« Grâce au tutorat en fac, on comprend ce que les profs attendent »

Par Camille Neveux, publié le 23 Novembre 2009
4 min

Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

Paul, 20 ans, travaille tous les étés dans une librairie de Bourg-la-Reine (92) pour financer ses études. Des heures passées à déballer des cartons, à suer pour approvisionner les rayons. Tout ça payé au Smic… À ce tarif, pas question de rater sa licence de philo !

Deux heures par semaine pour "dédramatiser"


Pour mettre toutes les chances de son côté, Paul suit les deux heures de tutorat hebdomadaires mises en place depuis 2002 par l’université Paris 4-Sorbonne pour favoriser "l’égalité des chances". "En cours, les profs ne donnent pas d’eux-mêmes une méthode de travail, explique le jeune homme, attablé dans un café place de la Sorbonne, en face de la prestigieuse université du même nom. Grâce à cette aide, on comprend ce qu’ils attendent de nous. Et le contact est plus personnel, plus humain…" Tous les mercredis midi, Paul assiste à la séance de tutorat organisée dans une petite salle de la Sorbonne, au cœur du Quartier latin. Comme lui, une dizaine d’étudiants s’installent aux cotés de Steve, le tuteur, 27 ans, thésard en philosophie. Ici, pas de cours magistral en face à face. "Chacun s’assoit où il veut, assure le tuteur. Quand je peux zapper le bureau, je le zappe ! J’essaye de casser la relation prof-élève au maximum… On est là pour dédramatiser."

Comprendre "les codes" pour s’en sortir


Chaque semaine, Steve apaise les angoisses, répond méthodiquement aux questions : comment faire une dissertation et un commentaire de texte ? Comment organiser sa semaine ? Quels ouvrages lire en priorité ? "L’université accueille des étudiants qui ne sont pas ceux des classes prépas, reconnaît Olivier Gallet, enseignant délégué au tutorat pour la littérature à Paris 4. Ces étudiants sont volontaires, mais ils sont souvent issus de milieux modestes, et n’ont pas forcément les codes et les bonnes infos pour s’en sortir."
Les tuteurs sont donc là pour leur donner toutes les clés… et les résultats sont au rendez-vous. Après des années à stagner à 30 % de réussite en fin de première année de philo, les chiffres sont montés en 2008-2009 à 40 %. Steve est certain que le tutorat y est "pour quelque chose". "Mais cela demande du travail. Parfois, je leur fais recommencer 10 fois de suite leur dissertation. Demandez à Paul…"

"Certains ont sans doute un peu honte de demander de l’aide"


Paul, justement, a réussi ses examens de deuxième année haut la main, avec une moyenne de 13,5 sur 20. Il a connu des moments de découragement, notamment à la fin de l’année. "Je doutais beaucoup, j’avais peur d’avoir choisi une mauvaise voie. J’avais besoin d’être rassuré, orienté, structuré." Aujourd’hui, il se félicite d’avoir poussé la porte de cette petite salle de la Sorbonne, grâce à des grandes affiches vantant le tutorat, accrochées dans les couloirs. "Certains étudiants comme moi en ont besoin, mais ils hésitent à sauter le pas, observe-t-il. Sans doute parce qu’ils ont un peu honte." Lui n’a pas honte de demander de l’aide, "si c’est pour mieux réussir". 

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