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Décryptage

L’épreuve de mathématiques ESSEC-HEC du concours BCE peut-elle encore être annulée ou repassée ?

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Cette affaire fait vivement réagir les enseignants et étudiants de prépa. // © Martin Stiavnicky / Adobe Stock
Cette affaire fait vivement réagir les enseignants et étudiants de prépa. // © Martin Stiavnicky / Adobe Stock

Alors que plusieurs étudiants ont eu accès à des annales très similaires au sujet 2020, des professeurs crient au scandale et appellent à neutraliser ou reprogrammer l’une des épreuves-phares du concours d’entrée post-prépa en école de commerce.

Une partie du sujet de l'épreuve de mathématiques S du concours BCE, qui s’est déroulée début juillet, a déjà été donnée dans le cadre d’un concours blanc au sein de la prépa du lycée Notre-Dame du Grandchamp de Versailles (78) en 2019. Il s'agit d'un sujet sur lequel ont planché les candidats CPGE de la voie ECS pour intégrer l’ESSEC ou HEC, ainsi que d'autres écoles utilisant cette épreuve pour leur sélection.

Comment cette fuite a-t-elle pu se produire ?

Premier problème : en 2018, l’épreuve de mathématiques S ESSEC-HEC de secours est utilisée. Un enseignant aurait récupéré le sujet initial (qui aurait dû être détruit). Il est alors utilisé l’année suivante pour le concours blanc.

Deuxième problème : pour le concours 2020, le concepteur de l’épreuve s’appuie sur ce sujet de 2018, en gardant des passages entiers. "On attend du concepteur qu’il nous fournisse des sujets originaux, rappelle pourtant Christian Chenel, directeur de la DAC (Direction des admissions et concours, qui administre le concours BCE), c’était indétectable à notre niveau". Or, selon un communiqué signé par 157 enseignants de prépa et diffusé par l'APHEC sur son compte Twitter le 28 juillet, plus de 76% de l’épreuve est "de nature à poser problème". Avec des questions identiques ou fortement similaires à l’original.

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Combien d’étudiants sont réellement concernés ?

Difficile de savoir exactement. Ce qui est certain, c’est que quatre étudiants de la prépa de Versailles ayant cubé leur année ont planché sur l’épreuve initiale (dont est dérivée celle du concours) dans le cadre d'un concours blanc l’an dernier. Mais de nombreux enseignants contactés par l’Etudiant estiment qu’a minima, les autres élèves de cette prépa ont sans doute travaillé dessus. Et probablement d’autres, les échanges d’annales étant fréquents entre élèves de CPGE. "Ce ne sont que des allégations. Il n’y a rien de concret", balaie cependant Christian Chenel.

Pourquoi la situation soulève-t-elle des polémiques ?

Un professeur de mathématiques en classe préparatoire contacté par l’Etudiant confirme qu’"avoir étudié un sujet aussi similaire pendant les révisions apporte indéniablement un avantage décisif". Cela soulève donc un problème d’équité entre les candidats, dans le cadre d'un concours censé départager les plus brillants, pour une intégration dans les écoles les plus prestigieuses. L’ADMCP, association de défense de la méritocratie en classes préparatoires, qui dénonce depuis un an des conflits d’intérêts et des failles dans l’organisation du concours, appelle à une refonte du processus.

Plusieurs enseignants reprochent à l’organisateur d’avoir minimisé l’impact de la fuite. Et, alors qu’il aurait été averti immédiatement du problème, d’avoir tardé à réagir au lieu d’organiser une épreuve de secours tant qu’il en était encore temps.

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Que peut-il désormais se passer pour les candidats ?

L’organisateur du concours s’est réuni avec les écoles au sein de la cellule de crise de la BCE. À cette occasion, il a été décidé d’adapter le barème de l’épreuve. Selon eux, une autre stratégie aurait été trop pénalisante pour les candidats. Cependant, dans leur communiqué, les 157 professeurs de prépa appellent à une neutralisation ou une reprogrammation de l’épreuve de mathématiques S. Contactée ce mercredi, la DAC persiste à ne pas envisager ces solutions.

"Il n’y a pas de bonne solution pour les étudiants", tranche Antoine Crouzet, professeur de mathématiques en CPGE à St Brieuc (22), qui déplore une mauvaise gestion de la crise. "La bonne solution aurait été de faire repasser l’épreuve immédiatement. Maintenant, c’est impossible. La neutralisation de l’épreuve est la seule chose qui puisse être faite pour garder une équité du concours, pas vis-à-vis des étudiants mais du concours, déjà impacté par le coronavirus", poursuit l’enseignant.

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Qu’en pensent les candidats ?

Léo, élève en prépa dans le sud-ouest, se sent "floué". "C’est une filière où on nous vend la méritocratie, je m’offusque de voir que cette valeur n’est pas défendue. Les organisateurs du concours ne prennent pas la question au sérieux ou essaient de l’étouffer", déplore le jeune homme.

Théo, autre candidat qui cubait sa prépa, se dit scandalisé… d’autant qu’il pense "avoir bien réussi l’épreuve". Il craint désormais de voir ses projets anéantis par une neutralisation ou un nouveau barème.

Depuis la révélation de l’affaire, plusieurs candidats sont entrés en contact entre eux. S’ils ne savent pas encore comment ils vont procéder, ils sont bien décidés à agir pour défendre l’équité du concours, si les décisions de la BCE ne les satisfont pas.