Ouverture sociale dans les grandes écoles : un effet d’entraînement ?

Par Emmanuel Vaillant, publié le 17 Decembre 2008
2 min

En moins de dix ans, la plupart des formations supérieures réputées les plus sélectives ont mis en place des dispositifs d’ouverture sociale. Retour sur les principales initiatives existantes et bilan de ces mesures, désormais au coeur des enjeux actuels sur l’égalité des chances ?

La question des moyens financiers est importante. Les "Cordées de la réussite" disposent d’un budget de 2 millions d’euros, dont 1,5 million provient de la Délégation interministérielle à la ville (DIV). Ils ne suffiront pas. C’est pourquoi les appels au mécénat d’entreprise se multiplient. Celles-ci ont évidemment tout à gagner en termes d’image, et de recrutements, en particulier dans le cadre de la Charte de la diversité.

Créer la dynamique


Par ailleurs, les initiatives, aussi efficaces soient-elles, ont des limites quantitatives évidentes. Elles ne concernent qu’une minorité des 2,2 millions de lycéens. Chacun parie alors sur l’effet d’entraînement attendu au niveau des établissements concernés. Pour Cyril Delhay, responsable des conventions Sciences po, il ne fait aucun doute que "la dynamique créée dans les lycées qui se sentaient relégués mais aussi dans les quartiers défavorisés est indéniable". Au lycée Jacques-Feyder à Épinay-sur-Seine (93) par exemple, qui a instauré une classe préparatoire à l’enseignement supérieur ouverte aux élèves boursiers, l’effet d’entraînement est une évidence. "Rendre les choses possibles, cela permet de sortir d’un regard pessimiste sur les destinées de chacun", avance le proviseur, Jean-François Bourdon, qui affiche 75 % de réussite au bac en 2008, contre 62 % l’année précédente, et un doublement du nombre de mentions.

Pour Agnès Van Zanten, sociologue de l’éducation à l’EHESS, et son équipe de l’Observatoire sociologique du changement, qui mène une vaste étude sur les lycées ayant bénéficié des procédures Sciences po et ESSEC, la situation est moins évidente : "L’effet d’entraînement est une question centrale et difficile à mesurer, note la sociologue. Certes, il y a des effets positifs ponctuels au niveau des élèves et des familles concernés. Mais, à l’égal des exemples étrangers, notamment anglo-saxons, nous n’observons pour l’instant ni dans les “lycées Sciences po” ni dans les “lycées ESSEC” d’effets massifs de ces dispositifs."

Articles les plus lus

A la Une écoles de commerce

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !