Climat, crise énergétique : la filière du nucléaire connaît un regain d'intérêt

Par Clément Rocher, publié le 22 Novembre 2022
7 min

DOSSIER. En temps de crise énergétique, le nucléaire redore son blason : malgré les doutes qui l'entourent encore, la filière apparaît comme une solution pour produire une énergie d'ampleur et décarbonée. À l'INSTN, école d'ingénieurs spécialisée, les étudiants en sont convaincus, c'est un secteur d'avenir.

Dans un contexte de lutte contre le changement climatique, la filière du nucléaire, longtemps en perte d'attractivité, connaît un regain d'intérêt auprès de la jeune génération. Ce revirement s'explique notamment par un changement des discours politiques ces dernières années, qui misent désormais sur la filière.

Le nucléaire, énergie verte ?

Une autre explication est avancée par les étudiants de l'INSTN (Institut national des sciences et techniques nucléaires), la prise de conscience des enjeux environnementaux par la jeunesse. "La lutte contre le changement climatique est la seule chose qui me gouverne en terme d’aspiration professionnelle", affirme par exemple Lucas, nouvellement intégré dans l'école. Bien que non renouvelable, le nucléaire est en effet une énergie décarbonée, qui rejette de la vapeur d'eau, mais pas de CO2.

Le jeune ingénieur diplômé de l’université de technologie de Compiègne (60) reconnaît toutefois que c'est "un thème très clivant aujourd'hui", en raison notamment des risques que provoquerait un accident, des déchets qu'occasionnent le procédé ou encore de l'impact des centrales sur la biodiversité.

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Une filière qui attire de nouveau les étudiants

Comme Lucas, les ingénieurs qui font le choix du nucléaire peuvent donc passer par l'INSTN. Implantée à Saclay (91), en région parisienne, cette école propose notamment une formation d'ingénieur spécialisé en génie atomique (bac+6), accessible après un diplôme d’ingénieur et reconnue par la CTI (commission des titres d'ingénieurs).

Elle permet aux étudiants d’acquérir des compétences techniques en physique des réacteurs nucléaires et fonctionnement des réacteurs à eau sous pression. Après un passage à vide, lié à l'incertitude sur l'avenir du nucléaire dans le pays, la formation connaît une nouvelle dynamique. En cinq ans, la promotion a augmenté ses effectifs de 90%.

Léa, diplômée de l’IMT Nord Europe, l'a rejointe après son stage de fin d’études chez Orano Démantèlement et services, lors duquel elle s'est découvert un réel intérêt pour le secteur. "J’ai eu un aperçu du nombre de défis à relever dans le nucléaire. À l’heure actuelle, c’est la meilleure solution que nous avons à notre disposition pour réduire notre empreinte carbone", assure-t-elle.

L'INSTN est basée à Saclay en région parisienne, à Cherbourg, à Grenoble, à Cadarache et à Marcoule.
L'INSTN est basée à Saclay en région parisienne, à Cherbourg, à Grenoble, à Cadarache et à Marcoule. // © Laurence Godart/INSTN

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Différents parcours de spécialisation

Martin, étudiant américain, vient tout droit de l’université de Californie. Il suit actuellement le master nuclear energy. Après une première année de tronc commun autour d'une spécialisation au choix en physique ou chimie, différents parcours sont proposés aux étudiants en deuxième année : conception des centrales nucléaires, cycle du combustible, déclassement et gestion des déchets…

Le but de cette formation est permettre aux étudiants de répondre aux besoins actuels et futurs de l’industrie nucléaire tels que l'exploitation des réacteurs et installations actuels ou encore la gestion des déchets nucléaires.

La transition énergétique en parallèle

"Je voulais résoudre des problèmes actuels, notamment le réchauffement climatique. Et je savais que le nucléaire est une énergie dans laquelle on peut avoir confiance et qui va devenir de plus en plus importante. C’est maintenant qu’il faut s’y mettre", témoigne Martin, qui exprime son envie de rester travailler en France. "Les États-Unis restent très méfiants depuis l'accident de Three Mile Island en 1979", ajoute-t-il.

Face à la montée en puissance des énergies renouvelables, le master propose aussi depuis deux ans un enseignement sur la transition énergétique. "Nos étudiants apprennent à manœuvrer les réacteurs nucléaires tout en prenant en compte les autres sources d’énergie. Ce sont des sujets transverses et sociétaux qui éveillent la curiosité des étudiants", souligne Pascal Dannus, responsable de la formation.

Le parcours de formation sur les cœurs de réacteurs à eau sous pression aborde les différents modes de pilotage et la gestion du combustible.
Le parcours de formation sur les cœurs de réacteurs à eau sous pression aborde les différents modes de pilotage et la gestion du combustible. // © Laurence Godart/INSTN

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Un contexte politique favorable

La filière du nucléaire offre de belles perspectives d'emploi aux ingénieurs diplômés. Plus de 50% des étudiants de la promotion 2021–2022 de la formation génie atomique ont trouvé un CDI 15 jours après le diplôme. De grandes entreprises telles que EDF, Orano, Framatome ou encore la Direction générale de l'Armement cherchent à recruter ces jeunes talents en tant que chef d'exploitation d'installations nucléaires, ingénieur sûreté ou encore chef de projet.

Et la conjoncture politique est porteuse. Le président de la République, Emmanuel Macron, a en effet annoncé, en février dernier, la relance du nucléaire autour de trois piliers : la construction de nouveaux réacteurs, la poursuite de l’exploitation au-delà de 50 ans des réacteurs actuels et le développement du petit réacteur modulaire NUWARD et autres réacteurs innovants qui participeraient à la réduction des émissions de CO2.

"Ces annonces sont une excellente nouvelle pour la filière qui va recruter massivement. C’est une opportunité pour les jeunes de rejoindre la filière nucléaire et ainsi participer à la lutte contre le dérèglement climatique et à la réindustrialisation de la France", s'enthousiasme le GIFEN (Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire).

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Le nucléaire manque d'ingénieurs

La filière connaît une dynamique telle qu'elle souffre d'un déficit de professionnels qualifiés. "D’après nos estimations, la construction de six nouveaux réacteurs mobilisera plus de 30.000 ingénieurs, techniciens et ouvriers pendant la phase de construction, dont plus de 20.000 travailleront directement sur les chantiers", réagit le GIFEN, qui a notamment pour mission la promotion des métiers du nucléaire.

Eric Gadet, directeur de l’INSTN se veut rassurant sur la pérennité du secteur. "Le discours politique actuel apporte une nouvelle vision du nucléaire. Toute la filière s’est mise en ordre de marche pour relancer cette attractivité", conclut-il.

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