Fusions des écoles de commerce : ce qu'en pensent les recruteurs

Par Cécile Peltier, publié le 12 Février 2013
4 min

Des recruteurs encore perplexes : tel est l'état d'esprit face aux diverses fusions des écoles de commerce. S'ils s'y montrent attentifs, ils estiment qu’il est encore trop tôt pour se forger une opinion et avouent que ces rapprochements n'ont pour l'heure aucun impact sur leur politique de recrutement. Et à plus long terme ?

Aujourd'hui, les cabinets de recrutement et les entreprises observent avec une curiosité prudente les diverses fusions des écoles de commerce françaises : Skema d'abord, née en 2009 du mariage entre l'ESC Lille et le Ceram, et plus récemment FBS (France Business School) qui regroupe l'ESCEM et les ESC d'Amiens, de Brest, de Clermont-Ferrand, puis Kedge Business School(Euromed et Bordeaux École de management) et maintenant Reims Management School et Rouen Business School qui devraient former une grande entité.

 
“Je me tiens simplement au courant de ces fusions”

 

“Sur les CV que nous recevons, les étudiants et les candidats commencent à parler de Kedge Business School”, souligne Frédéric Huynh, responsable du service recrutement pour la France, au sein du cabinet d'audit Ernst & Young. Mais même dans ce secteur de l'audit, où beaucoup de jeunes diplômés recrutés chaque année sortent d'écoles de commerce, si les recruteurs restent attentifs à ces fusions, elles sont loin d'être une obsession : “Je me tiens au courant de ces fusions car cela m'intéresse, mais dire en tant que chargé de recrutement que c'est dans mon radar, la réponse est non”, confie Jean-Marc Mickeler, associé responsable de la marque Employeur de Deloitte France.

Pour ce dernier, le succès de ces fusions tiendra à la volonté des établissements de travailler ensemble dans l'intérêt des étudiants :“C'est un peu comme dans une fusion d'entreprises : si on est d'accord sur les objectifs et qu'on réussit les 100 premiers jours, cela peut-être très rapidement un grand succès. Au contraire, si les intérêts divergent, cela peut prendre beaucoup de temps..."

 
“Les écoles devront rester sélectives”

 

Pour Denis Lesigne, directeur conseil rémunération et avantages sociaux chez Deloitte : “Certaines écoles réussiront à mutualiser des programmes de recherche, à attirer les meilleurs professeurs, et à conserver un suivi pédagogique de qualité malgré le passage de 2.000 à 10.000 élèves”, souligne-t-il. Pour ces dernières, “une notoriété accrue de l'établissement pourrait avoir un impact positif sur l'attractivité du diplôme et sur le montant des salaires d'embauche”.

Mais l'image de ces nouvelles écoles auprès des recruteurs dépendra également “de leur capacité à rester sélectives et pas seulement sur la base du montant des frais de scolarité, mais de concours exigeants”, insiste Jean-Marc Mickeler, alors que France Business School inaugure un mode de sélection original inspiré de celui des entreprises, fondé sur des épreuves orales.

Pour Philippe Vidal, fondateur du cabinet de recrutement Vidal Associates, “on s'inscrit sur du très long terme. Ce qui fait une grande partie de la notoriété d'une école, c'est son réseau d'anciens.” Or les écoles en cours de fusion n'ont pas à l'heure actuelle de réseaux d'anciens assez puissants ou assez structurés pour peser sur le marché du travail en dehors de leurs zones réservées, croient savoir les recruteurs interrogés.

 
"Les fusions ne devraient pas changer grand-chose au recrutement"

 

Un scepticisme dynamité par Damien Crequer : “Ces écoles ne sortent pas de nulle part, et ont toutes fait leurs preuves individuellement.”Lui est d'avis que les fusions ne devraient pas changer grand-chose au recrutement, sauf si leurs marques s'apprécient fortement, pour la bonne raison notamment que les entreprises disposent de leur propre classement interne. “Les écoles qui fusionnent, fusionnent dans la même catégorie. Rouen et Reims en cours de rapprochement sont par exemple deux belles écoles dans lesquelles nous recrutons beaucoup et il n'y a pas de raison que ça change. Idem pour Kedge”, corrobore Frédéric Huynh, responsable du service recrutement pour la France chez Ernst & Young.

 
Un effet sur les salaires à long terme ?

 

À long terme, de l'avis général, une meilleure visibilité de l'école pourrait signifier des salaires d'embauche revus à la hausse. “Il faudra voir sur le long terme, mais nous continuerons à appliquer les salaires de marché”, commente Frédéric Huynh. Denis Lesigne mise, lui, sur un abandon progressif d'une échelle des salaires d'embauche fondée sur un classement des écoles : “Le message que nous faisons passer dans nos missions de conseil auprès des entreprises est que si deux étudiants sont différents, deux salariés seront les mêmes !”

Sans compter que les jeunes diplômés issus des Business Schools françaises sont en moyenne bien mieux payés (entre 30.000 et 40.000 € annuels) que la plupart de leurs camarades étrangers : “Payer un jeune diplômé deux fois plus que le salaire moyen des Français est un sacré pari ! Avec la crise, les entreprises auront-elles les moyens de continuer dans cette voie ? Ce n'est pas sûr...”

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