Les enjeux climatiques et la pandémie bousculent la mobilité internationale en école de commerce

Par Simon Mauvieux, publié le 30 Novembre 2021
6 min

Si la pandémie de Covid-19 a bouleversé les échanges internationaux des écoles de commerce, les enjeux climatiques poussent aussi ces écoles à revoir ce modèle.

Peut-on encore envoyer des milliers d'étudiants par année à l'autre bout du monde, sans se soucier de leur empreinte carbone ? Cette question, c'est la crise du Covid qui a forcé les écoles de commerce à se la poser. Un premier grand bouleversement s’ancre dans les pratiques : les échanges internationaux… à distance.

"On s'est aperçu que c'était une bonne alternative, une forme de mobilité d’apprentissage intéressante", précise Laurence Boiteux, directrice du développement international de l’EM Normandie. Si ces mesures ont été prises dans l’urgence de la pandémie au début de l’année 2020, ce modèle s’accorde aussi avec les enjeux climatiques actuels et pourrait bien se pérenniser : "On ne reviendra pas en arrière et il ne le faut pas. Il y a tellement de bénéfices, ça va plus loin que la mobilité étudiante, finalement, c’est une évolution dans les mentalités qui touche toute la communauté éducative", ajoute-t-elle.

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Accroitre l’aspect international des écoles, l’avion en moins

Si la période de pandémie a permis d’expérimenter de nouvelles méthodes d’apprentissage à distance, la formule est en train de s’enrichir dans de nombreuses écoles. C’est le cas de l’Edhec, qui est en train de mettre en place des accords entre écoles partout dans le monde afin de réaliser des "collaborative online international learnings" (COIL), qui permettront à des groupes d’étudiants de différents établissements internationaux de travailler ensemble sur des problématiques communes, en ligne, sans déplacement. Une manière d’accroître l’aspect international de l’école, l’avion en moins.

"Le fait d’avoir différentes institutions du monde qui vont travailler ensemble sur des projets à distance valorise la découverte, la pluralité, le mélange des équipes", explique Richard Perrin, directeur international de l’Edhec. L’école a aussi décidé de modifier ses voyages d’études, des séjours plus courts qu’un échange, vers des pays d’Europe, en privilégiant les déplacements par train.

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L’international dans l’ADN des écoles, pas l’écologie

Mais pour les écoles de commerce, qui disposent d’établissements dans le monde entier, il est difficile de se passer de l’avion, d’autant que l’échange est un passage obligatoire dans un cursus.

L’association Pour un réveil écologique, composée d’étudiants de grandes écoles, a d’ailleurs produit un rapport sur le positionnement des grandes écoles françaises sur les enjeux écologiques. Et le constat est sans appel : "Seuls 15% des établissements déclarent vouloir former 100% de leurs étudiant(e/s) aux enjeux de la transition écologique", déplore le rapport.

Clara Manzali, en dernière année de master à Skema Business School, membre de l’association, aimerait que les écoles soient plus attentives à leurs émissions de gaz à effet de serre, tout en sensibilisant les étudiants aux enjeux écologiques. "Nous ne revendiquons pas l'idée de ne pas partir à l'étranger. Pour ma part, le voyage à l'étranger est important, mais sur place, les écoles n’ont pas la main sur la vie des étudiants, qui peuvent multiplier les vols internes par exemple", constate-t-elle. Sensible à ces questions, Clara Manzali avait d’ailleurs choisi un lieu d’échange en Europe, "où je pouvais me rendre en train", avant que celui-ci ne soit annulé à cause du Covid.

Dans le rapport, l’Essec, qui réalise chaque année un bilan carbone, indique émettre 17.000 tonnes de co2 pour le transport, ce qui représente 81% de ses émissions totales. L’école souhaite prendre des mesures importantes pour réduire son empreinte, en favorisant les échanges en Europe, ou en comptabilisant l’empreinte carbone des étudiants sur leurs bulletins, pour diminuer de 25% ses émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements de ses étudiants en avion.

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Quand les étudiants exigent du changement

Si l’Essec fait partie des rares écoles à comptabiliser chaque année son empreinte carbone, beaucoup d’étudiants aimeraient que toutes s’y mettent. À l’instar de Clara Manzali, Antoine Monteiro, étudiant à Grenoble école de management (GEM) estime que les écoles n’ont plus le choix de changer leurs modalités d’échanges internationaux face aux demandes des étudiants.

Durant le confinement, il a mis au point un guide pratique pour encourager les étudiants à aller, à vélo depuis Grenoble, vers les établissements partenaires de GEM pour leurs échanges. "Les écoles de commerce doivent prendre ce sujet à bras le corps, sinon elles verront que des étudiants n’iront plus dans certains endroits. Il faut dès maintenant réfléchir à des solutions pour permettre de continuer les échanges", soutient-il.

Train, vélo, voilier, l’étudiant a déjà identifié de nombreux moyens de transport alternatifs. "C'est quand même une logistique à développer et qui est compliquée. Ce ne sont pas des moyens de transport habituels, mais s’ils veulent maitriser toute cette logistique dans cinq ou dix ans quand la demande sera là, il faut s’y mettre maintenant", affirme-t-il.

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