1. Quand les écoles de commerce partagent leurs spécialisations "métiers"
Reportage

Quand les écoles de commerce partagent leurs spécialisations "métiers"

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Victor Vogt est étudiant en master 2 management et gestion publique à l'IEP de Strasbourg dans le cadre du partenariat entre l'ESC Rennes et l'EM Strasbourg. // © Victor Vogt
Victor Vogt est étudiant en master 2 management et gestion publique à l'IEP de Strasbourg dans le cadre du partenariat entre l'ESC Rennes et l'EM Strasbourg. // © Victor Vogt

Qui a dit que les écoles de commerce ne connaissaient que la concurrence ? Depuis deux ans, les étudiants du programme grande école de l'EM Strasbourg peuvent aller effectuer leur M2 à l'ESC Rennes SB, et inversement. Montpellier BS rejoint cette année le dispositif, créant de nouvelles opportunités.

Commencer sa scolarité à l'ESC Rennes et la terminer, trois ou quatre ans plus tard à l'EM Strasbourg : une trahison ? Non, "une super opportunité', s'amusent Mélanie, 24 ans et Victor, 26 ans. Les deux étudiants, font partie de la vingtaine d'élèves des programmes grande école à avoir bénéficié des passerelles pédagogiques mises en place depuis deux ans par les deux écoles de management, rejointes à la rentrée 2015 par Montpellier BS. Objectif ? Élargir l'éventail des spécialisations métiers de M2 "en jouant la complémentarité académique et géographique", sans passer par d'autres formes d'associations plus coûteuses ou plus engageantes.

L'ESC bretonne a ouvert son MSc International Luxury and Brand Management et son MSc in International Communication and Digital Marketing ; sa collègue alsacienne ses Masters International and European Business, Wine Management and Tourism, et management et gestion publics, et l'école du Sud de la France ses spécialisations professionnelles "conseil et management de projet", "digital marketing et technologies numériques" et "négociation vente, certificat commerce international des vins et contrôle de gestion".

"L'idée est de partager quelque chose qui n'existait pas dans les autres écoles. On ne peut pas être spécialiste de tout", précise Isabelle Barth, directrice générale de l'école strasbourgeoise.

Des étudiants assez matures

Mélanie Perez, étudiante à l'EM Strasbourg a opté en 3e année pour le MSc International Luxury and Brand Management de l'ESC Rennes.

De retour à l'EM Strasbourg après dix-huit mois en Allemagne, en échange puis en stage, Mélanie ne savait pas quelle majeure choisir, quand elle a découvert l'année dernière la possibilité de réaliser sa 3e année au sein de la spécialité luxe de l'ESC Rennes : "Mon stage m'avait convaincue de travailler dans le marketing, mais sur un produit qui me plaisait", raconte l'étudiante, aujourd'hui stagiaire chez Montblanc à Hambourg (Allemagne).

Pas de test d'entrée à Rennes, mais la vérification sur la base d'un CV et d'une lettre de motivation que la spécialisation choisie colle bien avec le projet professionnel de l'étudiante. "Ce système demande d'avoir déjà une idée assez précise du métier qu'on souhaite exercer, ce qui est loin d'être le cas de tous les étudiants", reconnaît Isabelle Barth.

Un master et un MSc 

En bonne globe-trotteuse, Mélanie n'a eu aucun mal à se faire à sa nouvelle ville et à sa nouvelle école : "L'intégration a été super facile, c'est très international. On est 35 par classe, dont une majorité d'étrangers, beaucoup de Chinois et de Sud-Américains..." Sans compter que les travaux de groupe facilitent les contacts. Victor, étudiant à l'ESC Rennes, lui, s'est lancé avec passion dans le master en management et gestion publics de l'EM Strasbourg, déployé en partenariat avec l'IEP local. Au point d'oublier ou presque, les deux mémoires à rédiger : "Un pour Rennes, et l'autre pour Strasbourg."

Sa spécialisation débouche sur deux masters. Les autres sont des passerelles pédagogiques à l'issue desquelles l'étudiant décrochera en plus du master grande école de son école d'origine, le diplôme MSc de la spécialisation de l'autre établissement. Dans tous les cas, avoir fait sa 3e année dans un autre établissement reste un atout sur le CV, Victor en est persuadé : "Le recruteur voit que vous êtes un candidat ouvert et vraiment mobile sur le plan géographique, ce qui est très important aujourd'hui."

De nouvelles spécialisations à venir

Après un démarrage très lent, le dispositif attire maintenant une dizaine d'étudiants par an. "On sait d'expérience qu'il faut trois ou quatre ans quand on lance un nouveau programme pour qu'il s'installe dans les têtes, remarque Olivier Aptel, directeur général de l'ESC Rennes SB. Mais de toute manière, nous n'avons pas d'objectifs chiffrés." La force de ce modèle, c'est aussi sa souplesse. L'arrivée de Montpellier va créer de nouvelles opportunités : "On pourrait encore rajouter trois ou quatre spécialisations communes", conclut-il.

Et aussi une inscription commune au concours 
Les trois business schools ont démarré leur collaboration en proposant une inscription commune aux épreuves écrites du concours d’entrée (BCE) pour les élèves de prépa. C'est le cas encore pour l'édition 2016. À la clé, une inscription facilitée et une facture allégée (comptez 150 € pour les trois écoles).  Les écoles revendiquent de bons résultats avec "+ 12 % de candidats au concours 2015".
Ailleurs aussi, c'est possible...

Mais Montpellier, Rennes et Strasbourg ne sont pas les seules à allier leurs forces. GEM, l’EM Normandie et l’ESC Dijon, membres fondateurs de l'association Passerelle, proposent pour la deuxième année des spécialisations communes à leurs élèves de 3e année du programme grande école.
Les élèves de l'EM Normandie ont par exemple le choix entre le MSc Wine Management et le Mastère Spécialisé management des entreprises culturelles et industries créatives de l'école bourguignonne ou le MSc Business Development et le MSc Innovation, Strategy & Entrepreneurship de Grenoble.