Attentats à Paris : les étudiants étrangers solidaires

Par Céline Authemayou, publié le 19 Novembre 2015
5 min

Les quelque 36.000 étudiants étrangers ont vécu les attentats du 13 novembre 2015 à des milliers de kilomètres de chez eux. Si certains ont pensé quitter la France pour rejoindre leur foyer, la plupart entendent bien aller au bout de leur cursus, “car il faut continuer d’avancer”.

Sean, 26 ans, américain et élève-ingénieur à l'ESPC
"Tous les pays doivent se sentir concernés par ces événements"


Le soir des attentats

"Lorsque les attentats sont survenus, j'étais chez moi, en banlieue parisienne. Mon premier réflexe a été d'appeler mes parents. Ils n'étaient pas au courant des événements. Je me souviens leur avoir dit : ici, des gens meurent, c'est horrible, mais moi je vais bien. Ils étaient soulagés. Je m'estime chanceux car je n'ai pas été affecté directement par le drame."

Faut-il quitter la France ?

"Ces événements sont très tristes, mais malheureusement, depuis le 11 septembre, ils font partie intégrante de notre quotidien. Je n'ai pas l'intention de quitter le pays avant la fin de mes études. Il faut tenter de garder son sang-froid, de ne pas avoir peur et d'apprendre à gérer ces situations en restant vigilant et attentifs."

Le plus grand risque serait de penser que ces événements ne concernent qu'un pays. Ce n'est parce qu'ils sont intervenus loin de notre terre natale qu'ils ne nous touchent pas."

La société française, c'est...

"Depuis mon arrivée dans le pays, les Français m'ont toujours très bien accueilli. C'est, pour moi, le pays de la tolérance. Un pays où l'on peut être soi même, exprimer sa vision des choses sans être jugé, respecter les idées des autres. La discussion est un élément très important dans la culture française. Je retrouve tout cela dans mes études d'ingénieurs. Nous apprenons à utiliser nos connaissances pour aider les gens. Nous devons aussi avoir conscience que nos technologies auront des conséquences sur la société. Toutes ces valeurs sont indispensables et j'espère qu'elles continueront d'être au centre de la culture française, malgré ce drame..."

Elena, 18 ans, espagnole et étudiante en licence "économie appliquée" à l'université Paris-Dauphine"J'ai songé à regagner mon pays, mais je souhaite rester. Partir ne réglera pas le problème"

Le soir des attentats

"Le 13 au soir, j'étais chez moi, avec des amies. Nous avons appris la nouvelle via les réseaux sociaux, une heure après le début des attentats. J'ai regardé les flashs infos puis j'ai contacté mes parents. Ma famille ne savait pas ce qui se passait en France. Au fil de la nuit, la frayeur m'a gagnée."

Faut-il quitter la France ?

"L'idée de regagner mon pays m'a traversée l'esprit un court moment. Et si les événements venaient à se répéter ? Aujourd'hui, je souhaite rester à Paris et me concentrer sur mes études. Ce qui est arrivé en France peut arriver dans n'importe quel pays. Partir ne réglera pas le problème."

Je dois avouer que depuis le 13 au soir, j'ai peur d'aller à l'université. Mes trajets se limitent au strict nécessaire : partir de chez moi, aller à la fac, revenir à mon domicile. Paradoxalement, après les attentats contre "Charlie Hebdo", j'étais encore plus effrayée : je ne prenais plus le métro. Aujourd'hui, ça va un peu mieux, même si je ressens beaucoup de peur. Je ne veux pas en parler avec mes amis car nous avons tous les mêmes craintes et n'arrivons pas à nous rassurer les uns les autres. Une amie de la famille, plus âgée que moi, habite Paris. J'ai pris l'habitude de l'appeler, pour que nous échangions. Et puis, aussi et surtout, je limite mes accès à Internet et aux réseaux sociaux. Il y a tellement de choses fausses, inutiles, qui circulent... J'essaie de me protéger au maximum."

Les valeurs de la France, ce sont...

"Pour moi, la France se résume en une expression : liberté, égalité, fraternité. La France est un pays ouvert d'esprit. Ces attentats vont à l'encontre de tous ces principes et des amalgames se font entendre, à l'encontre des musulmans, des réfugiés. Ma grande crainte est que le 13 novembre mette à mal la fraternité qui règne en France..."

Franklin, 21 ans, camerounais et élève-ingénieur à Télécom ParisTech
"Continuer de sortir, de faire la fête mais en restant vigilant"

Le soir des attentats

"J'étais chez ma copine, en banlieue parisienne. Nous avions prévu de sortir à Paris avec des amis. Nous devions nous retrouver place de la République, dans le quartier où ont lieu les attentats. Par chance, nous sommes restés chez nous car nous n'avons pas eu le courage de rejoindre la capitale. J'ai appris la nouvelle par mon beau-frère, qui m'a appelé. Il m'a demandé de regarder les informations. Nous avons passé la soirée et une partie de la nuit les yeux braqués sur les chaînes d'informations. C'était tellement choquant..."

Faut-il quitter la France ?

"Rentrer ? Cette idée ne m'a jamais traversé l'esprit. Certes, les attentats m'ont vraiment choqué, mais je soutiens les Français dans ce combat, j'ai à cœur de terminer mes études. Je dois reconnaître que j'ai eu peur, que j'ai peur, encore aujourd'hui. Ces événements sont malheureusement voués à se reproduire, mais il faut essayer de vivre normalement. En tant qu'étudiants, nous continuons de sortir dans les bars, de faire la fête, mais la vigilance est accrue et j'évite les lieux de foule. On m'a proposé d'aller voir un match de foot cette semaine. J'ai refusé la proposition : je ne me sentais pas prêt..."

Les valeurs de la France, ce sont...

"Pour moi, la France, c'est la laïcité. Les personnes sont libres de croire à ce qu'elles veulent. Elles sont aussi libres de ne pas croire ! L'égalité est aussi une valeur forte, à laquelle je tiens. Égalité entre hommes et femmes, égalité entre Noirs, Blancs, Arabes. Une justice sociale existe, avec la Sécurité sociale par exemple, mais aussi avec les bourses étudiantes, qui permettent aux jeunes peu aisés d'entamer des études supérieures."

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