« Passer du BEP à la prépa TSI, il faut le faire ! »

Par Camille Neveux, publié le 23 Novembre 2009
4 min

Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

"Réussir." Ce mot anime avec la même force les élèves de la prépa TSI (technologies et sciences industrielles) du lycée Raspail, situé dans le XIVe arrondissement de Paris, derrière le boulevard des Maréchaux. "Réussir" sa scolarité en intégrant "une école d’ingénieurs".

"On nous dit que c’est pas fait pour nous". Entre deux colles à l’heure de la pause déjeuner, Julien et Azeem expliquent comment ils se sont retrouvés en prépa après un BEP et un bac STI. Encore aujourd’hui, ces deux mots, "BEP" et "prépa", leur paraissent incompatibles. "Quand on y pense, il faut quand même le faire ! s’amuse Azeem, 21 ans, étudiant en seconde année. Pour moi, c’était pas gagné. Ici, le rythme change grave, la quantité de travail est énorme. Au lycée, on nous dit que c’est pas fait pour nous… alors que ça l’est !"

"Le mot “technologie” dérange bien souvent"


Voilà l’une des prépas les moins connues, qui permet à des bacheliers STI d’intégrer une école d’ingénieurs en deux ans. Pour le proviseur du lycée Raspail, Jean-Luc Boussaroque, la prépa TSI permet à l’ascenseur social de fonctionner "de manière indéniable"… mais avec "l’énergie des jeunes ". "Certains ont déjà été en indélicatesse avec la réussite scolaire, il va falloir qu’ils reprennent confiance en eux, explique-t-il. Mais s’ils le veulent, s’ils se mettent à travailler, il peut se passer des choses." Le constat est le même pour les prépas PT (physique-technologie), réservées aux bacheliers S sciences de l’ingénieur et elles aussi méconnues. "Très souvent, le mot “technologie” dérange, déplore Anne-Marie Fourcade, professeur de sciences physiques au lycée Marie-Curie de Nogent-sur-Oise (60). On pense que le niveau est moins bon, mais ce n’est pas du tout le cas. Mieux vaut faire le choix d’une prépa moins prestigieuse, où l’on est encadré… et bien regarder les quotas des concours, car pour chaque filière, les élèves ont des places réservées dans les grandes écoles d’ingénieurs."

"Mieux vaut être très bon ici que nul en maths sup"


Au lycée Raspail, Azeem et Julien se félicitent d’avoir opté pour la voie technologique, qui leur permettra peut-être d’intégrer Centrale, les Ponts et Chaussées ou Normale sup. "Mieux vaut être très bon dans cette filière que moyen dans une prépa maths ou physique", assène Julien, 20 ans, originaire de Bordeaux (33). Lui a hésité entre un BTS et la prépa TSI. Aujourd’hui, il joint les deux bouts pour se payer une chambre à Paris avec sa bourse. L’année prochaine, il pourra bénéficier du "Passeport Télécoms", un système de tutorat et d’aides financières mis en place par 7 entreprises de télécoms. "Les portes des grandes écoles ne s’ouvrent pas comme ça, en claquant des doigts, explique-t-il. C’est dur. Il faut bosser. J’aurais pu faire un BTS à côté de chez moi, j’aurais été tranquille pendant deux ans…" Julien a fait un choix d’exigence. Ses profs le rassurent et lui ont promis une chose : "jamais" il ne le regrettera. 

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