Grandes écoles : vers plus de diversité à la rentrée 2021

Par Agnès Millet, publié le 16 Decembre 2020
7 min

Plus de diversité sociale et territoriale dans l’enseignement supérieur : voilà ce que propose un rapport remis à la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Points de bonification pour les boursiers, ouverture de cycle hybride prépa/université sont autant de pistes qui pourraient vous concerner. Explications.

Le constat est sans appel. 73% des enfants dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur le seront également mais c’est le cas de seulement 17% des enfants de non diplômés. Pour ouvrir l’accès au supérieur, le ministère retient plusieurs idées du rapport "Diversité sociale et territoriale dans l’enseignement supérieur" de Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), remis début décembre 2020.

Les premières actions seront effectives à la rentrée 2021, mais d’autres sont encore à l’étude. Ces pistes composent un "kit de réflexion" dont peut s’emparer chaque établissement… Mais, à terme, le ministère pourrait utiliser des mécanismes incitatifs, notamment financiers.

Des points de bonification pour les boursiers

L'une des propositions phares du rapport concerne le fait d'accorder des points en plus aux concours post-prépa, pour certains élèves de CPGE, notamment les boursiers. Pour obtenir ces points de bonification, d’autres critères pourraient être pris en compte, comme le fait d’être élève de "première génération", c’est-à-dire d’avoir des parents non diplômés du supérieur. La réflexion est en cours dans certaines grandes écoles.

L'autre possibilité est d'appliquer des points de bonification à tous les élèves d’une même CPGE, selon, par exemple, le nombre de boursiers qu’elle accueille. Le but est d’éviter que les écoles ne recrutent que dans quelques grandes prépas parisiennes.

Cependant, pour mettre en œuvre ces mesures et "déconcentrer l'excellence", comme le souhaite le ministère de l'enseignement supérieur, il reste à résoudre des modalités juridiques et techniques. Côté écoles, cette piste "ne fait pas l'unanimité dans le comité", selon le rapport Hirsch. Ainsi, si HEC porte cette idée, certains acteurs clés sont "dubitatifs, comme la Conférence des grandes écoles (CGE)".

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Créer des cursus mixtes entre prépa, grandes écoles et université dès la rentrée 2021

La deuxième piste du rapport propose de dupliquer le cycle pluridisciplinaire d’études supérieures (CPES), aujourd’hui proposé par l'université Paris Sciences & Lettres (PSL) et la CPGE Henri IV. Objectif : se retrouver immergé dans un cursus post-bac diplômant, affichant un objectif d’excellence, avec un taux minimal de 50% de boursiers.

Dès la rentrée 2021, quatre universités, dont Bordeaux et Strasbourg, souhaitent se lancer. Puis la montée en puissance sera progressive.

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Lancer des concours pour d’autres profils

A l'instar de ce qu'a pu proposer Sciences Po avec la création des CEP (Conventions éducation prioritaire) dès 2001, le rapport émet la possibilité de créer des voies d'accès différenciées, avec d’autres modalités de concours, notamment pour les bacheliers professionnels et technologiques et les jeunes en service civique.

Encore une fois, cette mesure ne fait pas l'unanimité au sein des grandes écoles. Certaines réfléchissent à des dispositifs tandis que d’autres pensent que cela risque de créer de la "stigmatisation" pour ceux intégrés via un "sous-concours".

Cependant, des écoles de commerce organisent déjà des concours différenciés, c'est notamment le cas de Grenoble EM qui propose un concours post-bac diversité aux lycéens de terminale en filière générale, technologique ou professionnelle. À l'issue de ce concours, les étudiants intègrent une formation "incubante" de deux ou trois ans – prépa, BTS, ou DUT – puis rejoignent les bancs de l'école grenobloise directement.

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Développer le mentorat et le tutorat étudiant

Le rapport conseille aussi de développer le mentorat et le tutorat des étudiants. De nombreuses grandes écoles et des associations proposent déjà aux élèves d’être accompagnés par un tuteur étudiant pour avoir plus de chances de réussir leurs études supérieures. C'est notamment le cas des Cordées de la réussite.

L’objectif est de structurer ces initiatives spontanées et de les faire monter en puissance. Un label pourrait être mis en place par le ministère.

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Discussion autour du taux minimal de boursiers dans le supérieur

Si Parcoursup permet déjà une mise en avant des boursiers, le rapport envisage "d’imposer pour toutes les formations supérieures une proportion minimale de boursiers à l’entrée en première année". Ce "seuil minimal concernerait l’ensemble des formations", dont la santé, le droit et les prépas.

Cette proposition demande du temps pour sa mise en place d'autant qu'elle ne peut pas être coercitive. "Il est trop tôt pour dire qu’il y aura un taux générique pour l’ensemble des formations. Mais nous pouvons discuter d’une part, avec les universités et d’autre part, avec les grandes écoles car les leviers ne sont pas les mêmes."

Pour aller plus loin, le rapport propose aussi de prendre en compte le critère de "première génération" dans cette réflexion.

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Les prêts contingents pour financer ses études

Pour pallier les difficultés financières, le rapport revient sur un "sujet non consensuel" : celui des prêts contingents, comme en Australie. Vous pourriez obtenir un prêt à taux zéro, avec des conditions encadrées de remboursement. Un mécanisme de garantie ferait en sorte que vos remboursements ne dépassent pas un pourcentage de vos premiers salaires.

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