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Les grandes écoles plébiscitées, mais mal connues

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Les écoles citées spontanément sont toujours les mêmes : parmi elles, HEC est évoquée dans 20 % des cas. // © HEC
Les écoles citées spontanément sont toujours les mêmes : parmi elles, HEC est évoquée dans 20 % des cas. // © HEC

Les grandes écoles, des formations de qualité qui assurent une bonne insertion professionnelle. C'est l'image qui ressort du sondage CGE (Conférence des grandes écoles)/TNS Sofres rendu public le 16 mars. Mais à y regarder de plus près, recruteurs en tête, il semblerait que les sondés ne les connaissent pas si bien. Décryptage.

72 % des 1.405 personnes interrogées (1) dans le cadre d'une enquête CGE/TNS Sofres sur les grandes écoles estiment que les formations sélectives offrent un diplôme mieux reconnu sur le marché du travail. Une insertion qui apparaît comme une préoccupation essentielle pour 6 sondés sur 10, dont c'est l'intérêt majeur d'une formation dans l'enseignement supérieur, loin devant l'épanouissement, le salaire, ou les connaissances. Pour décrocher un emploi, 41 % font d’abord confiance aux BTS, 32 % aux grandes écoles, 14 % aux DUT et 13 % à l’université.

Les grandes écoles ont la cote…

80 % des personnes interrogées ont une bonne opinion des grandes écoles, un chiffre qui atteint même 84 % chez les 16-20 ans et 85 % chez leurs parents. Les sondés saluent des cours de qualité (90 %) en phase avec les attentes de l’entreprise (71%).

Mais ces formations sélectives font surtout rêver… les parents. Plus de 7 sur 10 d'entre eux aimeraient ou auraient aimé que leur enfant en intègre une, et qu’il passe par une classe préparatoire, "souvent perçue comme la voie d'accès principale aux grandes écoles, alors qu'elle ne concerne que 40 % des élèves", précise Anne-Lucie Wack, la présidente de la CGE.

De leur côté, les 16-20 ans ne sont “que” 50 % à rêver d’une grande école et 41 % d’une prépa. Une baisse d’attractivité auprès de la nouvelle génération ? “Non, on peut imaginer que chez les parents, qui font confiance aux capacités de réussite de leurs enfants, le souci de trouver sa place dans la société soit plus prégnant", avance Francis Jouanjean, délégué général de la CGE. 

Quand on le leur demande, 70 % de l'ensemble des sondés pensent que le niveau des grandes écoles est “accessible”, contre la moitié seulement des 16-20 ans. Les jeunes qui écartent l'idée d'une prépa invoquent d’abord une question de difficulté. Une forme d'autocensure ? Leurs parents, eux, évoquent l'argument financier : “Ils ignorent que 60 % des grandes écoles et 90 % des CPGE sont publiques et donc presque gratuites”, remarque Anne-Lucie Wack. 

… mais restent mal connues, y compris les recruteurs

Les sondés, qui se sentent à 66 % mal informés sur l'enseignement supérieur (voir encadré ci-dessous), connaissent peu les grandes écoles. Si 76 % sont capables d'en citer au moins une, les noms qui reviennent sont finalement toujours les mêmes, et uniquement la crème de la crème : l’ENA (cité de manière spontanée par 40 % des interviewés), Polytechnique (21 %), HEC (20 %), Sciences po (11 %), etc. Une vision élitiste qui ignore la diversité des 219 grandes écoles (commerce, ingénieurs, design...) présentes sur tout le territoire

Les recruteurs n'échappent pas non plus à la règle. Malgré une bonne image (89 %) des grandes écoles et de leurs diplômés, dont ils plébiscitent les compétences – aisance à l’oral, motivation, formation, capacité d’adaptation, même si 42 % d’entre eux estiment qu'ils “ne maîtrisent pas bien les codes de l’entreprise - ils ont du mal à voir à quoi ressemble concrètement la formation qu'elles délivrent.

D'après cette enquête, à peine la moitié des DRH savent précisément ce qu’est une grande école, contre 84 % pour les BTS, 71 % pour l’université et 67 % pour le DUT… Au moment du recrutement, elles leur préfèrent d’ailleurs les BTS (35 % contre 15 % pour les grandes écoles), en particulier dans les petites entreprises. “Un diplômé de grande école est relativement cher pour une PME, et souvent le directeur général, lui-même peu diplômé, hésite à embaucher ce type de profil”, souligne Francis Jouanjean.

Mieux informer les jeunes d'origine modeste

C'est sur ces résultats que la CGE va s’appuyer pour améliorer l’information de ces différents publics. “Il va falloir aller voir les jeunes, les parents, les professeurs, les recruteurs”, énumère Anne-Lucie Wack. L’objectif est notamment de toucher davantage de jeunes issus de milieux modestes, afin d’améliorer l’ouverture sociale des écoles : “Nous travaillons sur un dispositif qui devrait permettre de passer de 4.000 à 40.000 collégiens et lycéens accompagnés par an, dès la 4e…

Elle réfléchit aussi à la mise en place d’un "Observatoire des coûts" de la formation dans les grandes écoles. Autant de projets qui devraient être présentés le 12 mai 2016 à Paris lors d'une grande journée de débats, où élèves, étudiants et parents, et entreprise seront appelés à poser des questions sur le modèle "grande école"...

(1) Dont 273 jeunes de 16 à 20 ans et 394 parents.

Le stress de l’orientation postbac

Autre enseignement du sondage : trouver une formation après le bac est un casse-tête pour 78 % des personnes interrogées, qui se jugent à 66 % mal informées sur l’enseignement supérieur. Un chiffre qui tombe à 48 % chez les 16-20 ans. Mais ce n’est pas la faute d’APB, plutôt plébiscité. 70 % des 16-20 ans le trouvent facile à utiliser (contre 53 % des parents et 57 % des sondés) et 72 % “efficace”. Et même une moitié le juge "rassurant"…