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Enquête

Diversité dans les grandes écoles de commerce : pourquoi ça coince

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Peu de chance d’intégrer le top des écoles de commerce sans bac S mention très bien et une prépa dans l’un des 10 meilleurs lycées. C’est ce que révèle notre enquête exclusive. Si en apparence, les ESC multiplient les voies d’accès spécifiques pour diversifier les profils de leurs étudiants, en réalité, les écoles les plus cotées restent très peu accessibles aux bacheliers des autres séries et aux boursiers. En cause : leur recrutement dans un nombre restreint de prépas, qui elles-mêmes ne jouent pas le jeu de la diversité.

Ecoles de commerce : le recrutement de 4 écoles

 

C’est un paradoxe

 
Pour intégrer la meilleure école de commerce, mieux vaut passer un bac S qu’un bac ES. En effet, HEC, tout comme l’ESSEC, l’ESCP Europe, l’EM Lyon et l’EDHEC (les 5 meilleurs établissements de notre classement des grandes écoles de commerce), puisent la majorité de leurs étudiants dans ce vivier (61% ont un bac S contre 30% un bac ES, à la rentrée 2010 à HEC).
 

Est-ce une volonté de ces écoles ?

 
La réponse est plus subtile. Pour comprendre, il faut savoir que ces écoles recrutent leur étudiants avant tout dans les prépas HEC. Il en existe 3 sortes : les scientifiques, les économiques et les technologiques, réservées en priorités aux étudiants qui ont passés les bacs du même nom. Ces prépas distinctes dans leurs contenus débouchent sur des concours différents, avec leurs propres coefficients.

Mais au final, les étudiants sont tous classés ensemble, via le dispositif SIGEM. Et ceux qui arrivent en tête sont davantage issus de la voie scientifique que de la voie économique. Pourquoi ? Parce qu’ils obtiennent souvent de meilleures notes en maths, et qu’à HEC ou à l’ESSEC ces épreuves sont coefficientées 11 (sur un total de 30) dans la voie scientifique et 8 (sur 30) dans la voie économique.

De même, à HEC, la dissertation de culture générale est notée avec un coefficient 6 pour les étudiants de la voie économique, et avec un coefficient 4 pour ceux de la voie scientifique. Une épreuve où il est très difficile d’obtenir le maximum de points.

 

La voie éco pour les "Ecricome"

 

Les prépas HEC économiques ouvrent davantage la voie aux écoles de milieu de classement, en particulier les "Ecricome", qui recrutent la majorité de leurs étudiants dans ces classes. C’est le cas de Rouen Business School (9ème dans notre classement), de BEM, d’Euromed, de l’ESCEM…. L’ESC Dijon, 18e dans notre palmarès académique, a un recrutement relativement équilibré, avec à peu près autant d’élèves issus des 3 voies.

Certaines ESC comme Chambéry ou Saint-Etienne recrutent avant tout leurs élèves dans la voie technologique. Dans ces 2 écoles, les étudiants technos représentent 65% et 45% des admis de prépa, quand ceux de la voie scientifique sont peu nombreux (8% à Chambéry). A noter : ces écoles sont aussi celles qui recrutent essentiellement ailleurs, via leurs concours d’admissions parallèles (Passerelle). Au concours prépa, l’ESC Chambéry, qui avait ouvert 65 places en 2010, n’a réussi à pourvoir que 23 places. De même, l’ESC Saint-Etienne n’a recruté cette année que 45 élèves de CPGE, pour 70 places.

Enfin, les littéraires ne représentent que 5% en moyenne des élèves de chaque grande école, alors même qu’un concours est fait spécialement pour eux à la sortie de khâgne (la 2ème année de prépa). Mais le nombre de candidats stagne depuis plusieurs années. Toutefois, en 2011, la mise en place d’une banque commune d’épreuves (la BEL) aux concours des ENS (écoles normales supérieures), des IEP (instituts d'études politique) et des écoles de commerce pourrait faire bouger les choses.


HEC recrute 1/3 de ses étudiants dans 4 prépas !
Il y a de quoi se démoraliser. Parmi les 377 admis issus à HEC en 2010, 128, soit 1/3, ont suivi leur classe préparatoire dans seulement 4 établissements ! Un biais qui résulte de la sélection que ces lycées pratiquent à l’entrée. En tête de liste, Henri-IV (Paris) a envoyé cette année 44 étudiants à HEC. Il est suivi de Sainte-Geneviève, à Versailles (34 admis), Ipésup (Paris 4ème, 26 admis), et Saint-Jean de Douai (24 admis) (*).
Derrière, 6 lycées ont aussi contribué à remplir les promos de l’école de Jouy-en-Josas : Louis-Le-Grand (Paris 5e , 19 admis), Stanislas (Paris 6e, 17 admis), Saint-Louis-de-Gonzague (Paris 16e, 16 admis), Madeleine Danielou (Rueil-Malmaison, 16 admis), Janson-de-Sailly (Paris 16e, 15 admis), Notre-Dame-du-Grandchamp (Versailles, 13 admis)
Ces 10 lycées (dont 7 sont privés), tous situés dans des quartiers de Paris ou des villes très favorisées socialement (Versailles, Rueil), constituent près des 2/3 de la promo d’HEC : 224 étudiants. Ce qui en dit long sur le brassage social que l’on peut trouver dans cette école. Si l’on ajoute les quelques lycées "challengers" (Hoche, à Versailles, Saint-Louis et Saint-Jean-de-Passsy, à Paris), on reconstitue les trois quarts de la promotion des HEC. Pas de chance pour les 90 autres lycées qui proposent aussi des prépas, pourtant surnommées "prépas HEC"….(*) Intégration toutes filières de prépa confondues, économiques et littéraires

Pour aller plus loin : Grandes écoles : pourquoi pas vous ? / Bourses et aides : questions / réponses

Sommaire du dossier
Ecoles de commerce : où vont les bacheliers "mention très bien"? Concours des grandes écoles de commerce : où vont les élèves des prépas technos ? Grandes écoles de commerce : où sont les boursiers ?