe préparatoire aux études supérieures).

 Le principe

Une année avant le grand bain
La CPES est une « prépa à la prépa », c’est-à-dire une année de mise à niveau postbac, avant d’intégrer une classe préparatoire à Henri-IV. Unique en France, cette formation d’un an comptait 29 étudiants à la rentrée 2010. Outre les critères sociaux, elle sélectionne ses étudiants sur les notes et les appréciations des professeurs. Le niveau d’entrée est très élevé : 75 % des admis obtiennent une mention bien ou très bien à leur bac.

La plupart des admis sont issus de lycées peu favorisés – mais pas seulement. La sélection s’effectue via APB, avec une procédure complémentaire (dossier et lettre de motivation). La classe est divisée en 3 filières, correspondant aux prépas visées : économique, littéraire et scientifique, avec des cours en commun et des cours spécifiques, tous donnés par des professeurs d’Henri-IV. Par ailleurs, les élèves sont encadrés par des tuteurs étudiants en grandes écoles, et participent à un programme de visites culturelles.

Logement gratuit et aide financière
Grand avantage de la CPES : les étudiants sont tous logés gratuitement pendant un an à la Cité universitaire de Paris, dans le XIVe arrondissement. Les années suivantes, ils peuvent, s’ils le veulent, obtenir une place à l’internat d’Henri-IV.

En plus de leurs bourses du CROUS, les élèves reçoivent une aide financière de l’ordre de 1.000 € par an pendant la CPES, puis durant leurs deux années de prépa, financée par des fondations d’entreprises. Parmi les donateurs, figurent par exemple HEC, Accenture, la Fnac ou Renault. Des partenariats avec l’Opéra, la Comédie française, ou des éditeurs, permettent aux étudiants d’avoir accès gratuitement à certaines activités culturelles et à des manuels.

 Les résultats

Mêmes résultats que les autres étudiants
A l’issue de la CPES, tous les étudiants ou presque ont intégré une classe préparatoire. Les deux tiers poursuivent à Henri-IV, les autres continuent dans un autre lycée. Parmi les premières promotions, certains ont intégré Centrale, l’Essec, l’Edhec, l’ENS Ulm….D’après les statistiques d’Henri-IV, ces étudiants obtiennent les mêmes taux de réussite aux concours que les autres préparationnaires de l’établissement. Autrement dit, d’excellents résultats.

Petit rappel du tableau de chasse, pour la session 2010 des concours : 28 % des khâgneux d’Henri-IV ont été admis dans l’une des 3 ENS ; 59 % des prépas HEC ont intégré l’une des 3 meilleures écoles de commerce (HEC, Essec, ESCP Europe) ; un tiers des étudiants de MP* ou de PC* ont été reçus à Polytechnique…

 Points forts/points faibles

(+) D’excellents résultats. Une aide financière non négligeable, un logement gratuit.
(-) Des effectifs très limités. Dépendantes d’entreprises privées, les aides que reçoivent les étudiants sont soumises au bon vouloir des fondations, qui ne s’engagent pas ad vitam aeternam. Le passage en prépa à Henri-IV n’est pas garanti.


Et si c ‘était à refaire ? - Julian : « Sans la CPES, la transition vers la prépa aurait été plus difficile »

Julian, 20 ans, en 1re année à l’ENS Ulm est passé par La CPES d’Henri-IV

Une émission de radio peut parfois changer une vie. C’est par son père, qui avait entendu un reportage sur la CPES d’Henri-IV, que Julian apprend l’existence de cette classe. A l’époque en terminale S au lycée Jean Michel de Lons-Le-Saunier (Jura), Julian penchait plutôt pour Sciences po. Au milieu de sa terminale, il décide pourtant de tenter sa chance à cette « prépa à la prépa » d’Henri-IV, avec pour objectif de poursuivre des études littéraires.

Ce premier de la classe, qui a décroché son bac avec plus de 18 de moyenne, n’a pas de mal à s’y faire admettre. « Financièrement, c’était la solution la plus viable, car le logement était gratuit, et je pouvais toucher une bourse supplémentaire », estime Julian, qui vivait avec sa mère, secrétaire dans une mutuelle. « Je me suis dit que cette année de CPES ne pouvait pas me faire de mal. Moi qui venait d’un lycée inconnu et normal, je me suis rendu compte a posteriori de l’écart avec les élèves des bons lycées parisiens », assure-t-il.

De son année de CPES, Julian garde un bon souvenir : « Cela m’a permis de me mettre à niveau, notamment en termes de références culturelles et de méthodologie ». Par la suite, en hypokhâgne et en khâgne à Henri-IV, il se sent comme un poisson dans l’eau. « J’étais 1er ou 2e de ma classe suivant les semestres. Sans la CPES, la transition vers la prépa aurait été plus difficile. »

Avec de tels résultats, rien d’étonnant à ce qu’il réussisse, du premier coup, l’archi-sélectif concours de l’ENS Ulm. Aujourd’hui en 1ère année, il étudie au sein du département des sciences de l’antiquité de l’ENS, avec en ligne de mire, l’agregation de lettres classiques et une thèse sur les rapports entre littérature et philosophie au XXe siècle. Son objectif : devenir enseignant-chercheur à l’université. Ou bien travailler, plus tard, dans une institution culturelle.

Jessica Gourdon
Mars 2011


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