1. Stéphane Beaud, sociologue : « Ce qui pose problème à l’université, c’est la difficulté à franchir le premier cycle »
Interview

Stéphane Beaud, sociologue : « Ce qui pose problème à l’université, c’est la difficulté à franchir le premier cycle »

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Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

stephane beaud, sociologueStéphane Beaud : "On entend souvent dire qu’à l’université, l’ascenseur social est en panne. C’est mal poser la question. Car on a trop souvent tendance à identifier réussite scolaire et mobilité sociale ascendante. Il y a ce qui se passe dans le champ scolaire et ce qui se passe sur le marché du travail. N’oublions pas que les employeurs ont le privilège de pouvoir choisir parmi les diplômés. Mais ce qui pose aujourd’hui problème à l’université, c’est la difficulté à franchir le premier cycle. C’est là qu’il y a un réel blocage. Il est vrai qu’un meilleur encadrement à l’université, comme le tutorat, peut favoriser la réussite. L’évolution des facultés de sciences, avec la mise en place de petits groupes ou l’utilisation du support DVD pour aider les élèves, également.
Rappelons toutefois, contre le discours idéologique en vogue dénigrant systématiquement l’université, que celle-ci peut être une voie de réussite, que les étudiants de milieux populaires qui décrochent un master obtiennent le plus souvent un emploi, car ce niveau de diplôme continue de protéger du chômage. Le problème est de savoir comment aider ces étudiants à dépasser le bac + 2… Les bacheliers ont tendance à privilégier les filières sélectives – IUT surtout, parfois BTS – par peur du chômage. Or beaucoup veulent continuer après le bac + 2. Par exemple, la filière de l’IUT a été détournée de sa fonction : elle est devenue un lieu pour éviter le premier cycle et parfois un tremplin pour accéder aux grandes écoles."
Sommaire du dossier
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