1. « Une école d’informatique après mon bac STI »
Reportage

« Une école d’informatique après mon bac STI »

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Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

Johannes a rejoint, il y a 4 ans, l’école d’informatique privée Epitech, installée dans une petite rue du Kremlin-Bicêtre (94), derrière le périphérique parisien. Cet étudiant âgé de 22 ans fera sa "vraie" rentrée début novembre. Mais depuis deux mois, il vient tous les jours dans son école, en tant qu’assistant pédagogique, pour aider les étudiants de première et deuxième années. Dans une immense salle de classe équipée de dizaines de "machines" – comme disent les élèves –, un petit groupe s’est formé autour de lui. Les questions fusent : comment faire telle ou telle manipulation, telle ou telle programmation ? Johannes écoute, conseille, débloque les étudiants avec une patience et un flegme dignes d’un professionnel.

Déçu par la fac

Il faut dire que le monde du travail, Johannes connaît. Depuis 4 ans, cet étudiant enchaîne les petits boulots pour financer ses coûteuses études. "Après un BEP, j’ai suivi une première d’adaptation pour faire un bac STI, mais cela ne me plaisait pas trop, explique-t-il entre deux conseils à “ses” élèves. J’ai toujours touché à l’informatique, en bidouillant des petits programmes. Alors avec mon bac, j’ai décidé de rentrer en première année de licence d’informatique." Johannes avoue alors avoir "du mal à suivre" les cours à la fac et être "très déçu" par le programme. Il entend parler de l’Epitech par "des copains".

"Ma mère, au RSA, ne pouvait payer mon école"


Seul problème : le coût des études, de 6500 à 7500 euros l’année pendant 5 ans, que sa mère, au RSA (revenu de solidarité active), ne peut pas lui offrir. Johannes décide donc de "laisser tomber la fac" pour travailler dans une imprimerie et régler une partie de sa première année à l’Epitech. Il obtient, une fois scolarisé, le fameux poste d’assistant pédagogique qui lui permet de payer ses frais. Johannes n’est pas le seul dans ce cas. Plusieurs dizaines d’étudiants d’origine modeste triment toute l’année pour financer leurs études à plusieurs milliers d’euros l’année. À l’Epitech, mais aussi dans d’autres écoles privées.

Un avenir déjà assuré

"On pense qu’il faut être riche pour venir chez nous, mais souvent, nos étudiants se débrouillent avec un faible soutien financier, insiste Sébastien Bensit, directeur de l’établissement. Ils sont prêts à se sacrifier car on leur promet du boulot à la sortie, ce qui n’est pas forcément évident pour les bac + 5 aujourd’hui." Pour joindre les deux bouts, Johannes travaille également en CDI (contrat à durée indéterminée) à temps partiel, pour 1 800 euros brut par mois, dans une société spécialisée dans la logistique. Son avenir est déjà assuré avant même sa sortie de l’école : son entreprise veut l’embaucher à plein temps comme ingénieur. "On est bien accueillis dans le monde du travail, justifie-t-il, modeste. Notre savoir-faire est recherché."

Sommaire du dossier
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